‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 3)Chapitre 279 sur 362 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

beaucoup de mal, mais qui ne laissait pas de faire quelque bien.

Chez les Jésuites on a du moins fidèlement conservé jusqu'à la fin la tradition des séances académiques. Ce sont d'ordinaire les grands faits de l'histoire politique ou religieuse qui en fournissent le sujet ; on y trouve aisément l'occasion de faire vibrer la fibre patriotique. Avec la solennité dont on les entoure et quelques intermèdes musicaux on parvient à en faire des récréations de bon goût, également intéressantes et instructives*.

La vie d'un collège n'offre guère d'événements qui intéressent l'Histoire générale. Mieux il est ordonné, moins elle y trouve d'aliments. Les peuples paisibles et heureux, dit-on, n'ont pas d'histoire. A ce compte celle des collèges de la Compagnie de Jésus pendant la période de vingt années qui précède la guerre franco-alleinande a la bonne fortune d'être courte. Nous avons déjà raconté les principaux incidents qui marquèrent les débuts de plusieurs d'entre eux ; il n'y a pas à y revenir. Notons toutefois les mesures par les([uelles le Gouvernement impérial allait d'aijord restreindre la liberté fondée par la loi de 1850, pour arriver bientôt à la supprimer équivalemment. Dès le 9 mars 1852 un Décret-loi remet aux mains du Pouvoir la nomination de tous les membres du Conseil supérieur de l'Instruction publique précédemment élus par leurs collègues. Une loi votée le 14 juin 1854 va plus loin. A la place des quatre-vingt-six Conseils départementaux créés en 1850, et dont la composition garantissait l'indépendance vis-à-vis de l'Université, elle organise la division de la

I. Le P. Seiîgler a recueilli et publié les programmes d'un grand nombre de séances académiques données dans les collèges de la Compagnie de Jésus depuis i852. Suavenirs d'académie, Lefort. Cf. Pièces Justificatives n" IX.

France en seize académies, avec un recteur pour président du Conseil académique dont tous les membres sont nommés par le ministre, et où la majorité est assurée aux universitaires. C'était ressaisir indirectement au bénéfice de l'Université une des attributions les plus importantes du régime du monopole.

Enfin, en 1859, le Conseil privé de l'empereur prenait l'arrêté, dont nous avons parlé plus haut, en vertu duquel toute création nouvelle d'établissement d'instruction par une Congrégation d'hommes non reconnue, était soumise au bon plaisir du Gouvernement ^ . C'était pour les Jésuites le retour pur et simple à l'autorisation préalable. Ils ne pouvaient invoquer la loi de 1850 ; car le Gouvernement était décidé à leur opposer « l'illégalité » de leur existence, et les tribunaux lui eussent infailliblement donné raison. Le ministre Victor Duruy essayait de justifier cette mesure autocratique par un argument dont on s'est servi plus tard pour donner le coup de grâce à l'enseignement des Congrégations religieuses et débarrasser l'Université d'Etat d'une concurrence désagréable : « Les établissements universitaires sont très supérieurs, sous tous les rapports, aux établissements congréganistes. Permettre à ceux-ci de se multiplier empêcherait l'Université de faire tomber les préventions qu'elle inspire, à tort, à un certain nombre de familles ^. »

Ainsi la Compagnie de Jésus se voyait de nouveau exclue des libertés communes ; il n'avait pas fallu attendre dix ans pour qu'elle fût dépouillée de ce droit qu'elle tenait du silence de la loi de 1850 et de la condescendance des gouvernants d'alors. Pour comble, elle devait de la reconnaissance au pouvoir impérial qui, tout en lui interdisant des créations nouvelles, voulait bien laisser vivre celles qui existaient. Par une vexation assez mesquine, on se

I. Lettre de M. Victor Duruy, minisire de l'Instruction publique au Recteur de l'Académie de Gaen, i3 janvier 1870. (Cf. SoiU'enû's de N.-D. de Sainte-Croix, par le P. G. de Rochemonteix, P. 43.)

a. Cf. Soui'enirs de N.'D. de Sainte-Croix... P. 43.

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