‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 3)Chapitre 306 sur 362 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

le Père Studer put encore voir commencer les travaux de décoration de cette église dont il avait jugé l'architecture « très belle ». Le st^'le gothique peut sans doute se suffire à lui-même ; nos cathédrales du Nord n'ont pas d'autre ornement que la pureté, l'élégance et la hardiesse de leurs lignes; mais cette nudité paraît froide aux yeux des méridionaux : « Tout le monde, écrivait le Père Studer, réclame la peinture de cette église... » (12 Juillet 1863.) On avait sous la main un artiste de valeur, le Père Auguste Bach; le concours des bienfaiteurs était d'ailleurs assuré; la dette ne subirait aucune augmentation. On se mit donc à l'œuvre; les voûtes, les colonnes, les chapiteaux, les parois, toutes les parties du vaisseau reçurent une riche ornementation, qui, s'harmonisant avec les tons veloutés et chauds des verrières, forme un ensemble d'une beauté lumineuse et recueillie.

Après le transfert de la résidence le noviciat avait continué d'occuper le vieux couvent de la rue de l'Inquisition. En 1860, il fut vendu à Mme d'Hooghworst, fondatrice et Supérieure Générale des religieuses de Marie Réparatrice, qui y établit une communauté de sa Congrégation. Le noviciat, provisoirement installé rue des Fleurs pendant qu'on lui cherchait un local mieux approprié à sa destination, y demeura en fait six années. C'est seulement en 1866 qu'on se décida à le transporter à Pau.

L'établissement des Jésuites en cette ville datait seulement de quelques années. Ce fut une des premières affaires que le Père Studer eut à traiter lors de son arrivée à Toulouse. Au début de 1858 on songeait à créer à Pau un centre d'oeuvres protestantes; un local était à vendre, qui paraissait convenable et qu'on se proposait d'acquérir. Un groupe de catholiques, ayant à leur tête le chef de famille de Rességuier, résolut de prendre les devants. Ils achèteraient eux-mêmes l'immeuble et demanderaient aux Jésuites d'ybâlirune église. Ce fut Mgr de Ségur qui se chargea de présenter leur requête. Sa lettre au Père Général est

du 26 mai. Le pieux prélat plaidait chaudement une cause que lui-même prenait fort à cœur. Le nouveau Provincial, chargé d'examiner l'affaire et de lui donner la solution qu'il jugerait à propos, déclara que la Compagnie de Jésus acceptait de venir à Pau moyennant deux conditions, d'abord qu'elle n'aurait pas à supporter les frais de son établissement, et ensuile qu'un délai lui serait accordé. Vu l'état de son personnel et celui de ses finances, elle ne pouvait pas plus transiger sur un point que sur l'autre. Le comité devait encore se charger de pressentir les autorités civiles pour s'assurer, sinon de leur approbation, du moins de leur tolérance. Dans la pensée du Père Studer, la maison de Pau devait être un noviciat, et l'on pouvait craindre que le Gouvernement ne prît ombrage de pareille fondation. C'est sur ces bases que l'accord fut conclu ; l'exécution demanda encore du temps ; au mois de juin 1861, une lettre du Père Studer au Père Général annonce enfin que tout est réglé et que les Pères peuvent entrer dans leur nouvelle demeure. Ils en avaient pris possesion depuis quelques semaines, simplement à titre de locataires; l'achat ne devint définitif qu'en 1866, et sans plus tarder on entreprit la construction d'une modeste église sur les plans d'un Jésuite lyonnais, le Père François- Xavier Pailloux, qui allait bientôt après exercer son talent d'architecte à Lyon même et dans plusieurs autres résidences des deux Provinces du Midi.

C'est en effet une floraison d'églises que les Jésuites français font sortir de terre dans la période dont nous racontons l'histoire. Le Supérieur delà résidence de Bordeaux, le Père Claude Ramel, par exemple, écrit le 17 septembre 1852 : « L'église sera achevée et meublée au complet dans le courant de novembre. Les travaux ont daré deux ans et demi, je les ai poussés avec une activité incessante. » Le Père Ramel croyait pouvoir se rendre le témoignage qu'il avait procédé avec une sage économie : « Je n'ai engagé, disait-il, ni moi ni mes successeurs

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