‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 3)Chapitre 310 sur 362 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

une liberté qui lui causa, semble-t-il, du remords. Le 2 septembre 1852, il lui écrivait : « Soyez bien sûr que, si j'ai tenu à Vais pour la Province de Lyon, je n'y ai tenu que par devoir et par conviction... Maintenant que vous avez parlé, oh ! je vous le déclare devant Dieu, il ne me reste, pour moi personnellement, pas l'ombre d'un regret. » Toutefois le surnaturel ne triompha pas sans difficulté dans l'esprit du digne Provincial de certaines contrariétés résultant pour lui des dispositions de son Supérieur. Sa nomination même à une charge qu'il redoutait avait provoqué de sa part des objections si sérieuses qu'on fut sur le point d'y renoncer : « Mais l'affaire est trop avancée, écrivait-on de Rome, pour revenir sur nos pas. » (29 Juillet.) Au reste, une fois la répugnance vaincue, il se donna généreusement à la tâche difficile que lui imposait l'obéissance : « Votre Paternité, écrivait le Père Maillard dans sa correspondance avec le Père Général, n'apprendra pas sans consolation que le nouveau Provincial s'est mis à la besogne avec un zèle et un dévouement qu'il faudra peut-être arrêter, à cause de sa santé qui, pour être bonne, n'en a pas moins besoin de ménagements. » (15 Septembre 1852.)

Après tout ce que nous savons du Père Maillard, il ne sera pas sans intérêt de connaître le programme que comptait suivre celui qui lui succédait à Lyon. En réponse à la première ouverture qui lui fut faite de sa promotion à la charge de Provincial, le Père Bon écrivait, le 25 juillet 1852 : « Permettez-moi de dire à Votre Paternité que je ne compte pas suivre en administration la voie ouverte par le Père Maillard. Il est l'homme du présent, riche en expédients, fécond en ressources. Je voudrais être plutôt l'homme de l'avenir, faire moins et préparer davantage. Cette méthode moins brillante, moins fertile en résultats, ne sera pas peut-être du goût de tous... » Il est certain que la Province, accablée par la multitude des œuvres entreprises sous le Père Maillard, avait besoin de quelques années de recueillement. Le nouveau Provincial se

proposait de les lui donner ; il s'appliquerait à raffermir la discipline religieuse et à développer la vie intérieure qui lui paraissait mise en péril par une activité quelque peu excessive. Le Père Bon eût ainsi bien mérité de la Province de Lyon et de la Compagnie tout entière ; malheureusement le temps lui manqua ; son gouvernement ne dura guère que trois mois. Gomme il se trouvait à Oran pour la visite canonique, il fut atteint d'un accès de fièvre cérébrale qui l'emporta, le 6 Décembre 1852 ; il était âgé de quarante-cinq ans. Avant la fin du mois, le Père de Jocas lui était donné pour successeur.

Malgré sa ferme résolution de se fortifier plutôt que de s'étendre, le Père Bon avait dû, pendant son court passage au Provincialat, s'occuper de plusieurs créations nouvelles. Le 11 octobre 1852, il communique au Père Général l'offre qui lui est faite par M. Bailly, vicaire général de Saint-Claude et Supérieur du Grand Séminaire. 11 s'agit du sanctuaire de Notre-Dame de PErmitage, tout proche de la ville de Lons-le-Saunier : « 11 y a là, dit-il, une petite statue miraculeuse de la Madone, une chapelle moderne, assez jolie et capable de contenir cinq à six cents personnes, avec un bâtiment attenant où on logerait parfaitement une résidence. A cinquante pas de la chapelle se trouve une maison carrée, bien assise, solide, propre, toute neuve, où l'on pourrait loger commodément soixante à quatre-vingts novices... On nous cède le tout, avec des charges légères : desservir le pèlerinage, donner un Carême tous les dix ans dans une des paroisses de Lons-le-Saunier, une Mission tous les quinze ans, etc.. » Le donateur exprimait encore le désir qu'un collège fût ouvert à l'Ermitasfe, mais devant le refus formel des Jésuites il n'insista point. Dès l'abord il fut convenu que la Province de Lyon y établirait son second noviciat, ce qui fut fait sans tarder. Le 9 décembre, le Père Sébastien Gaillard donnait la nouvelle de son installation : « L'affaire de Lons-le-Saunier est heureusement terminée ; le noviciat y est établi

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