‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 3)Chapitre 39 sur 362 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Néanmoins la droiture de son caractère, comme sa loyauté d'historien, avaient triomphé de ses préventions. Dès 1842, il avait, devant quatre à cinq cents auditeurs, consacré deux leçons à la Compagnie de Jésus; il avait parlé d'elle en homme qui la connaissait mal, mais en s'eiîorçant de lui rendre justice, et sans lui jeter d'outrage; ce qui était alors une grande nouveauté. Plus récemment, au fort de la tempête soulevée contre elle, il avait abordé dans le Correspondant la question des Associations j'eligieuses, et à ces Jésuites dont le nom était devenu une injure, il n'avait pas craint de rendre un magnifique témoignage, auquel certaines réserves ajoutaient encore plus de poids. Ce maître d'Histoire en Sorbonne avait osé écrire des phrases comme celle-ci : « Rien ne saurait abolir la dette de reconnaissance que la France a contractée envers les disciples de saint Ignace. Tant qu'il restera dans notre pays un esprit impartial, il reconnaîtra, il proclamera la transformation que les Jésuites opérèrent au commencement du dix-septième siècle dans les mœurs et les habitudes des classes élevées de la nation. C'est à l'éducation des Jésuites que ce grand siècle a été redevable, surtout et avant tout, de sa modération et de sa dignité. Le pauvre leur a dû tout autant que le noble et le riche; le peuple, à moins d'un oubli coupable ne peut refuser d'associer le nom de saint François Piégis à celui de saint Vincent de PauH. »

M. Lenormant était donc désigné pour servir de victime expiatoire aux vengeurs de M. Quinet, A son entrée dans la salle il fut salué par les cris de A bas les Jésuites ! et même de A bas le Jésuite ! Les cris redoublèrent chaque fois qu'il essaya de prendre la parole, si bien qu'il dut se retirer. Ne voulant pas faire appel à la police, il demanda seulement au doyen, qui était alors M. Leclerc, d'assister à sa prochaine leçon. M. Leclerc s'y refusa, alléguant que les doctrines du professeur n'avaient pas son

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