CHAPITRE PREMIER
plus durables de la part d'un Pouvoir engagé dans un mauvais pas, dont il ne pouvait sortir que par la violence ou par une transaction, notre T. R. P. Général a consenti à quelques concessions, dont l'exécution, quant au temps, au mode et aux autres circonstances, est abandonnée à la discrétion des Supérieurs de France.
« Le Saint-Siège, qui s'est abstenu d'imposer ces concessions à notre R. P. Général, a hautement approuvé sa conduite prudente et modérée dans cette circonstance si délicate.
« Voilà ce qui a été fait et ce qui doit être et sera accepté de nous tous avec une pleine soumission de volonté et de jugement...
« Dès maintenant je puis vous donner l'assurance que le Gouvernement est décidé à n'avoir aucun rapport avec nous, aucune négociation, à n'exercer aucune action administrative, judiciaire ou légale. Il nous regardera accomplissant les ordres de Rome... Quant à vous, mon Révérend Père, dirigez votre maison comme à l'ordinaire; remplissez les engagements de ministère déjà pris; prenez-en de nouveaux pour l'année prochaine... »
Quelques jours plus tard une lettre du Père Général, venait confirmer la circulaire provinciale et faire la lumière sur certains points obscurcis par les mensonges officiels.
« Dans la position difficile où vous vous trouvez, j'ai pensé qu'il était important de vous communiquer le résumé de deux entretiens que j'ai eus avec S. E. le cardinal Lambruschini. Voici ce qu'il m'a ditchezlui, le 29 juillet: Il est faux que la dépêche de M. Rossi soit restée un ou deux jours entre les mains du cardinal, qui en entendit seulement la lecture et fit efïacer ces mots : Leurs églises et leurs chapelles seront fermées. Il est faux que, dans la dépêche lue au cardinal, il fût question de fermer même une seule maison, à plus forte raison de les fermer toutes. Il est faux que ces conventions aient été faites au nom du Saint-Siège. Le cardinal me dit qu'on ne devait pas même les appeler négociations [trattative)\ ce ne furent
que de simples conférences, des entretiens où le cardinal combattait les arguments de M. Rossi, de manière à le forcer peu à peu de convenir de leur frivolité. Il fut seulement dit à Rossi que le Père Général, dans sa prudence et par amour de la paix, prendrait quelques mesures modérées [alciuie misure discreli)^ . » (2 Août 1845.)
Lorsque cette lettre arriva à Paris, la dispersion avait commencé à la maison de la rue des Postes ; peut-être même était-elle déjà achevée. A la date du 11 août le Supérieur annonçait en effet que le personnel de la communauté avait été réparti en six groupes qui avaient chacun une installation différente ^. On se pressa un peu moins à Lyon. Le Supérieur, le Père Balandret, écrivait le 30 août : «Notre maison (delà rue Sala) est réduite depuis sept jours à cinq ou six Pères; les autres sont allés dans d'autres maisons de la Compagnie ou dans une maison voisine de la nôtre... De plus nous avons loué la grande maison neuve qui devenait inutile; puis nous avons vendu quelques bâtiments et un terrain qui accommodaient fort les gardes-malades (communauté des Sœurs de Bon- Secours). Gela prouvera au Gouvernement avec quelle loyauté nous réalisons nos promesses de concessions. »
Il paraît en effet que dans les régions ministérielles on était satisfait de ce début. « Le Gouvernement, écrit
1. Le second entretien eut lieu cliez le P. Roothaan : « Le cardinal vint me trouver et m'assurer de noiiveau que Rossi niait d'avoir écrit... 2° que le nombre des personnes dût se réduire à deux ou trois, mais qu'il pouvait y en avoir sept, dix, un nombre indéterminé, sans jamais compter les Frères coadjuteurs ; 3" qu'il est bien entendu que, si ces misure discreti ne contentaient pas le GouA^ernement, on tiendra ferme, fallùl-il recourir aux tribunaux... » (3i Juillet.) Ce sont les mêmes -aHirmations et les mêmes démentis que le secrétaire d'Etat allait reproduire dans sa lettre du 4 août au nonce Foruari. (Voir T. II. Pièces justificatives, N' XIX, p. 718.)
2. Lettre du P. Guidée au R. P. Général, 11 août i845. Ces six groupes furent bientôt réduits à quatre, savoir: Rue des Postes, 18; rue Notre-Dame-des-Champs, 17 et 11; rue Monsieur i3 et rue de Courcelles. Ce dernier groupe, dit de Saint-Philippe du Roule, changea deux fois de local.