CHAPITRE iir
lui-même le raconte en termes sobres, mais singulièrement expressifs: « Ma dernière journée à Valsa été orageuse; il me semble cependant que le résultat sera pour la gloire de Dieu. Voyant l'état des esprits, j'ai cru devoir tout mettre au grand jour et déclarer aux scolastiques théologiens : 1° la liberté donnée de soutenir aux examens l'opinion que l'on voudrait ; 2° l'examen qui se fait auprès de vous de la doctrine elle-même. — Le Père Recteur et le Père du Bourg n'étaient pas d'avis de cette déclaration. Au premier moment les professeurs en ont été profondément blessés... Ai-je fait une imprudence? Votre Paternité le jugera mieux que moi... J'ai réuni le Père Recteur avec les PP. professeurs, ils ont montré dans cette occasion leur bon esprit et leur dévouement; ils ont accepté la situation avec une générosité parfaite. Ils ne donneront plus de feuilles. Le Père Dumas expliquera la Somme de saint Thomas, le Père du Bourg la Théologie d'Antoine... » (26 Février 1849.)
On voit que le Provincial n'était pas sans quelque doute sur l'opportunité d'une démarche dont il n'avait pas sans doute prévu le résultat : « Je sais et je dois dire, écrivait le Père Bon, qu'il en a été désolé; il en a pleuré; il a offert de se rétracter ; mais le mal était fait, et il est sans remède. L'enseignement ne peut être convenablement repris que lorsque Votre Paternité, après examen, voudra bien, par son jugement et celui des docteurs, rassurer les élèves et rendre aux professeurs la confiance... » (23 Février.)
A ces doléances et aux autres qui l'accompagnaient le Père Roothaan fit une réponse qui doit, malgré sa longueur, trouver place dans cette Histoire. Gomme dans le cas du Mennaisianisme, avant sa condamnation, elle précise le sens et l'étendue de l'interdiction qui devait atteindre bientôt la doctrine ontologiste. Le premier Supérieur de la Compagnie s'adresse au Recteur de Vais. Il regrette l'éclat qui vient de se produire bien à l'encontre de ses intentions :
« J'ai souffert, dit-il, de la peine qu'ont éprouvée les professeurs, autant que j'ai été édifié de leur conduite. Les circonstances ont malheureusement donné à l'allocution du Père Provincial une portée qu'elles n'auraient pas eue en d'autres temps. Partout et toujours dans la Compagnie il a été permis, dans les examens, de ne pas défendre les sentiments des professeurs sur les questions où les opinions sont libres. L'examen qui se fait maintenant des cahiers de Vais n'a pas pour objet de prononcer sur l'orthodoxie des professeurs; elle est entièrement hors de cause. 11 n'a pas non plus pour but de prononcer sur l'orthodoxie des propositions; je n'en ai ni l'autorité ni la volonté. Mais ce serait à tort que l'on prétendrait que, dans la Compagnie, l'Institut^ autorise la liberté des opinions dans la limite de l'orthodoxie. S'il s'agit d'opinions individuelles que l'on garde pour soi, cela est vrai : personne ne sera condamné pour une opinion que l'Eglise ne condamne pas. Mais s'il s'agit d'enseignement, c'est autre chose. Rien ne nous est plus recommandé que l'uniformité; nos professeurs ne doivent pas s'éloigner de l'enseignement de saint Thomas sans de fortes raisons, et ils ne doivent jamais s'éloigner de l'enseignement commun des théologiens catholiques... » (27 Février 1849.)
Gomme conclusion le Père Général demandait qu'on revînt aux « feuilles »; autrement, disait-il, « le cours de cette année serait presque perdu pour la majorité des élèves. Les professeurs savent quels sont les points délicats; ils n'auront, en les traitant, qu'à veiller plus particulièrement sur leurs expressions. »
Ce régime des « feuilles » appelle une explication. Nous la trouvons dans une lettre antérieure du Père Roothaan au Père Jordan : « J'ai appris que vous vous proposiez d'obliger les professeurs de Vais à expliquer la Théologie de Wurtzbourg et de suspendre l'autographie de leurs cahiers. J'ai de la peine à le croire. Ce serait une mesure tout à fait contraire à l'usage de la Compagnie pourries cours de Théologie des Nôtres. Les professeurs rédigent