‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 4)Chapitre 112 sur 324 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

pas. Quoi qu'il en soit, la Préface fut attaquée de façon virulente par le directeur de V Ami de la Religion, M. Picot, chaud partisan des traditions de l'Eglise gallicane. Dom Guéranger ne crut pas devoir se défendre ; les moines de Solesmes passèrent à d'autres l'œuvre commencée.

Pour mener la réaction contre le rigorisme du clergé français il fallait un chef sorti de ses rangs. Le nom de ce chef était déjà connu, mais il n'avait pas encore la notoriété ni le prestige que devaient lui donner bientôt la mitre et la pourpre cardinalice. Professeur au Grand Séminaire de Besançon, l'abbé Gousset n'avait connu d'abord la Théologie morale de Liguori que par la réprobation dont elle était l'objet dans le diocèse plus qu'en aucun autre*. Il en découvrit un jour un exemplaire chez un marchand italien. Il remarqua que l'ouvrage était à sa onzième édition et qu'il paraissait muni des plus hautes approbations ; Pie VII lui-même déclarait qu'on n'y trouvait rien qui fût digne de censure. Ce premier trait de lumière l'amena à une étude plus attentive et plus impartiale. En 1830, au retour d'un voyage à Rome, il enseigna résolument la doctrine ligorienne. C'était une révolution; l'abbé Gousset avait l'appui de son archevêque, le cardinal de Rohan; mais ses collègues lui faisaient une très vive opposition. Il se tourna alors vers Rome et posa explicitement la question : Un professeur peut-il enseigner, un confesseur peut-il suivre dans l'exercice de son ministère les opinions

i. Le P. Balandret était originaire du diocèse de Besançon. Voici ce que racontait son neveu, curé dans le même diocèse : « Le Père se trouvait un joui' à l'hôpital de Besançon ; les trois vicaires généraux et le supérieur du Grand Séminaire s'y trouvaient pareillement. On parlait Théologie. On agitait la question de la confession pascale, qu'on doit faire à son curé, affirmaient ces Messieurs. Le vieux P. Balandret n'y tint plus. Avec son franc-parier, il traita ces grands théologiens d'écoliers, de routiniers, de jansénistes. Il alla jusqu'à leur dire : Vous perdez le Séminaire avec votre Bailly. — J'osai faire ensuite quelques remontrances à mon oncle. — Quand les vicaires généraux ne savent pas la Théologie, il faut bien la leur apprendre, répondit-il. » (Archiv. Lugd., >5, p. 4i.)

de Liguori ? La réponse de la Pénitencerie fut le simple mot : Potest. Il le peut.

En 1832, l'abbé Gousset, devenu vicaire général, publiait sa Justification de la Théologie morale du Bienheureux Liguori, approuvée par le cardinal de Rohan et soumise par lui à la censure romaine. Nous avons peine à comprendre aujourd'hui l'accueil fait à ce livre par le clergé français. On en peut juger par une lettre de l'évèque de Saint-Claude au Père Roothaan. Le prélat n'est pas loin de crier au scandale ; il vient, dit-il, « d'interdire cette lecture à ses prêtres ». Il ne peut croire, ce que l'on dit, qu'il ait été revisé par le Général des Jésuites. Il veut savoir ce qu'il en est : « J'userai avec prudence et discrétion de la réponse que vous aurez la bonté de me faire sur ce point. Vous pouvez y compter. » (25 Avril 1834.) L'anecdote suivante montre bien à quel degré l'opinion publique était montée contre l'auteur dans la région comtoise. L'abbé Gousset, étant allé aux vacances visiter son village natal, sa mère, bonne et simple pa}rsanne, lui adressa ce compliment : « II paraît que vous faites de mauvais livres! » Cependant le vicaire général de Besançon devenait évèque de Périgueux et bientôt après archevêque de Reims. (1840.) Dès sa prise de possession il donnait un Compendium à V usage des curés et confesseurs de mon diocèse; c'était le résumé pratique delà Théologie morale, son œuvre maîtresse, qui parut l'année suivante, et dont cinquante mille exemplaires furent enlevés en l'espace de trois ans. A la mort du cardinal Gousset, 22 décembre 1866, on en comptait treize éditions françaises, une latine et nombre d'autres en diverses langues. C'est le Père Roothaan qui avait été chargé de présenter à Grégoire XVI V hommage de Vauteur ; l'archevêque de Reims lui écrivait à ce propos : « Quelque soit votre jugement et le jugement du Souverain Pontife, soit que Sa Sainteté me réponde favorablement, soit qu'Elle garde le silence sur le mérite ou le démérite de l'ouvrage, vous pouvez toujours compter sur ma discrétion, comme sur

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