‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 4)Chapitre 118 sur 324 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

ensuite les trois volumes de Lettres, 1861, et l'année suivante, les Œuvres de saint Pierre cC Alcantara '.

L'ouvrage des PP. Arthur Martin et Charles Cahier a sa place dans un rayon bien différent, si tant est qu'un livre pareil puisse être logé en un rayon de bibliothèque. Celui-là certes n'est point un manuel; l'exemplaire relié de la Nationale fait la charge d'un homme robuste. Sa valeur toutefois ne se mesure pas au poids ni au volume. La Préface nous en raconte l'histoire. «Depuis quelque vingt ans, dit-elle, on a vu renaître en France le goût de l'art chrétien. Les cathédrales gothiques, systématiquement dépréciées depuis le xvie siècle, ont retrouvé des admirateurs ; l'érudition s'est appliquée à déchiffrer leur symbolisme. Deux prêtres se sont rencontrés qui ont cru qu'il ne convenait pas de laisser aux laïques le monopole de ces éludes pour lesquelles certaine compétence leur manquera toujours. L'un d'eux, prêchant le Carême à Bourges, en 1839, se trouva tout naturellement engagé à faire de ses moments de repos des heures d'observation sous les voûtes où il venait d'annoncer la parole de Dieu. Bientôt le désir de fixer les impressions de ces moments trop courts lui fit prendre le crayon et le pinceau pour en conserver un souvenir durable qu'il pût consulter et méditer plus tard. »

Ce prédicateur-artiste était le Père Arthur Martin, qui déjà aux Carêmes précédents avait garni son album de croquis semblables à Laval et à Nantes. Les dessins recueillis à Bourges n'auraient peut-être servi qu'à nourrir ses méditations esthétiques ; mais de retour en sa résidence de la rue des Postes, le Père Martin montra sa collection à son confrère, le Père Charles Cahier. Celui-ci était dès lors un fervent de l'archéologie chrétienne; il avait déjà étudié à ce point de vue la cathédrale de Bourges. Bientôt

i. La librairie du P. Marcel Bouix est fort volumineuse; elle remplit 34 numéros dans la Bibliothèque des écrivains de la Compagnie de Jésus. Citons Vie du P. Balthazar Alvarez, Vie et OEuvres du P. Surin, Saint Joseph, Abrégé des méditations du vénérable P. Dupont, etc., etc.

les deux Jésuites conçurent le plan d'une publication digne de ce merveilleux monument. Cette architecture, dans ses grandes lignes comme dans ses détails, ces sculptures en haut et bas-reliefs, « ces vitraux surtout sont une prédication, comprise au temps de leurs auteurs, mais aujourd'hui tombés à l'état d'hiéroglyphes ». Ce serait faire une œuvre éminemment sacerdotale que d'en révéler le sens à nos contemporains, qui savent tout, mais dont l'ignorance dans les choses religieuses est sans mesure. On commencerait donc par ces incomparables verrières du xiii9 siècle, qui renferment avec l'histoire de la religion un vaste enseignement théologique, que seuls des prêtres sont en mesure d'expliquer. Le Père Arthur Martin en donnerait la reproduction exacte sur des planches gravées; le Père Cahier en ferait le commentaire.

Dans une lettre au Père Général il fixait, en son style humoristique, la portée de son travail : « Voici au fond, dit-il, quel est mon vrai but, ou plutôt quelles sont mes vraies pensées en traitant les vitraux de Bourges : — 1° Il fallait chasser les Barbares de l'Italie, c'est-à-dire mettre les gens du monde à la porte du moyen âge. L'Eglise doit expliquer ce qu'elle a fait et montrer l'incompétence de tout homme non ecclésiastique dans ces matières. Or, je pense rendre circonspects désormais dans leurs explications les beaux esprits à la mode. — 2° Il était urgent de faire un catéchisme pour les gens qui ne liront jamais le catéchisme; et j'espère que, après avoir lu les Vitraux de Bourges, un homme attentif saura tout ce qu'il faut pour recevoir l'absolution. Ce côté de mon plan n'a pas échappé aux théophobes qui trouvent qu'un peu plus de tolérance serait beaucoup mieux; cela prouve, si je ne me trompe, que je vais à mon adresse. — 3° J'ai voulu profiter du goût de la mode pour réhabiliter l'état social d'un âge auquel on accorde de l'habileté, mais où il faut voir en outre l'action morale et intellectuelle exercée par l'Eglise de Jésus-Christ. — 4° J'ai cru qu'il importait de faire sentir aux ecclésiastiques que l'étude des Saints Pères était trop

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