‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 4)Chapitre 12 sur 324 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

quelques pensées de blànie. » (7 Octobre.) « On est bien décidé à tenir bon à Rome, écrit de son côté le Père Guidée; tout est là pour nous. Le Gouvernement ne peut rien sans cette suprême autorité, ou ce qu'il peut offre pour lui plus d'inconvénients que la tolérance de quelques pauvres religieux ne peut lui créer d'embarras avec la gauche... » (5 Octobre.)

De fait, la diplomatie eut beau faire jouer tous ses ressorts, les Jésuites français ne cédèrent finalement que dans la mesure qui avait été envisagée dès le début par leur premier Supérieur et indiquée dans ses lettres du 14 et du 21 juin. Rien de ce qu'on y avait ajouté dans la Note du Moniteur et que, avec une inqualifiable audace, on attribuait au Saint-Siège, ne fut mis à exécution. Le Gouvernement, qui devait se contenter de regarder faire, usa sans ménagements de tous les moyens d'intimidation pour arriver à ses fins. Le Père Roothaan s'en plaignait au cardinal Lambruschini . « Pendant que nos Pères se mettent en devoir d'accomplir ce qui leur a été prescrit, le Gouvernement français poursuit la dissolution complète de la Société, prétendant avec son insigne mauvaise foi qu'elle a été convenue avec le Saint-Siège; il envoie ses agents jusque dans les plus petites maisons s'enquérir de ce que l'on compte faire, si l'on met en vente les immeubles..., etc. Tout récemment pareille enquête a été faite à Vais; et pourtant Votre Eminence m'a déclaré expressément que cette maison n'était point du tout comprise dans les concessions...

« Quant à moi, ajoutait le Révérend Père, je m'en tiens à ce que j'ai écrit, et rien de plus. Pour tout le reste, je dis aux Provinciaux de France : Utanturjure suo1. » (6 Septembre.)

Les enquêteurs en étaient d'ailleurs pour leurs frais, témoin cette lettre du Père Augustin Périé, Supérieur de Dole : « Le maire (c'était un ami) m'a montré un document

i. Qu'ils usent de leur droit.

reçu du ministère et beaucoup plus rigoureux que celui du sous-préfet (Circulaire de M. Martin du Nord.) Le questionnaire n'oublie rien: Le noviciat existe-t-il toujours? Se dispose-t-on à se disperser et à vendre, comme il a été convenu à Rome ?... Dans le cas où Ton serait obligé d'user de la force pour exécuter les promesses faites à Rome, aurait-on à craindre des manifestations, de graves mécontentements? etc. — J'ai répondu : Le Père Général a rendu un grand service au Gouvernement qui, sans lui, serait dans un grand embarras. Nous ne sommes pas compris dans les concessions faites ; il n'y en aura pas d'autres. » (7 Octobre.)

Sur la fin de septembre, M. Rossi, au nom de M. Guizot, se plaignait encore auprès du secrétaire d'Etat de ce que, « après trois mois écoulés, la Congrégation des Jésuites ne s'était pas encore dispersée » ; le ton de la Note trahit une irritation mal contenue : « Je ne dois pas laisser ignorer à Votre Eminence que ces retards donnent lieu à de fâcheuses conjectures et qu'ils accréditent en se prolongeant des suppositions aussi peu compatibles avec la dignité du Saint-Siège qu'avec celle du Gouvernement du Roi. » (25 Septembre.)

Le cardinal Lambruschini répond assez sèchement, le 30 septembre, qu'il a fait « interpeller » le Père Général, lequel assure que les « mesures prises et ordonnées par lui sont exécutées ou en voie d'exécution ».

Et ce fut tout. Pour parler comme M. Rossi, « le troisième acte du drame » était terminé. La réponse du cardinal Lambruschini transmise à M. Guizot, il n'est plus question des Jésuites dans la correspondance diplomatique. Le Gouvernement, de son côté, voyant qu'il n'y a plus rien à attendre de Rome, ne voulant pas d'autre part entrer dans la voie des violences, se résigne à paraître satisfait. Les journaux libéraux continuent, selon leur nuance, les uns à le féliciterd'avoir habilement conjuré le péril jésuitique, les autres à le raillerpour avoir aggravé le mal : « Jusqu'ici, écrivait le National, la contagion était concentrée

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