‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 4)Chapitre 148 sur 324 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Visiteur. La satisfaction lui était réservée de présider à l'ouverture du collège de la Nouvelle-Orléans, laquelle eut lieu sur la fin de 1848. Il fit preuve dans l'exercice de sa fonction d'une sagesse qui emporta tous les suffrages : « Les lettres que je reçois de la Louisiane, lui écrivait le Père Roothaan, sont unanimes sur votre compte ; elles confirment ce que je savais déjà du bien que vous y avez fait, et elles expriment la crainte que vous soyez trop tôt rappelé en France... Le moment de votre retour ne me parait pas encore venu ; il est nécessaire que vous consolidiez davantage cette Mission avant de la quitter. » (5 Mai 1849.)

D'après les Catalogues de l'année suivante, la Compagnie de Jésus avait en Louisiane soixante-huit de ses membres, dont vingt-six prêtres, répartis entre deux résidences et quatre collèges ; celui de Bàton-Rouge récemment ouvert allait bientôt remplacer celui de Grand-Coteau.

A la date de 1850 les établissements français de la Compagnie de Jésus aux États-Unis et au Canada sortaient de la période des débuts et entraient, si l'on peut dire, dans l'âge adulte. A ce moment une autre Mission prenait naissance sur le continent américain avec un caractère et des conditions toutes différentes. Le sujet que nous traitons, plutôt que l'ordre chronologique, veut que nous en parlions ici.

On a vu au chapitre précédent comment, en 1849 et 1850, des escouades de Jésuites avaient été appelées à évangéliser les forçats de Toulon, de Brest et de Rochef ort. Peu après ils furent chargés de l'aumônerie des établissements pénitentiaires que le Gouvernement allait installer à la Guyane. C'était une sorte de succursale des bagnes de la métropole où seraient internés, entre autres, les malheureux condamnés à la suite des derniers troubles politiques. La déportation sur cette plage lointaine devait ensuite

remplacer peu à peu les bagnes eux-mêmes. L'administration de la marine, de qui dépendait ce service, se préoccupa de trouver des prêtres pour le nouveau pénitencier; elle s'adressa à la Société du Saint-Esprit; le Père Liberman, qui en était le Supérieur, crut devoir se récuser ; mais il indiqua la Compagnie de Jésus; elle seule, à son avis, était en mesure de fournir le personnel nécessaire, «. Jusqu'ici, écrivait au Père Hoothaan le Provincial de Paris, l'olfre n'a été ni refusée ni acceptée. Use peut qu'elle soit acceptée dans quelques jours. M. Liberman traiterait alors avec nous, ou plutôt le Gouvernement sous le couvert de M. Liberman, comme il l'a fait pour Madagascar. Le Gouvernement, assurent ces Messieurs du Saint-Esprit, ne pourra pas, ou ne voudra pas traiter directement avec les Jésuites. » (6 Janvier 1852.)

C'était une population de cinq à six mille condamnés qu'il s'agissait de desservir. On demandait six ou sept missionnaires ; ils auraient leur résidence à Cayenne, d'où ils rayonneraient dans les îles qui servaient de lieu de déportation, le continent étant jugé trop insalubre, ou point assez sûr. Après cet exposé, le Père Rubillon concluait : « Faudra-t-il, mon Très révérend Père, accepter cette œuvre de dévouement ? Plusieurs de nos Pères sont pour l'affirmative, et plusieurs déjà sollicitent la faveur d'être envoyés à Cayenne. Pour moi, je n'y vois pas d'impossibilité, et je crois que cet apostolat, entrepris sous le patronage du bienheureux Pierre Claver, tournerait à la plus grande gloire de Dieu. » Suivent les noms de dix candidats parmi lesquels on pouvait choisir en toute liberté.

La Guyane était comme un héritage pour les Jésuites français du xixe siècle. Leurs prédécesseurs l'avaient évangélisée pendant plus de cent ans. De 1651 jusqu'aux édits de proscription des Parlements de 1763, on ne compte pas moins de cent douze d'entre eux qui s'y consacrèrent à l'apostolat auprès des colons françaiset surtout des populations indigènes. Les voyages qu'ils firent dans l'intérieur

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