CHAPITRE V
nuèrent à y dépenser jusqu'à la fin leurs forces et leur vie. Sans entrer ici dans le détail de leurs travaux apostoliques, le nombre des communions pascales permettra de s'en faire une idée assez exacte. Jusqu'à 1860, le chiffre de 1.500 n'est atteint qu'une seule fois; dans les années qui suivent, il oscille autour de 2.500, et en 1867 il arrive à 2.620. On comptait alors 5.800 transportés, mais beaucoup n'étaient pas chrétiens. A partir de cette date, le pénitencier de Cayenne s'achemine vers son déclin : « Toutes les tentatives d'acclimatation, écrivait le Père de Ponlevoy, ont échoué. » (31 Mai 1867.) Et quelques mois plus tard : « Notre Mission de Cayenne paraît décliner peu à peu et tirer à sa fin, non certes par la faute des Nôtres, mais par le malheur des lieux et plus encore par la malice des hommes. Nous tiendrons tant que nous pourrons... » (18 Décembre 1867.) Dès lors la métropole dirige tous les condamnés vers la Nouvelle-Calédonie et n'envoie en Guyane qu' « une nuée d'Arabes tous mahométans ». « Dans ces conditions, poursuit le Provincial de Paris, notre Mission est sans présent et sans avenir. Je demande au préfet apostolique, très bon prêtre du Saint-Esprit, de prendre au compte de sa Congrégation l'œuvre de plus en plus réduite de la transportation, ou bien de nous permettre d'y ajouter à notre charge celle de l'évangélisation des noirs et des sauvages. » (4 Mai 1869.)
Parmi les Jésuites envoyés en Guyane, plusieurs déjà avaient exprimé le désir de reprendre les Missions de leurs devanciers auprès des indigènes du continent ; leur demande avait été écartée. Cette fois le préfet apostolique accueillit « avec transport » la proposition du Père de Ponlevoy ; mais malgré les instances venues de Paris et de Cayenne, elle ne fut pas approuvée à Rome : « La Mission de Chine, écrivait le Père Général, réclame à elle seule toutes les forces de la Province. » (26 Juin 1869.) Une demande de l'archevêque de Port-au-Prince, Mgr Guilloux, n'eut pas plus de succès. En quittant Cayenne,
deux Pères passèrent quelque temps en Haïti, mais ils n'y firent pas d'établissement.
En 1873, la Compagnie de Jésus, cédant la place aux Pères du Saint-Esprit, se retirait définitivement de la (îuyane. Le 31 décembre, le dernier Supérieur, le Père Gustave de Montfort donnait avis du départ de sa communauté : « Voici notre Mission terminée auprès des transportés ; elle a duré près de vingt-deux ans. Nos successeurs sont arrivés... » « M. le Gouverneur de Cayenne, disait-il dans une lettre antérieure, désolé de notre résolution, en a écrit aussitôt au ministre de la Marine. On m'a donné lecture de sa lettre. Il ne savait assez louer le dévouement, l'abnégation et la prudence de nos Pères, durant tout leur séjour en Guyane, ni assez exprimer les regrets de la colonie ; il ne pouvait se résoudre à notre demande... » (2 Mai 1873.)
En allant porter la lumière de l'Evangile sur les terres les plus lointaines, les Jésuites français ne pouvaient oublier que, sur l'autre rive de la Méditerranée, se formait une nouvelle France qui, elle aussi, réclamait des ouvriers apostoliques. L'expédition d'Alger avait fait naître de grandes espérances. Devenue française, cette Afrique du Nord n'allait-elle pas redevenir chrétienne, comme elle l'avait été aux premiers siècles de l'Eglise? Volontiers on se persuadait que telles étaient les vues de la Providence. C'est cette pensée qui anima et soutint pendant son court pontificat le premier évêque donné par la France à l'Algérie. Ame ardente, dévorée de zèle, ne comptant ni avec sa peine, ni avec ses ressources, oublieux dans la poursuite de ses projets des obstacles que lui opposaient les hommes et les choses, Mgr Dupuch se vit au bout de quelques années obligé de donner sa démission et de quitter l'Algérie, où il laissait le souvenir d'un saint prélat, point assez prudent. Il eut du