‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 4)Chapitre 186 sur 324 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

projets : « Gomme bien vous le pressentiez, des établissements nous sont demandés de tous côtés. Une impossibilité absolue nous en a fait refuser doucement et poliment le plus grand nombre. Où trouver le personnel?... » (13 Avril 1850.) Après cela, une liste de sept à huit demandes qu'on croit devoir exaucer.

Trois mois et demi après le vote de la loi, nous trouvons dans la correspondance du Père Général des chiffres précis et éloquents: «Je suis tout à la fois consolé et peiné, écrit-il au Père Maillard, du grand nombre de demandes qui vous ont été faites et auxquelles vous n'avez pu répondre que par des refus. Le Père Rubillon a refusé de son côté vingt-deux établissements ; vous en avez refusé trente ; et combien de nouvelles demandes ces refus ont arrêtées ! » (3 Août 1850.) Ainsi donc, en ce court laps de temps, cinquante-deux collèges au moins avaient été offerts aux Jésuites français qui n'avaient pu les accepter. C'est de quoi les excuser d'en avoir pris à leur charge une demi*douzaine avant la fin de la première année. C'était sans doute aller trop vite ; on eut à le regretter ; mais il est parfois plus facile de résister à la violence ouverte qu'à certaines contraintes morales.

Tel fut le cas à Avignon, où l'on n'attendit même pas le vote de la loi de liberté pour ouvrir un établissement d'enseignement secondaire sous la direction des Jésuites. A raison même de cette circonstance, l'histoire de cette fondation présente un intérêt spécial. L'initiative en appartient vraisemblablement au Père Julien Jordan, Provincial de Lyon lors de la révolution de Février. Il en suggéra l'idée au Père Ribeaux, Supérieur de la résidence d'Avignon, lequel en fit part à quelques hommes entreprenants et dévoués. Dans une réunion de pères de famille, où assista le Provincial avec le Père de Jocas et le Père Ribeaux. on fixa les bases de la future institution. Un externat pour renseignement secondaire serait établi dans la maison de Saint-Pierre-de-Luxembourg; l'abbé

Bonnet, ancien maître de pension, prêtait son nom comme directeur et couvrait les Jésuites qui fourniraient tout le personnel enseignant. Conformément à la règle de la Compagnie, il n'y aurait pas de rétribution scolaire ; les pères de famille s'engageaient à pourvoir aux frais de l'école et à l'entretien des professeurs par une somme de 20.000 francs pendant dix ans. Une pétition fut adressée au ministère à l'effet d'obtenir pour le futur collège les droits et privilèges de plein exercice; elle portait plus de trois cents signatures et fut remise par un représentant du peuple. Lors de son passage à Avignon, le Père Général, reçu par l'assemblée des pères de famille, fut mis au courant de toute l'affaire, à laquelle il donna son approbation, insistant seulement pour que les promesses de ces Messieurs fissent l'objet d'engagements formels.

Ce plan, comme on le voit, supposait un établissement ouvert sous le régime du monopole; ses auteurs n'escomptaient nullement les dispositions de la loi prochaine sur la liberté d'enseignement. Dans ces conditions l'entreprise était hardie ; les religieux avaient à compter avec la fameuse Déclaration par écrit. On espérait s'en dispenser en nommant des professeurs titulaires dont les Jésuites seraient les suppléants. Mais l'échappatoire serait toujours d'une efficacité douteuse.

Cependant le comité des pères de famille avait hâte d'en finir; il multipliait les démarches et pressait les Jésuites de mettre la main à l'œuvre dès la rentrée prochaine ; sinon, il avait résolu de faire appel à d'autres. Le projet était maintenant dans le domaine public, les journaux s'en étaient emparés et chacun l'appréciaità sa guise. La loi Falloux était à l'étude, la Commission de la Législative venait de terminer ses travaux. Dans le tumulte des controverses, réchauffement des partis, l'incertitude du résultat final, le moment paraissait mal choisi pour installer les Jésuites dans l'enseignement. C'était préjuger témérairement la question qui passionnait les esprits et sur laquelle depuis près d'un an se livraient des luttes

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