CHAPITRE PREMIER
absente ; mais il se plaint de n'être pas consulté ; on se concerte avec les avocats ; on organise la défense judiciaire: tout cela en dehors de l'autorité ecclésiastique, laquelle, selon lui, était seule qualifiée pour tracer la direction à suivre. Pour dire le vrai, Mgr AfTre désapprouvait fort les projets de résistance sur le terrain des droits constitutionnels; il voulait bien défendre les Jésuites, mais les défendre comme il l'entendait, c'est-à-dire en les incorporant à son clergé.
Malheureusement cette manière de défendre un Ordre religieux, en le supprimant, fut toujours celle que préféra le savant et pieux archevêque. Sa lettre au Père de Ravignan est datée du dernier jour de mai. On ne croyait pas alors au succès de la négociation Rossi. Si le Gouvernement entreprenait de disperser les Jésuites, ce ne serait pas du moins avec l'agrément du Pouvoir spirituel. Mais quand il eut fait publier au Moniteur son bulletin de victoire du G juillet, quand M. Guizot l'eut commenté officiellement à la Chambre des Pairs, affirmant que la Cour romaine avait consenti à tout ce qu'on lui demandait, l'archevêque de Paris se persuada que ses vues étaient conformes à celles du Pape. Les Jésuites avaient ordre de disparaître comme Congrégation ; ce serait entrer dans les intentions du chef de l'Eglise que de veiller à ce que l'ordre ne fût pas éludé. Vainement le Provincial et le Supérieur de la résidence de Paris lui exposèrent l'un après l'autre la vérité sur la situation ; un mois après le discours du 15 juillet, le Père Rubillon pouvait écrire : « Monseigneur s'en tient à la déclaration de M. Guizot; il n'y a que cela d'officiel, tant que de Rome ne sera pas venu un démenti. » (14 Août.) C'est cette attitude de l'archevêque de Paris qui détermina le Père Guidée à demander par l'entremise du nonce un éclaircissement authentique des intentions du Saint-Siège. Voici en quels termes il exposait son anxiété :
« Dans la position qui nous est faite, demeurant religieux, nous pouvons sans blesser en rien la conscience,
et même pour obéir à notre conscience, faire avec prudence ce qui dépendra de nous pour éluder les mesures qui nous atteignent de la part du Pouvoir civil et vivre plus conformément à notre sainte vocation. Mais cet état de choses ayant été consenti par la puissance spirituelle, au dire du Pouvoir civil, n'est-il pas à craindre, quelque réserve que nous mettions dans notre conduite, qu'on ne nous accuse de résister à l'autorité de nos chefs, si nous ne nous soumettons pas dans le sens que le Gouvernement attache à la Note du Moniteur, laquelle M. Guizot assure avoir été lue d'avance par le cardinal secrétaire d'Etat? Dans les pays de Missions, en temps de persécution on se cache; nos Pères ont été longtemps cachés en Angleterre, ils le sont encore en Espagne; mais ils avaient, ils ont l'approbation, l'aveu du Saint-Siège. Cette consolation nous serait-elle donc refusée? C'est ce qu'il nous est impossible de croire. » (17 Juillet.)
Ces appréhensions visaient manifestement l'autorité épiscopale ; elle seule, en effet, pouvait mettre efficacement obstacle à la liberté que les Jésuites réclamaient de continuer à vivre en religieux. La lettre du Père Guidée fut transmise par le nonce au cardinal Lambruschini, lequel y répondit par la dépêche du 4 août que nous avons déjà citée. Après avoir rétabli la vérité sur les sacrifices consentis par les Jésuites, le ministre du Saint-Père déclare contraire à toute vraisemblance « qu'une autorité spirituelle quelconque vienne jamais à leur interdire de rester en France comme ils sont restés en Angleterre et ailleurs en des temps plus difficiles » '.
Au surplus, continue le cardinal, « on n'a pas manqué de faire connaître la vérité aux évêques par les réponses que le Saint-Père ou moi leur avons adressées. » Enfin le nonce est invité à les renseigner encore à l'occasion sur
i. (t Tanto è lungi dal vero la supposizione contenuta nella lettera del P. Guidée, che un' autoriln spiriluale qualunque sia per vietar loro di rlmanere in Francia corne rimasero in Inghilterra ed altrove nei tempi pià difficili. »