‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 4)Chapitre 223 sur 324 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

qu'un nouveau refus leur fit perdre la bienveillance de l'évêque de Poitiers.

C'est ainsi qu'aux vacances de 1854 ils prirent possession du collège Saint-Vincent. Ce fut pour l'établissement le signal d'une résurrection. Un eut peine à y trouver place pour les élèves qui se présentaient. Dès les premiers jours de l'année 1855, la correspondance est pleine de projets d'agrandissements, qui du reste furent presque aussitôt abandonnés ; avant la fin de l'année on avait acquis le terrain où allait s'édifier de toutes pièces le collège Saint-Joseph. En 1858 on construisit le bâtiment central ; l'année suivante les familles ayant souscrit une avance de fonds, on décida d'y ajouter une aile, et en 1861 un dernier corps de logis vint achever l'ensemble. Le collège Saint-Joseph avait assurément grand air; d'ailleurs la faveur dont il jouissait autorisait des espérances ambitieuses. Malheureusement ce bel édifice, campé sur un sol inégal, avait entraîné des dépenses excessives. La dette qui en résultait fut pendant vingt ans le cauchemar de toute une Province de la Compagnie de Jésus. Le premier Supérieur de l'établissement, celui qui avait dû prendre les initiatives du début, était le Père Elesban de Guilhermy. Ce nom rappelle un homme qui a bien mérité de sa famille religieuse ; il lui a élevé en effet, dans ses Aie no loges, un monument d'un prix inestimable. Ce fut l'œuvre de l'âge mûr et de vingt-cinq années d'un labeur qu'une ardente piété filiale pouvait seule soutenir. Mais le Père de Guilhermy arrivait à Poitiers jeune encore; il avait à peine trente-six ans. Il semble bien qu'il ait pris ses décisions avec une confiance quelque peu téméraire. Quoi qu'il en soit, quand il quitta le collège, après cinq années de gouvernement, il laissait une situation tellement embarrassée que son successeur, le Père Hubin, ne put y tenir plus de deux ans. À l'époque où nous arrivons (septembre 1861), c'est le Père Eugène Coué, qui préside, comme Recteur de Saint-Joseph, à l'achèvement des constructions.

L'année 1854 vit encore une autre création dont il nous reste à parler brièvement, car nous aurons à y revenir dans une autre période de cette Histoire.

La principale résidence des Jésuites à Paris ayant été fixée définitivement, à partir de 1847, dans l'immeuble de la rue de Sèvres, la maison de la rue des Postes perdit dès lois beaucoup de son importance. Le nom même qu'elle portait, Domus Exercitiorum, n'était pas suffisamment justifié par le nombre relativement faible de ceux qui y venaient retremper leur âme dans la solitude et la retraite. Elle abritait des savants et des écrivains, comme les Pères Cahier, Arthur Martin, Charles Daniel, Marie- Ange Chastel, etc., de jeunes religieux, comme le Père Joseph Félix, qui s'y préparaient dans le recueillement au futur ministère de la prédication; on y recevait encore les hôtes pour lesquels la place manquait à la résidence. Néanmoins l'utilité de ce logis n'était plus en rapport avec la charge qu'il imposait. Vers le commencement de 1850, les Jésuites songeaient à s'en défaire. Les documents de famille conservent la trace d'une consulte extraordinaire où la question fut débattue. Les avis se partagèrent; la majorité inclinait pour la vente totale ou partielle. A Rome, l'opinion se prononça dans le même sens. En conséquence des pourparlers s'engagèrent avec la communauté des Bénédictines du Temple, alors expropriées par la voirie municipale et en quête d'un établissement sur la montagne Sainte-Geneviève. Fort heureusement l'affaire n'aboutit pas; les dames Bénédictines s'installèrent à l'hôtel de Coudé, rue Monsieur, et les Jésuites de Paris restèrent en possession de cette demeure à laquelle s'attachaient pour eux et pour tous leurs frères de France tant et de si précieux souvenirs. Cependant ils ne soupçonnaient pas à cette heure l'avenir qui devait donner à leur maison de la rue des Postes une renommée

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