‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 4)Chapitre 225 sur 324 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

témoignent que les prévisions du Père Ducoudray ne le trompaient point. On y peut lire gravés en lettres d'or les noms de cent soixante-huit anciens élèves tués à l'ennemi. Le Père Ducoudray lui-même, avec deux de ses collaborateurs, les PP. Alexis Clerc et Anatole de Bengy, allait bientôt tomber sous les balles des insurgés de la Commune. Nous reviendrons sur ces faits qui appartiennent à une autre partie de notre Histoire ; celle de l'Ecole Sainte- Geneviève devait être conduite jusqu'à cette date ; Vannée terrible marque en effet le terme d'une première période de son existence qu'il ne convenait pas de laisser inachevée.

En l'espace de quatre années (1850-1854) les Jésuites français avaient pris la charge de treize établissements d'éducation clans la métropole ; il y en avait un quatorzième en Algérie, encore à cette époque pays de Mission. Déjà lors de ses premières visites à Oran, Mgr Dupuch écrivait : a Combien serait utile la fondation d'un collège ! Non seulement la ville d'Oran, mais la province entière applaudirait à pareille création. C'est un de mes sujets les plus ordinaires de réflexions et d'espérances que je confie à M. le Gouverneur général. »

Le vœu du prélat fut exaucé de bonne heure, et on peut le dire, contre toute vraisemblance. Par suite de quelle pression les Supérieurs de la Compagnie furent amenés à consentir à l'ouverture d'une maison d'enseignement secondaire dans la colonie algérienne, il serait trop long de le raconter. Le fait est que, au lendemain de la loi de 1850, un embryon de collège fonctionnait à Oran. L'année suivante, grâce au bon vouloir des autorités civiles et militaires, il fut installé dans les locaux jusque-là affectés aux détenus. Ainsi, pour une fois, se vérifiait le mot fameux : Ouvrir une école, c'est fermer une prison. Le collège de Notre-Dame eut des commencements bien humbles ; des personnages considérables et même illustres l'honorèrent toutefois de leur sympathie. Le général Pélissier, qui

commandait alors à Oran, compta parmi ses bienfaiteurs les plus dévoués. Il y faisait de fréquentes visites, pénétrait dans les classes, interrogeait les élèves et ne marchandait pas les témoignages de sa satisfaction à ceux qui la méritaient. Après la distribution des prix de 1854, qu'il avait présidée en personne, il voulut avoir à sa table plusieurs des lauréats avec leurs maîtres. Quelques jours plus tard, au 15 août, obligé de passer une revue pour la fête de l'empereur, il s'excusait de ne pouvoir se trouver au collège où le Père Recteur faisait ce jour-là ses derniers vœux : « Croyez-le, mon bon Père, lui disait-il dans un billet charmant, c'est avec le plus grand bonheur que mon âme sympathiserait avec la vôtre au pied des autels. » Peu de temps après, placé à la tête de l'armée d'Orient, il écrivait encore de Crimée au Père Antoine Burget une lettre qu'il faut citer à l'honneur du glorieux général qui fut aussi un vaillant chrétien : «Remerciez vos Révérends Pères et vos enfants des vœux qu'ils forment pour moi. Celui qui tient entre ses mains éternelles les destinées des armées entendra leurs prières, et nous donnera, je l'espère, la victoire. S'il bénit nos efforts, je saurai rapporter le succès à ceux qui, au pied des autels, élèvent la voix pour la grandeur de notre France et la gloire de nos drapeaux. »

Le successeur de Pélissier, le général Cousin-Montauban ne se montra pas moins bienveillant pour les Jésuites et le collège Notre-Dame. On le voyait d'ordinaire assister avec plusieurs officiers de son état-major aux séances académiques. Le Gouverneur civil de son côté s'efforçait de tenir la balance égale entre « le collège fondé par la ville » et celui de Notre-Dame qui, disait il, « est toujours en voie de prospérité ». Il acceptait, même d'y présider la distribution des prix, flanqué de plusieurs notabilités arabes parmi lesquelles le grand muphti eu personne. (1859.) Heureux temps où le représentant de la France ne se croyait pas obligé de se poser devant les musulmans en ennemi d'une maison d'éducation protégée par la Croix!

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