‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 4)Chapitre 236 sur 324 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

jamais les Jésuites n'ont consenti à montrer aux élèves de leurs collèges le baccalauréat comme but suprême de leur travail et récompense de leurs efforts. Bien plutôt s'y appliquait-on à le dépouiller de ce prestige mystérieux devant lequel se laissent hypnotiser beaucoup de jeunes cerveaux : « Vous contenterez-vous du baccalauréat, disait le Père Olivaint aux candidats de Yaugirard ; votre ambition irait peu loin. Le baccalauréat est nécessaire, à la bonne heure ; il ouvre la première porte des carrières. Mais ce n'est nullement parce qu'on est bachelier qu'on est capable de les remplir. Il faut, mes enfants, le bon sens le dit, des études sérieuses, il faut des idées, des principes, il faut cet ensemble de connaissances qui font, je ne dis pas un bachelier, mais un homme... Enfants catholiques, vous avez mieux à faire que d'être seulement bacheliers... Vous avez un dépôt à défendre. Si vous sortez d'ici ignorants, vous êtes déjà vaincus...' »

S'ils n'ont pas de recette spéciale pour faire réussir leurs élèves au baccalauréat, les Jésuites emploient du moins dans leur enseignement certaines méthodes particulières qu'ils ont apprises soit de leur Ratio studiorum, soit de la tradition de leurs anciens. A l'encontre d'une doctrine pédagogique fort prônée de nos jours, ils font grand cas de l'émulation; ils s'ingénient à l'entretenir par une multitude d'industries que ceux-là seuls seront tentés de déprécier qui méconnaissent la nature de l'enfant, pour ne pas dire celle de l'homme. La division de la classe en deux camps adverses, avec des noms et des insignes guerriers, les joutes fréquentes sur les différentes matières de l'enseignement, les concertations publiques où il y a des vainqueurs et des vaincus, lesquels souvent versent

i. Pierre Olivaint, p. 293.

de « ces larmes qu'on aime à voir répandre », la distribution mensuelle des témoignages, les académies avec leurs dignités et leurs séances solennelles, tous ces stimulants du travail, et si l'on veut de l'amour-propre des écoliers, ont été couramment mis en œuvre, et avec combien d'autres, dans les modernes établissements d'éducation des Jésuites. Des gens du dehors qui en furent témoins n'ont pu s'empêcher d'en parler avec éloge, quelquefois avec admiration1. Tel professeur universitaire a loué copieusement des pratiques analogues qu'il avait découvertes dans des gymnases allemands, ne se doutant pas qu'il aurait pu se dispenser d'aller chercher si loin\ Nous n'entrerons pas ici dans plus de détails sur un sujet qui a été abordé à l'occasion du Plan d'études de Saint- Acheul 3.

Si importante que soit l'instruction, l'éducation l'est davantage; celle-ci absente, celle-là n'est pas désirable. Les partisans les plus résolus de l'institution universitaire, tout en revendiquant ce qu'ils appellent « la supériorité incontestable » de l'enseignement donné dans les maisons officielles, confessent que l'éducation y laisse fort à désirer; certains maîtres, en veine de sincérité, déclarent franchement : Nous ne donnons pas l'éducation. A cet égard on veut bien reconnaître la supériorité des établissements libres, et spécialement des établissements ecclésiastiques ou religieux. Seulement, pour diminuer ce que l'aveu a de pénible pour l'amour-propre, on en vient à déprécier l'éducation elle-même; on affecte de la confondre avec une sorte de « civilité puérile et honnête » dont les gens sérieux n'ont que faire. Un maître distingué,

1. Cf. Albert Duruy. L'Instruction publique et la Révolution. Ch. iv, p. 271.

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