‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 4)Chapitre 238 sur 324 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

plus catholiques et plus Français que nous*. » Ailleurs on pourra tenter de faire des Français sans épithète ; les élèves des Jésuites seront, en règle générale, Français et catholiques; et voilà ce qui attire sur leurs collèges la fureur des gens qui se sont donné pour mission de déchristianiser la France. Au surplus cette alliance entre la foi patriotique et la foi religieuse est la seule qu'on y connaisse. C'est un fait que tous les régimes qui se sont succédé en France au siècle dernier ont tour à tour prétendu trouver dans les Jésuites des adversaires politiques. Tous sans exception leur ont fait grief de n'être pas amis de César. Leur réponse fut toujours la même; ils la trouvent en effet dans les prescriptions de leur Institut. Au début du second empire, le Père Général Beckx affirmait encore solennellement : « En fait comme en droit, la Compagnie de Jésus se déclare en dehors de tous les partis politiques, quels qu'ils soient. Dans tous les pays et sous toutes les formes de gouvernement, elle se renferme exclusivement dans l'exercice de ses ministères, n'ayant en vue que sa fin placée au-dessus de tous les intérêts de la politique humaine. »

Pour atteindre le but qu'elle se propose dans l'éducation, la Compagnie de Jésus s'efforce d'abord de donner aux élèves de ses collèges une solide instruction religieuse. De toutes les fonctions sacerdotales qu'elle peut remplir, l'enseignement du catéchisme est assurément celle qui a ses préférences. Le Ratio studiorum ajoute sur ce point aux règles générales de l'Institut : « Dans toutes les classes la doctrine chrétienne doit être apprise des écoliers, et au fur et à mesure qu'ils avancent on doit leur donner des explications plus amples et s'assurer qu'elles sont comprises2. » Nous avons dit pour quelles raisons, indé-

i. F. Butel. La vie de collège chez les Jésuites, p. 62.

a. Doctrina christiana in omnibus classions ediscatur... Pro quovis autem scholse gradu explicationes ampliores tradantur atque exigantur, » (Rat. Stud. Regulae coram, 4.)

pendantes de leur volonté, les Jésuites français n'ont pas toujours porté l'instruction religieuse des jeunes gens au degré de perfection qu'ils auraient voulu. Cette lacune fut pour eux l'objet, sinon d'un remords, du moins d'un vif regret.

En même temps que la connaissance de la religion la piété est nécessaire pour former le vrai chrétien. La Compagnie de Jésus mettra donc tous ses soins à l'inculquer à ses élèves. Elle peut dire sans forfanterie que la piété est la caractéristique de ses collèges ; telle est bien en effet l'idée que s'en fait le public. Certaines familles y voient une raison de s'en défier; elles ont peur que leurs fils ne deviennent trop pieux. Mais les Jésuites savent que si « la piété est utile à tout », elle l'est en éducation plus qu'en toute autre chose. La piété apprend à l'enfant à se vaincre ; c'est pourquoi elle se peut comparer au levier avec lequel Archimède se faisait fort de soulever le inonde ; et il faut plaindre les éducateurs qui n'ont pas cet instrument à leur disposition.

Dans les collèges de Jésuites on se garde de multiplier les pratiques de piété. La prière le matin et le soir, la messe, une dizaine de chapelet suivie d'une courte lecture, c'est, avec les formules d'usage avant et après classes et études, avant et après les repas, tout ce que comporte le programme des dévotions quotidiennes du collège. C'est la mesure adoptée dans presque tous les établissements catholiques ; beaucoup même font plus large part aux cérémonies plus ou moins solennelles. Pour les Jésuites, ils font en sorte d'entretenir chez eux une atmosphère de piété, qui n'agit pas moins efficacement que les manifestations extérieures. Leur vie elle-même y contribue plus que ne pourraient faire toutes les leçons. La présence sous le même toit d'une communauté religieuse régulière et fervente constitue en effet un foyer de chaleur surnaturelle qui rayonne nécessairement dans tout le collège. A maintes reprises le Ratio studiorum rappelle aux maîtres que leur premier devoir est de porter

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