‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 4)Chapitre 240 sur 324 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Les Jésuites eussent pareillement encore devancé la décision souveraine du Pape relativement à l'âge de la communion pour les jeunes enfants. A cet égard ils avaient à compter avec les règlements diocésains ; mais aussi souvent que la chose fut possible, ils ne manquèrent pas d'admettre à la première communion des enfants que l'usage eût fait attendre un an ou deux.

Grâce à cette intensité de vie chrétienne les cœurs s'ouvraient spontanément à la charité. La visite des pauvres était un privilège des congréganistes de la Sainte-Vierge ; mais tous les élèves contribuaient à alimenter le trésor des aumônes diverses qui passaient par leurs mains. Chaque collège avait d'ailleurs ses œuvres particulières pour lesquelles on se piquait de générosité ; toutes les occasions étaient bonnes pour provoquer des libéralités et l'on n'était pas très regardant sur le choix des moyens. Une orange mise aux enchères dans une séance récréative et disputéepar des jeunes gens à la bourse bien garnie pouvait être adjugée à des prix extravagants; la charité bénéficiait du conflit des amours-propres. D'ordinaire c'étaient des œuvres locales que les élèves aimaient à secourir, un orphelinat du voisinage, ou les vieillards des Petites- Sœurs des pauvres ; volontiers en certains jours de fête, ils faisaient à leur intention le sacrifice de quelques douceurs. Mais souvent aussi on les intéressait aux travaux et aux besoins de l'apostolat. Un professeur, un surveillant devenait missionnaire en quelque pays lointain. On ne l'oubliait pas au collège ; les Missions avaient toujours leur part dans le produit des loteries et des quêtes.

d'un Père spirituel zélé, mais presque malgré lui, et bientôt elle produisit dans le collège une métamorphose. On s'inquiéta, on accusa le directeur d'indiscrétion. On demanda des explications : « Je ne sache pas, répondit le Recteur du collège, que la communion quotidienne soit contraire à aucun principe théologique, et je me croirais coupable si je l'empêchais. » Le préfet de discipline ajoutait : « Je deviens inutile ici ; le préfet de discipline, c'est la communion quotidienne. » Cela se passait quinze ans avant le Décret de Pie X.

Ce tribut leur était adressé avec l'indication de la provenance et parfois aussi des intentions spéciales des donateurs, l'érection d'une chapelle, l'achat d'une statue, l'éducation d'un enfant. Des lettres arrivaient ensuite, lettres du missionnaire ou lettres naïves de quelque néophyte inconnu remerciant ceux qui lui avaient procuré par leurs aumônes le bonheur de devenir chrétien. Ces lettres étaient lues publiquement dans les divisions, et ainsi s'établissaient entre le collège et la Mission lointaine des relations de reconnaissance d'une part, de sympathie et de dévouement de l'autre. Les élèves de Mongré, pour ne citer que ceux-là, s'étaient particulièrement affectionnés à ceux du séminaire de Ghazir dans la Mission de Syrie. Pendant un quart de siècle leurs aumônes et leurs pensées prirent la direction du Mont-Liban. Il s'ensuivit une correspondance épistolaire très touchante entre les jeunes Maronites et les jeunes Français leurs protecteurs.

Cet aperçu du rôle de la piété dans l'éducation des Jésuites serait par trop incomplet si l'on ne faisait encore mention des retraites. Nous avons assez dit quelle place ils assignent aux Exercices spirituels parmi les moyens d'apostolat. Ils se devaient donc d'employer auprès de leurs élèves cette discipline incomparable. Il va sans dire que dans leurs collèges l'année s'ouvre par une retraite, pendant laquelle la vie scolaire est suspendue presque complètement et à laquelle tous prennent part, petits et grands. La pratique est générale, croyons-nous, dans les maisons chrétiennes d'éducation, et on se rappelle le temps où les établissements officiels eux-mêmes s'en faisaient un devoir. Il faudrait plaindre ceux qui estimeraient que ce soient là des journées perdues.

Outre cette halte ménagée tous les ans entre la dissipation des vacances et la vie plus sérieuse du collège, il y a une autre retraite réservée à ceux qui partent pour ne plus revenir ; on l'appelle la retraite des philosophes. On a vu qu'elle avait été instituée à Saint-Acheul sur la demande expresse des élèves. L'usage en fut étendu

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