‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 4)Chapitre 243 sur 324 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

d'Elisabeth, qui fournit le sujet du drame latin1. Nous trouvons encore pour la même solennité Saint Eustache, tragédie sacrée, en 1858; Le dernier jour de Dioctétien, en 1859; Jean Sans-Peur, en 1861. Cet essai de résurrection d'un genre beaucoup prisé jadis était digne d'éloges et faisait assurément honneur à l'académie et au collège de Metz; d'autre part les adversaires les plus déterminés des pièces de théâtre au collège eussent pardonné à celles-ci par amour pour la muse classique; mais quel intérêt la masse des élèves pouvait-elle prendre à pareille représentation ? Le but principal était donc manqué. On le comprit et il ne parait pas que les récidives aient été plus fréquentes. Les comédies françaises avaient çà et là plus de succès. Le fait n'est pas douteux. Mais les inconvénients, les dangers même qui en résultaient ne pouvaient échapper aux Supérieurs. Plusieurs les proscrivaient impitoyablement. Et à vrai dire, les consultations venues de Rome à ce sujet leur donnaient raison. Le 14 mai 1852, le Père Roothaan écrit au Père Gabriel Boufïier, Recteur d'Avignon : « J'approuve entièrement votre manière de penser sur les pièces de théâtre. Oui, elles sont propres à entretenir les préjugés que l'on a sur notre éducation, qu'elle est superficielle, que nous donnons à nos élèves des goûts de luxe, de dépenses, de plaisirs. Oui, elles entraînent une perte de temps considérable. Oui, le danger de monter les imaginations, auquel elles exposent, n'est que trop réel. Je vous félicite d'avoir résisté aux instances que vous ont faites quelques-uns des Nôtres pour les permettre. Persévérez dans cette voie; elles ne peuvent être tolérées que là où il y a comme une nécessité. » Cette direction plutôt sévère était adressée un peu plus tard au Père Maillard, Provincial de Toulouse. Le Père Beckx, successeur du Père Roothaan, écrivait dans le^même

i. Voir aux Pièces justificatives n' VIII. Au carnaval de cette même année 1 807, les élèves de la classe d'Humanités avaient joué la comédie de Monsieur des Chalumeaux, traduite en latin (!). Cf. Les Jésuites à Metz, p. i5o.

sens au Père de Nolhac, Recteur de Dôle : « Les pièces dramatiques françaises ont été avantageusement remplacées dans plusieurs collèges par des séances académiques, des plaidoyers, etc. Il est à désirer que cet usage se propage de plus en plus. » (1er Juin 1859.)

En somme la question n'était pas tranchée au tribunal de l'aréopage romain. Les Recteurs de collèges restaient juges des quasi-nécessités locales. Très souvent les raisons pour l'emportaient à leurs yeux sur les autres. Surtout, il fallait à certains jours occuper agréablement pendant une soirée le petit peuple des pensionnats. Parmi toutes les distractions possibles, une pièce de théâtre parut être la meilleure, ou la moins mauvaise. Les représentations dramatiques eurent lieu une ou deux fois l'année dans la plupart des collèges. Tantôt on puisait au répertoire quelque pièce qu'on adaptait de façon plus ou moins heureuse; tantôt c'était l'œuvre de quelque professeur qui occupait la scène. Le Père Longhaye, pour ne citer qu'un nom bien connu, a donné une suite de tragédies où de très nobles sentiments s'allient à une versification digne du grand siècle.

Pour tout dire, le théâtre au collège, comme divertissement des grands jours, paraît de plus en plus délaissé. Les élèves des plus hautes classes préoccupés du baccalauréat, n'y pouvant plus paraître, on est réduit à prendre les acteurs en Seconde, en Troisième, presque encore des enfants; et pour ceux-là même la surcharge des programmes fait hésiter les maîtres à leur imposer un exercice qui demande du temps et des efforts. D'autre part les sorties plus fréquentes rendent moins indispensables certains délassements extraordinaires au pensionnat; peutêtre aussi moins de simplicité chez les adolescents des générations contemporaines les empêche-t elle de trouver de l'attrait à une action scénique naturellement un peu fade en comparaison des distractions mondaines qui ne leur sont pas inconnues. Toutes ces causes réunies expliquent le déclin d'une institution dont on peut dire

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