‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 4)Chapitre 258 sur 324 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Grandeur d'abord au chapitre, ensuite aux directeurs du Séminaire, enfin aux séminaristes eux-mêmes, on avait répondu par l'expression d'une satisfaction unanime. » (26 Février 1864.) Toutefois cette satisfaction fut bientôt traversée de quelques nuages; on ne pouvait rappeler à l'observation du règlement une jeunesse accoutumée à en prendre à son aise sans provoquer des récriminations. On eut à passer quelques semaines pénibles; mais bientôt l'ordre se rétablit, la physionomie du Séminaire se transforma au point d'exciter l'étonnement et l'édification de la ville. Quant à l'évêque, la réforme n'alla pas sans lui causer des ennuis avec le Gouvernement. Le préfet essaya de le faire revenir sur sa détermination; le ministre le manda à Paris dans le même but. Mgr Dabert ne se laissa point intimider. Prenant résolument l'offensive : « On admet les Sulpiciens, les Lazaristes, d'autres encore, disait-il, pourquoi pas les Jésuites? » On n'osa pas recourir à la contrainte. Plus tard, l'évêque racontait à un de ses collègues, en présence du Supérieur du Séminaire, comment il était parvenu à y introduire les Jésuites: « J'eus le bonheur de réussir; je dis le bonheur, car je suis très heureux de ce que j'ai fait, et si c'était à recommencer, je ferais de même. Je dis cela dans la sincrité de mon âme, et non pas seulement pour faire plaisir au Père Recteur. » L'Histoire du Séminaire de Périgueux sous la direction de la Compagnie de Jésus se déroule dans une paisible monotonie; c'est, selon le mot de saint Augustin, « la tranquillité de l'ordre». Nous n'y trouvons guère à signaler qu'un incident lugubre, qui troubla momentanément cette paix. 11 peut trouver place ici, en raison même de son étrangeté. C'était en 1868; un malheureux séminariste avait fréquenté chez les protestants ; depuis lors son caractère s'était aigri; il était sombre et taciturne. Le jour de Pâques, au moment de recevoir la communion, tout à coup il vomit un blasphème contre l'Eucharistie, accompagné d'un outrage aux Jésuites, et d'un coup de poing renverse le ciboire et projette sur le sol les hosties consacrées.

Le Supérieur, le Père Bouyssou, qui officiait, en contracta un tremblement qu'il garda toute sa vie. On se contenta d'expulser le sacrilège, et sans en dire le motif, l'évêque lit célébrer dans les chapelles de communautés religieuses une cérémonie expiatoire.

Grâce au long épiscopat de Mgr Dabert, les Jésuites ne connurentpas à Périgueux d'autre évêque que celui qui les y avait appelés. Le vénérable prélat leur conserva jusqu'au bout ses sentiments de la première heure : « Je me félicite tous les jours, leur disait-il à l'occasion, de vous avoir confié mon Séminaire. Quand je n'aurais pas fait autre chose pendant mon épiscopat, je mourrais content. »

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