CHAPITRE IX
d'une manière inquiétante. » Malheureusement, toutes les réserves de la résidence étaient épuisées et à la place il restait des dettes. Du moins l'église de la rue Margaux était fort belle et faisait honneur à la cité. Les Pères trouvaient d'ailleurs dans leur ministère de précieux encouragements. Le Père Pitron, que nous avons vu présider au développement de la résidence de Marseille, avait succédé sur la fin de 1855 au Père Thiollière. C'est lui encore qui devait mettre la dernière main aux travaux et liquider les dépenses de l'église de Bordeaux. En attendant il rendait compte, quelques mois après son arrivée, de la Mission qu'on venait de prêcher pendant le carême dans toute la ville : «Elle estloin, écrivait-il, d'avoir comblé tous nos vœux; mais, à dire vrai, elle a dépassé nos espérances. Pour ne parler que des hommes, nous en avons eu de quatre à cinq mille à la communion générale au jour de Pâques, à la cathédrale. Indépendamment de cette communion la plupart des paroisses avaient déjà eu la leur le dimanche des Rameaux. Cette Mission a été donnée par les divers corps religieux ; nous avions trois paroisses pour notre part. Chacun des Nôtres a payé dignement de sa personne et fait son devoir... « (17 Avril 1850.)
A cette date Montpellier aussi voyait s'élever église et résidence. Le 16 août 1858, le Père Mauret, Supérieur, écrit que « l'église est à peu près achevée. Notre future habitation est également très avancée. Rien n'empêchera, s'il plaît à Dieu, que nous fassions notre translation au mois de novembre. » L'établissement avait été ouvert sur la fin de 1851 ; la Compagnie de Jésus était appelée par Mgr Thibaud, ancien condisciple à Paris et ami du Père Maillard. C'était avant la séparation des Provinces ; le Père Barrelle fut envo)ré d'Avignon à Montpellier pour y préparer l'installation. Le saint homme s'acquitta, paraîtil, de sa commission de manière par trop évangélique. Son choix s'arrêta sur un logis misérable dans un faubourg. Le Père Deîfour, qui fut le premier Supérieur, écrivait : « La maison qu'on nous a achetée est petite, mal
placée, sale, presque hideuse... » (5 Octobre 1852.) Les préventions et la froideur du clergé ménageaient aux Jésuites d'autres épreuves que la sympathie de l'évêque les aida à supporter. Dès lors en efï'et il leur confiait les stations de Carême et d'Avent dans sa cathédrale. Quelques œuvres populaires qu'ils entreprirent tout d'abord, entre autres celle des militaires, tirent tomber beaucoup de préjugés parmi les laïques : « MM. les curés, continuait le Père Delfour, viendront à leur tour, je l'espère, et l'on s'accoutumera à nos ministères. » Mais ce que l'on attendait surtout de la Compagnie à Montpellier, c'est qu'elle y ouvrît un collège. Après un an de séjour, le Supérieur pouvait écrire : « Je ne crois pas exagérer en disant que j'ai reçu déjà plus de deux cents demandes. » Il fallut patienter encore plus de vingt ans, avant de pouvoir donner satisfaction à des désirs si empressés; mais les Jésuites ne perdirent jamais de vue que l'enseignement était le but de leur établissement à Montpellier. En s'installant à la rue Rondelet ils se rendirent acquéreurs de terrains sur lesquels ils comptaient élever le futur collège. Le moment ne leur paraissant pas venu encore, ils construisirent d'abord la résidence avec son église. ils en prirent possession en 1858; le Père Nampon en était alors Supérieur. L'année suivante, il était remplacé par le Père Pitron qui allait y passer dix ans. Avec son habitude des affaires, le nouveau Supérieur eut assurément mené à bien l'entreprise du collège; mais maintenant l'autorité épiscopale refusait son consentement ; en réalité l'opposition venait, comme nous l'avons vu, du Gouvernement impérial. A Montpellier, comme en tant d'autres endroits, on dut se résigner à attendre des temps meilleurs.
À Limoges, la Compagnie de Jésus était l'objet des mêmes instances. C'est encore le Père Maillard qui, quelques mois avant sa mort, écrivait au Père Général : « Voilà bien longtemps que Mgr de Limoges nous poursuit pour une résidence et un collège. Il fut un des premiers