CHAPITRE PREMIER
vous et les vôtres faites pour la société chrétienne ? Que nous sommes petits en comparaison, nous autres, hommes du monde, jurisconsultes, écrivains, publicistes, orateurs et autres qui n'avons pour mérite qu'un peu de réflexion et de travail pour communiquer nos pensées au public ! Je conclus de là, d'une part, que je n'ai d'autres titres à votre reconnaissance que ceux que je puis trouver dans votre bienveillance même, et, d'autre part, que j'ai un immense besoin des prières que le Père Roothaan a la bonté de m'olTrir. Je les demande donc à lui, à vous et à toute la Société... »
A la liste déjà longue des personnages de marque qui donnèrent des témoignages de dévouement à la Compagnie de Jésus pendant les mauvais jours que nous venons de raconter, nous devrions ajouter encore bien des noms plus ou moins caressés par la gloire, ceux entre autres de l'illustre mathématicien, Augustin Cauchy, du vicomte de Cormenin, le spirituel écrivain des pamphlets qui ont immortalisé le pseudonyme de Timon, de Charles Lenormant et du vicomte Franz de Champagny, qui ne craignaient pas de consacrer à la défense des Jésuites de très beaux articles du Correspondant, du duc de Valmy, député de Toulouse, auteur d'une excellente étude historique et critique de la mission Rossi, La liberté de V Eglise. Citons encore cette femme d'intelligence supérieure, Mme Swetchine qui, avec une vue si pénétrante et si exacte de la véritable situation, gourmandait l'apparente indifférence de Lacordaire : « Il ne faut pas se le dissimuler, lui écrivait-elle, dans les Jésuites ce ne sont pas seulement les Ordres religieux qu'on attaque, c'est la perfection chrétienne elle-même, c'est l'ardente piété. L'homme du précepte et l'homme du conseil ont été souvent séparés dans l'Eglise par l'incompréhension et même quelquefois par une aversion instinctive. Ce qu'on voit à présent est bien pis, car c'est un grand nombre de catholiques qui passent pour recommandables et qui ne prêchent plus qu'un christianisme de saveur insipide, de nature dégénérée,
de molle et nauséabonde impuissance... Nos moindres périls nous viennent de nos ennemis. » (10 Mars 1845.)
Montalembert offrait son manoir de Bourgogne aux Jésuites que le Gouvernement s'apprêtait à jeter à la rue ; des évêques, bravant le courroux du ministre des Cultes, voulaient les recevoir dans leurs palais, et des curés, dans leurs presbytères; bien d'autres demeures hospitalières furent mises à leur disposition avec le même empressement et la même générosité. Parfois l'invitation était faite en des termes que l'on aimerait à rappeler, si la discrétion ne s'y opposait; il en est une toutefois que l'Histoire de la Compagnie ne saurait passer sous silence. Peu après l'interpellation Thiers, le Père Renault, alors Supérieur de la résidence de Quimper reçut une lettre de Mlle de la Fruglaye, petite-fille et dernière héritière de La Chalotais. Elle sollicitait l'honneur de donner l'hospitalité aux enfants de saint Ignace dans le château de son aïeul, heureuse, disait-elle, si elle pouvaitainsi réparer en quelque manière le mal que leuravait fait le trop fameux procureur du Parlement de Bretagne. La résidence de Quimper ne fut point molestée. Mais les Jésuites trouvant asile sous le toit de l'auteur du Compte rendu! Quel retour des choses d'ici-bas, ou plutôt quelles représailles de la Providence !
Nous ne pouvons pousser à fond cet inventaire des dettes de reconnaissance contractées par la famille de saint Ignace. Mais, à côté de ceux qui lui prêtèrent leur appui avec l'autorité du talent ou d'un nom illustre, elle ne saurait oublier les petits et les humbles qui lui donnèrent une aide plus obscure, mais peut-être plus efficace encore, c'est-à-dire celle de la prière et du sacrifice. Les Annales domestiques ont pris soin d'enregistrer ces preuves de sympathie vraiment chrétienne que les Jésuites menacés reçurent partout des communautés, des confréries et des personnes pieuses. Ce sont des prières extraordinaires, des adorations nocturnes, des jeûnes, des pénitences, des neuvaines, tous les modes d'imploration à l'usage des âmes ferventes, qui montent vers le ciel pour