CHAPITRE PREMIER
nous ne pouvons admettre en aucune manière. J'avais cru !>rudent de diminuer le nombre des sujets dans quelques maisons et dans les noviciats nombreux, et on prétend que nous fermions toutes nos maisons et que tous nos noviciats soient dissous. Et que pourrait-il nous arriver de plus fâcheux, quand le Gouvernement voudrait agir de vive force ou même par des lois expressément faites contre nous? Et, ce qui pis est, tout ce que le Gouvernement prétend avoir obtenu, c'est au Saint-Pére qu'il l'attribue! Il n'y a donc rien à faire, absolument rien à faire de tout ce que j'avais suggéré, jusqu'à nouvel ordre ou jusqu'à nouvelle explication avec le Gouvernement. M. Guizot lui-même a dit que vous pouviez toujours vous servir de toutes les libertés pour défendre encore votre cause. Par conséquent, mon Révérend Père, tâchez d'être dans les termes stricts des lois, restez tranquilles, évitez soigneusement tout ce qui pourrait avoir l'air d'une provocation. Soyez calme et ayez confiance en Notre-Seigneur. »
Hâtons-nous de dire que le Général de la Compagnie ne tarda pas à désavouer ce que cette détermination avait de trop absolu.
« ... En y pensant et repensant, écrivait-il après deux fois vingt-quatre heures, je crains que si nous ne faisions rien de ce qui a été en quelque manière convenu ici, nous ne nous mettions dans notre tort et qu'on ne nous accuse de mauvaise foi...» — Au surplus, le Révérend Père se rend compte que les propos des hommes politiques, dans l'exercice de leurs fonctions, ont toujours besoin d'être interprétés, en faisant large part aux exigences des situations. Après tout, le chef du Gouvernement français voulait en finir avec les criailleries de la presse et couper court aux retours offensifs d'une opposition intraitable. Il lui fallait pour cela affirmer le plein succès de la négociation entreprise avec Rome; en faire connaître le véritable résultat, c'eût été avouer un échec, provoquer les railleries des adversaires du cabinet et peut-être même sa chute; en
tout cas le Gouvernement eût été mis en demeure de remplir l'engagement pris devant la Chambre des Députés, c'est-à-dire de faire exécuter par la force les prétendues lois du pays contre les Ordres religieux. Tout le plan savamment concerté par M. Guizot s'écroulait, et le problème restait plus ardu et plus irritant que jamais.
C'est ainsi que le cardinal Lambruschini expliquait au Père Roothaan les déclarations du ministre à la Chambre des Pairs l. Et comme le disait M. Rossi lui-même, elles ne devaient pas s'entendre « au pied de la lettre ». Aussi, tout bien examiné, on était d'avis à Rome que ni la Note du Moniteur, ni les commentaires dont M. Guizot l'avait accompagnée ne devaient modifier les résolutions précédemment arrêtées. « Je pense toujours, écrivait le Père Général, que les mesures indiquées, prises sans en hâter l'exécution, suffiront ; moins encore suffira peut-être. » (31 Juillet.)
Entre temps le Père Rubillon, de retour à Paris, informait ses confrères du résultat de son voyage. La circulaire est du 28 juillet :
« Au milieu des versions si discordantes des journaux et des bruits si contradictoires qui circulent dans le public sur ce qui s'est fait ou se doit faire par rapport à la Compagnie en France, il vous tarde de savoir à quoi vous en tenir et d'avoir une réponse à donner aux amis dévoués qui viennent vous demander la vérité.
« Arrivé de Rome hier matin, je suis en mesure de la faire connaître, cette vérité, et j'ai la confiance qu'elle calmera vos alarmes.
« Par modération religieuse, pour le bien de la paix, pour éviter à la Compagnie des malheurs plus graves et
i. « Le cardinal vint me trouver et m'assurer de nouveau : i° que Rossi niait d'avoir écrit quenos maisons seraient fermées... Le ministre a donné lecture des dépèches de Rossi, mais il ne les a pas montrées... A la Chambre Guizot ne pouvait pas annoncer ce résultat (de la mission Rossi) sans s'exposer à de violentes attaques. » (Lettre du P. Roothaan aux Provinciaux de France, 3i juillet 1 845.)