‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 4)Chapitre 68 sur 324 · Cf. Favre d'Envieu, op. cit · texte numérisé non relu

Cf. Favre d'Envieu, op. cit

4. De Trinitate, Lib. XIV, cap. XV. Après avoir cité ce texte, Malebranche poursuit : a II y a dans saint Augustin une infinité de passages semblables à celui-ci, par lequel il prouve que nous voyons Dieu dès cette vie, par la connaissance que nous avons des vérités éternelles. La vérité est incréée, immuable, immense, éternelle, au-dessus de toutes choses. Elle est vraie par elle-même. Elle ne tient sa perfection d'aucune chose... Il n'y a rien qui puisse avoir toutes ces perfections que Dieu : donc la vérité est Dieu. Nous voyons de ces vérités immuables et éternelles: donc nous voyons Dieu. Ce sont là les raisons de saint Augustin; les nôtres en sont un peu différentes... » Et au chapitre suivant: « Il n'y a que Dieu que l'on connaisse par lui-même; car... il n'y a que lui seul qui puisse agir dans l'esprit et se découvrir à lui. Il n'y a que Dieu que nous voyions d'une manière immédiate et directe... » {De la Recherche de la vérité. Livre III, chap. vi et vu. Méditations chrétiennes, Passim. Entretiens sur la Métaphysique, Passim).

Ce ne furent pas là sans doute les moindres raisons de la faveur que rencontra l'ontologisme dans l'enseignement ecclésiastique, jusqu'au jour où une sentence du Saint- OUice en découvrit le venin.

Quoi qu'il en soit, nous voyons la théorie ontologiste se glisser de bonne heure dans la discipline philosophique et tbéologique des Jésuites françaisau dix-neuvième siècle. L'auteur responsable de cette innovation fut le Père Jean- Pierre Martin. Né en 1792, entré au noviciat avant la fin de 1814, il comptait parmi les recrues de la première heure, celles dont la formation intellectuelle fut fatalement sacrifiée. Il débuta comme professeur de Philosophie, au Grand Séminaire de Soissons, à l'âge de vingt-deux ans, et jusqu'en 1821 il remplit la même fonction dans différents collèges. Ordonné prêtre à cette date, il devient professeur de Théologie pour ses jeunes collègues à Saint- Acheul. Dès lors, sauf pendant son Troisième An, il ne quitte plus sa chaire, tour à tour transplantée à Yitry, à Dôle, à Fribourg, à Brigue et enfin à Vais. Déchargé du professorat en 1837 pour s'appliquer à la composition, il continua à surveiller et à inspirer l'enseignement, avec le titre de préfet des études. Esprit pénétrant et travailleur acharné, le Père Martin fut autodidacte ; à aucun moment de sa vie religieuse on ne le voit suivre un cours de Théologie. Il apprit en enseignant; il n'y a donc pas lieu de s'étonner qu'il se soit laissé surprendre par des théories spécieuses et appuyées de noms retentissants. Toujours est-il qu'il exerça sur tous ceux qui furent ses disciples une sorte de fascination. Pendant vingt ans et plus, il fut tenu pour un oracle : Magister dixit. « Il serait fâcheux, écrivait le Père Valantin, Recteur de Vais, que ce Père ne finît pas un ouvrage (sa Philosophie), qui sera comme un arsenal contre les mauvaises doctrines, anciennes et modernes, et qui, si je ne me trompe, apparaîtra comme un phénomène de raison et de vérité. » (8 Août 1837.) Et quelques mois après, annonçant que le Père Martin, libre de tout autre souci, allait enfin s'adonner tout entier

Page 1