‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 4)Chapitre 72 sur 324 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Roothaan : « Je n'ai pas besoin de vous dire l'émotion produite par votre lettre du 27 janvier... Mais laissez-moi me mettre à mon aise et vous parler à cœur ouvert. Savezvous bien que la position devient, par le fait môme de cette lettre, extraordinairement diflicile et peutenable ?... Il se fait ici un travail à l'encontre des opinions enseignées par les professeurs, opinions qu'on représente comme désapprouvées par les Supérieurs majeurs... C'est tout l'enseignement de Vais que l'on attaque, que l'on poursuit... Je souffre, mon Révérend Père, et cruellement ; tous nos professeurs sont dans le même cas ; tous nos Français de même... Les contiendrai-je toujours ? Oui, espérons-lede la grâce, car les efforts humains y sont totalement impuissants. Mais si la patience venait à leur échapper!... » (1er février 1849.)

Les professeurs inculpés, les PP. Amable du Bourg et Auguste Payan surtout, envoyaient à la même date des lettres de justification très respectueuses mais très fortes. Les soupçons contre l'orthodoxie de leur doctrine leur étaient insupportables, et c'est pourquoi ils réclamaient un examen sérieux des cahiers autographiés où ils l'avaient exposée. Le Père Jordan insistait dans le même sens : «Je pense, écrivait-il, vu l'état des esprits, qu'une décision prompte est nécessaire et je puis vous assurer qu'elle sera reçue religieusement de tous... Nous ne pouvons terminer la guerre que par une décision formelle qui défende d'enseigner, ou qui permette, après examen. » (3 Février 1849.) A toutes ces adjurations se joignaient celles du Père Gautrelet ; l'homme de Dieu, à qui, pour une grande part, était dû l'excellent esprit de la maison, ne craignait pas de représenter au premier Supérieur de la Compagnie les inconvénients qui allaient résulter d'une modification du programme d'enseignement au cours d'une année scolaire ; et lui aussi il demandait qu'on procédât « à un examen approfondi, après lequel on sache à quoi s'en tenir, et qui délivre Supérieurs, professeurs et élèves d'une foule d'inquiétudes et de misères... » (2 Février 1849.)

Le Père Roothaan avait beaucoup à faire pour calmer ces impatiences; du fond de sa retraite de Marseille, il répondait, la plupart du temps de sa propre main, aux uns et aux autres, recommandant par-dessus tout la charité et la paix : « Soyez du reste assuré, écrivait-il au Père Payan, et assurez aussi le Père du Bourg et les autres qui y sont intéressés, que cet examen ne se fera pas dans un esprit hostile, et moins encore que jamais de notre part une décision ne sera prise sans attendre vos explications et votre défense... » (9 Février.) Sans dissimuler ses inquiétudes au sujet des doctrines théologiques ou philosophiques, il se bornait d'ailleurs à blâmer les exagérations et plus encore les violences de langage. « Vos lettres, disait le Père Bon, sont consolantes, encourageantes, bien propres à nous aider à remplir la tâche pénible qui nous est imposée.» A supposer même qu'une rétractation fût jugée nécessaire, la décision du Père Général était « que tout se fit sans éclat, sans compromettre la réputation de personne. »

Mais à ce moment un incident survint qui n'était pas de nature à pacifier les esprits, quelles que fussent les intentions de celui qui en était l'auteur. Le Père Jordan, se trouvant alors à Vais, proposa d'abord dans un Conseil de professeurs d'écarter de leur enseignement certaines thèses qui donnaient prise aux récriminations. Les professeurs ne crurent pas devoir renoncer à la liberté qu'ils tenaient de leur fonction et de l'Institut lui-même. Le Provincial n'insista pas, mais dans une réunion de tous les étudiants théologiens qui eut lieu avant son départ, il leur rappela que, conformément aux règles de la Compagnie, ils n'étaient point obligés, dans les questions libres, de se ranger à l'avis de leurs professeurs. Ces paroles tiraientdes circonstances un sens très clair; c'était un blâme formel pour le « système de Vais ». Ainsi furentelles entendues par les écoutants, maîtres et disciples. L'émotion fut ce qu'elle devait être; elle se trahit dans les comptes rendus du « coup d'État ». Le Père Jordan

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