CHAPITRE PHEM1ER
le Père Rubillon, est content de ce que nous avons l'ait à Paris, puisqu'il propose ce modèle aux autres maisons qu'il désire voir dissoutes. » (31 Août.) • Ces autres maisons, on le savait maintenant, c'étaient toutes celles que les Jésuites possédaient en France, sans exception aucune. Que faire, et où s'arrêter devant les exigences du Pouvoir qui prétendait agir d'accord avec le Saint-Siège? M. Rossi était toujours à Rome et on avait toujours à redouter de nouveaux succès de sa diplomatie. C'est devant cette perspective angoissante que le Provincial de Lyon écrivait au Général : « Si Rome cède, nous serons décimés, immolés impitoyablement... Par Rome j'entends le Saint-Père dont on veut absolument forcer la main, — j'entends le cardinal Lambruschini sur lequel compte et s'appuie bon gré mal gré notre Gouvernement. De vous, heureusement, ils savent qu'il n'y a rien à attendre. Vous nous l'avez écrit; nous le retenons précieusement : Mieux vaut, mille ibis le martyre que le suicide. Vous nous soutiendrez dans notre légitime résistance. » (17 Août.)
Depuis que M. Guizot avait fait connaître comment il entendait les concessions, le Père Roothaan avait en effet coutume de dire : « Si Ton veut nous tuer, qu'on nous tue, mais qu'on ne nous demande pas de nous suicider. » Les adjurations qui lui parvenaient de différents côtés étaient d'ailleurs bien superflues, car sa résolution était prise de s'en tenir à ce qu'il avait consenti tout d'abord. Il en donne l'assurance réitérée au Père Maillard: «Je vous répète ce que je vous ai dit précédemment : Vais, le Troisième An et la plupart des résidences n'ont rien à modifier à leur statu quo. Il suffit de faire subir quelque diminution à la maison de la rue Sala à Lyon, au noviciat d'Avignon et probablement aussi à celui de Toulouse. Celui de Dôle n'a rien à craindre. Il faut laisser les journaux du Gouvernement débiter leurs mensonges ofïiciels sans chercher à les contredire, et continuer à travailler avec zèle et confiance à la gloire de Dieu et au
salut des âmes. Les bons sujets qui se présenteront pour la Compagnie devront être reçus comme par le passé... » - Août.) « Si cette diminution ou division opérée, le Pouvoir veut que les autres évacuent, il faudra alors faire valoir nos droits constitutionnels. » (Il Août.) Enfin le 18 août, le Révérend Père fait une déclaration qui devait couper court à bien des inquiétudes et affermir bien des courages : « Le nec plus ultra des concessions est renfermé dans les lettres du 14 et du 21 juin; je n'en ferai aucune autre sans un ordre exprès, et notifié par écrit, du Saint-Père. »
Cette assurance, confirmée par une communication expresse du cardinal Lambruschini1, fixait définitivement aux Provinciaux de France la mesure des sacrifices à accomplir. Le 1er septembre le Père Maillard répondait :
« Voici, mon Révérend Père, les dispositions que j'ai prises en conformité de vos lettres du 14 et du 21 juin. A Lyon, j'ai diminué d'un tiers les operarii de la résidence ; nous n'y habitons plus que huit. A Toulouse, le noviciat va être diminué, et de plus, il sera transporté hors les murs, à la maison de campagne, où il est isolé et ne fait nulle sensation. Avignon : j'ai écrit au Père de Jocas de transporter son noviciat près de Nice, dans une partie des bâtiments du petit collège de San-Remo. L'excellent Père Bresciani nous en laisse la disposition2. »
De son côté le Père Rubillon, dans une lettre du 4 octobre, fait connaître ce qui vient de s'exécuter dans la Province dont il a la charge. Outre la dispersion de Paris, il y a eu trente départs à Saint- Acheul ; à Laval tous les novices, plusieurs Pères et quelques scolastiques théologiens, en tout quarante personnes ont été envoyées dans
i. g Le c dinal Lambruschini nous a fait dire par Mgr le nonce... qu'il suffisait d'accomplir ios prescriptions de notre R. P. Général. En passant, j'ai la certitude que celte dépêche a élé vingt-quatre heures entre les mains du Gouvernement... Je pourrais nommer quelqu'un qui l'a lue; puis elle a élé remise à la Nonciature. » (Lettre du P. Rubillon au R. P. Roothaan, ai Août.)
2. Le noviciat d'Avignon fut transféré, non pas au collège de San- Renio, mais à Gênes, au CarignanOè