‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 4)Chapitre 98 sur 324 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

personne qui s'est enfermée pour vaquer au soin de son âme; c'est, si l'on peut dire, le mode idéal, celui que vise saint Ignace, auquel par conséquent se rapporte exactement tout ce qu'il a consigné dans son petit livre. A la suite du saint fondateur la Compagnie de Jésus l'a constamment pratiqué et recommandé; à ses yeux c'est seulement dans ces conditions que les Exercices ont toute leur vertu et toute leur efficacité. Les Jésuites français du xixa siècle ont suivi sur ce point la tradition de leurs devanciers; ils ont toujours convié à la retraite solitaire ceux et celles qu'ils estimaient capables d'en porter la charge et d'en recueillir les fruits. Dans toutes leurs résidences ils ont ménagé un local où clercs et laïques pouvaient être reçus, soit par petits groupes, soit même individuellement. Çà et là, comme on l'a vu au cours de cette Histoire, des maisons ont été ouvertes avec cette affectation spéciale et même avec l'étiquette de maisons des Exercices, Domus exercitiorum.

Assurément, jusqu'en 1850, les hommes du monde qui répondirent à l'appel de la solitude furent en petit nombre ; les ecclésiastiques montrèrent plus d'empressement. A Lyon, à partir de 1836, il y a pour eux une retraite tous les mois, du premier mercredi au jeudi suivant et une tous les quinze jours, de juillet à octobre. De même à Toulouse, d'où le Père Maillard écrit le 30 septembre 1838 : « Les retraites que nous donnons deux fois par mois aux ecclésiastiques qui viennent s'enfermer huit jours dans notre maison font un bien inappréciable. » Deux ans après le Père Druilhet écrit à son tour : « Voilà les retraites ecclésiastiques qui vont s'ouvrir dans notre maison. Pour la première il y a déjà seize prêtres inscrits. On estime que pendant les trois mois qu'elles durent, plus de trois cents prêtres y prennent part. » (29 Juillet 1840.) De Castres, dès le début de la résidence, le Supérieur écrit : « Durant tout le mois d'octobre nous avons donné chez nous des retraites aux prêtres. C'était un essai; il a parfaitement réussi. Nous suivons

les Exercices ; nous donnons quatre instructions par jour et nous demandons le silence pendant toute la retraite. Mgr l'archevêque (d'Albi) est enchanté de cette œuvre, et dans ses mandements il la recommande à ses prêtres. » (25 Novembre 1843.) Même note à Dôle : « Les retraites que nous donnons chez nous ont pris faveur et accroissement. Depuis Pâques jusqu'à la Toussaint les Exercices s'ouvraient régulièrement deux fois par mois et assez souvent dix à douze prêtres y assistaient... » (13 Novembre 1838.) Mieux encore l'année suivante : « Une des œuvres auxquelles je me livre maintenant avec le plus d'ardeur, écrit le Père Delfour, ce sont les retraites ecclésiastiques dans notre maison. J'ai donné dernièrement la retraite à vingt-quatre prêtres réunis... Il y a trois méditations par jour et une conférence. Mettant de coté tout ce qui sentirait le discours ou même l'instruction, je leur donne les points avec simplicité et d'un ton familier. La conférence roule tout entière sur les règles de saint Ignace du livre des Exercices... Je ne saurais dire combien cette explication si simple fait généralement de fortes impressions sur ces ecclésiastiques et leur ouvre comme un monde nouveau. » (1er Septembre 1839.) On pourrait recueillir pareil témoignage à Aix, à Saint-Acheul, à Metz, à Laval, à Liesse, à Lalouvesc. Dès avant 1830 les Mémoires du Père Gury nous montrent les retraitants affluant à Montrouge de tous les points de la France; avec une candeur émue l'annaliste rapporte les fruits de grâce qu'ils y recueillent1 .

Dans bien des diocèses la retraite pastorale ne rassemblait encore qu'une fraction du clergé; d'ailleurs il y a dans ces réunions trop nombreuses trop de bruit et trop de causes de dissipation ; la retraite dans le silence et la paix d'une maison religieuse, avec le travail de la méditation personnelle, aura nécessairement une tout

i. Voir Tome I, p. 4/4-

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