‹ La Compagnie de Jésus en FranceChapitre 155 sur 382 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Le Père Maillard ne passa pas l'année entière à Toulouse. Au mois d'août il était nommé Provincial. Il fut remplacé par le Père Druilhet qui lui-même eut pour successeur à Lyon son ancien compagnon de Prague, le Père Etienne Déplace ^ Le Père Druilhet était alors dans sa soixante-douzième année. Il allait porter pendant six ans le fardeau d'une lourde supériorité, pour n'en être déchargé qu'à la veille de sa mort. Ce n'en fut pas moins pour la maison de Toulouse une période de progrès et de prospérité. Le Père Maillard écrivait après une de ses visites : « Le digne Père Druilhet est aussi actif qu'à cinquante ans; il ne paraît pas vieillir; même fermeté de tète et de main, même générosité de cœur. Après Dieu, c'est bien à cet excellent Père que la maison de Toulouse sera redevable de ses agrandissements et embellissements... Impossible d'avoir plus de zèle et de succès. » (24 Juillet 1843.)

Entré en fonctions le 10 Octobre 1839, le nouveau Supérieur faisait part, quelques semaines après, au Père Général de ses premières impressions : «Vous dire qu'en partant de Lyon je n'avais pas le cœur un peu gros de quitter un pays où depuis neuf ans s'étaient concentrées toutes mes affections, je ne puis le faire... J'ai trouvé la maison de Toulouse telle à peu près que je me la figurais,, maison paisible, petite, avec une chapelle publique où sept ou huit ouvriers laborieux s'emploient de tout leur cœur aux travaux du saintministère... NosPèresjouissent de l'estime et de la considération publique. Mgr l'archevêque nous aime ; les autorités civiles ne nous connaissent pas ou font semblant de ne pas nous connaître; mais l'important est que les fidèles nous connaissent bien et qu'ils assiègent nos confessionnaux. » (4 Novembre 1839.)

Les lettres suivantes de cette première année fournissent quelques précisions. Dieu bénit l'activité de ses

I. Il n'y avait entre les PP. Etienne et Cliarles Déplace aucun lien de parenté.

serviteurs au point qu'ils ne suffisent plus à la tâche : « Le nombre des ouvriers n'est pas en proportion avec le travail qui s'accroît tous les jours,.. J'ai cru d'abord, en quittant Lyon pour Toulouse, que le travail ici serait moindre. Je me suis trompé. » (9 Décembre 1839.) « Nous sommes neuf prêtres ; c'est peu, trop peu. Un seul a des talents remarquables pour la chaire ; deux autres font passablement les Missions... Notre personnel n'est pas brillant et cependant il est très vrai de dire qu'il se fait ici beaucoup de bien; la confiance se porte vers nous. » (10 Janvier 1840.) « Par une bénédiction particulière de la Providence, tant de vieux et enracinés pécheurs sont venus à la fin du carême se jeter entre nos bras qu'il nous fallait passer les journées entières à les entendre. » (17 Mai 1840.) « Le Père de Ravignan vient de donner la retraite aux Dames de la ville dans la chapelle du Refuge; il l'a fait avec grand succès. Un des Nôtres la donnait en même temps aux pauvres filles repenties, avec moins d'éclat, mais peut-être avec des fruits plus solides. Voilà les retraites ecclésiastiques qui vont s'ouvrir dans cette maison. Pour la première il y a déjà seize prêtres inscrits. On estime que pendant les trois mois qu'elles durent, plus de cent prêtres y prennent part. C'est une des meilleures œuvres de la résidence de Toulouse. (29 Juillet 1840.)

Cependant on était bien à l'étroit dans le vieux couvent; les prêtres retraitants y étaient installés à peu près comme des soldats au campement. D'autre part les vocations devenaient plus nombreuses ; Avignon était bien loin, et là aussi on manquait d'espace. Toulouse paraissait tout indiqué pour un second noviciat. Sur ces entrefaites, trois immeubles contigus à la résidence furent mis en vente, ou plutôt offerts' à la communauté à des conditions très avantageuses. L'un d'eux avait une certaine importance. L'occasion parut providentielle. Le Père Druilhet pensa que la charité des fidèles ne lui serait pas moins secourable à Toulouse qu'à Lyon; l'expérience prouva en effet que son espoir n'avait pas été téméraire.

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