‹ La Compagnie de Jésus en FranceChapitre 181 sur 382 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

de services à Bordeaux en y demeurant davantage. Quoi qu'il en soit et malgré ses fréquentes absences, la Compagnie de Jésus lui est redevable plus qu'à personne « de l'estime et de la vénération », ce sont les termes du Père Maillard, dont elle jouissait alors dans cette ville. « Le Père de Ravignan, écrivait-il, est à Bordeaux une puissance ; par ses talents et son caractère il exerce un véritable ascendant sur les autorités civiles aussi bien que parmi le clergé. Il ne pourrait guère quitter le poste sans un dommage réel pour une maison qui a encore besoin de lui. » (Juin 1840.)

Cependant le moment vint où le conférencier de Notre- Dame dut être définitivement fixé à Paris. On lui donna pour successeur le Père Jean Portai. (15 Août 1842.) La résidence avait grandi; elle ne comptait pas moins de dix-huit religieux, dont onze prêtres. Aux œuvres déjà existantes, nous voyons s'ajouter une congrégation d'Enfants de Marie recrutée dans les rangs de la société bordelaise; mais en même temps une autre^ bien plus nombreuse, réunit les servantes. Le nouveau Supérieur croit devoir faire une tentative pour enrôler les hommes dans une association pieuse, mais sans grande espérance et aussi sans succès; décidément Bordeaux est réfractaire. L'administration du Père Portai ne fut d'ailleurs pas très heureuse ; certains défauts de caractère s'alliaient fâcheusement chez lui à des qualités sérieuses et même brillantes. Envoyé à Toulouse en 1845, il demanda, l'année suivante, en compagnie du Père Charles Déplace, à être relevé de ses vœux. Il fut remplacé à Bordeaux par le Père Eugène Peyrard. Les maisons de la Compagnie étaient à ce moment menacées de dissolution. Les Jésuites de Bordeaux faisaient assez peu de bruit pour pouvoir espérer qu'on les oublierait. « Notre résidence, écrivait le Supérieur, profite de son obscurité pour, vivre; seuls les amis s'occupent d'elle... L'archevêque surtout continue à nous couvrir de sa sincère affection. » (7 Octobre 1845.)

Le 29 avril 1840 le Père Maillard écrivait au Père Général : « J'ai fait une petite excursion à Grenoble le lendemain de Pâques. J'y ai vu Mgr l'évéque, MM. les grands vicaires, le digne curé de la cathédrale et plusieurs personnes des plus notables de la ville. Partout l'accueil a été le même, plein de bonté, de confiance et d'affection sincère pour la Compagnie. Une maison a été achetée pour nous et nous est donnée en toute propriété, sans aucune condition. Elle sera meublée et disposée pour nous et nos usages aux frais de nos amis et bienfaiteurs. 11 y a un jardin, assez peu spacieux, il est vrai, mais de plus, et surtout, une chapelle publique où nous pourrons librement et sans difficulté exercer le saint ministère. »

L'initiative de l'établissement de la Compagnie de Jésus à Grenoble appartient à M. l'abbé Gérin, curé de la cathédrale pendant vingt-six ans, de 1835 à 1862. C'était un prêtre de l'école du Curé d'Ars, lequel d'ailleurs le tenait en singulière estime et l'appelait son cousin. « Que venez-vous chercher ici, disait-il aux pèlerins qui lui arrivaient de Grenoble, quand vous avez chez vous le curé de Notre-Dame ? » Accablé par l'administration d'une grande paroisse, ce saint prêtre avait de bonne heure songé à se procurer des auxiliaires pour le ministère de la confession et de la prédication. Quand on sut qu'il voulait faire appel aux Jésuites, l'émoi fut grand, aussi bien dans le clergé que parmi les laïques. On ne se fît pas faute de représenter au curé de Notre-Dame qu'il allait se donner des concurrents redoutables, que les religieux en général, et les Jésuites en particulier, ont l'humeur envahissante, qu'ils attireraient tout à eux, que finalement sa paroisse aurait à souffrir du voisinage. L'abbé Gérin voyait les choses de trop haut pour se laisser toucher par des considérations de mesquine rivalité. Il alla de l'avant, obtint l'agrément du pieux évêque de Grenoble,

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