CHAPITRE IX
«vêques de France crurent qu'ils pouvaient, sans attenter à la prérogative royale ni se diminuer eux-mêmes, user xlu droit commun. Le Gouvernement fit son possible pour .arrêter des publications qui le contrariaient fort, jusqu'à les « réprouver » à la tribune des Chambres et à presser ;sur le Saint-Siège pour qu'il les désavouât. Les évoques ne se laissèrent ni persuader ni intimider. Tous, à très peu d'exceptions près, par Lettres pastorales, privées ou collectives, réclamèrent non plus seulement un régime de faveur pour leurs petits séminaires, mais la liberté promise par la Charte. Le Comité pour la Défense religieuse publia en 1845 un recueil d'extraits et d'analyses de ces documents; il ne remplit pas moins de trois volumes'.
A la suite de l'épiscopat, le clergé paroissial et les ■catholiques de tout rang entraient en campagne : pétitions, brochures, articles de journaux attestaient leur activité ; selon l'expression d'un historien autorisé, « l'armée réunie et mise en mouvement par M. de Montalembert faisait vraiment bonne figure ». On ne pouvait plus la traiter de quantité négligeable ni opposer à ses justes revendications le silence du dédain.
Le Gouvernement de Juillet ne voulait pas abandonner le monopole, danslequel, àplus juste titre assurémentque la Restauration, il voyait un instrument de règne. L'Université se fiit honorée en prenant l'initiative du renoncement, comme la noblesse française avait sacrifié ses privilèges dans la nuit du 4 août. L'Université, moins généreuse, se cramponna au sien avec une énergie digne d'une meilleure cause. Sainte-Beuve lui-même se montrait choqué de ce qu'il appelait « des anxiétés de pot-au-feu ». Quant aux libéraux voltairiens qui avaient jadis combattu pour la liberté d'enseignement, ils allaient maintenant défendre le monopole comme l'arche sainte. Aux catholiques qui invoquent la Charte, le Journal des Débats osera répondre
I. Recueil des Actes épiscopaux relatifs au projet de loi sur Vinstruc- ■iion secondaire. Publié par le « Comité pour la défense de la liberté religieuse ». 3 vol. in-i8. Paris. A. Girou, i84'»-
qu'elle n'a été faite « ni par eux, ni pour eux, mais contre eux » *.
Cependant on ne pouvait s'en tenir à cette fin de nonrecevoir par trop cynique. D'autre part le monopole était en soi mal défendable ; il apparaissait positivement odieux, d'autant que ses adversaires laissaient à l'Université tous ses avantages, toutes ses prérogatives ; ils réclamaient seulement, en face d'elle, une place au soleil pour la liberté. On comprit bien vite dans le camp universitaire la nécessité de porter la défense sur un autre terrain, où l'on pourrait prendre l'offensive. C'est ainsi que, pour arrêter l'assaut contre le Monopole, on ne trouva rien de mieux qu'une violente attaque, en apparence contre les Jésuites, en réalité contre l'Église. Car, il faut bien le dire tout d'abord, cette fois comme au temps de Montrouge, c'est elle, c'est le catholicisme lui-même que l'on vise en ayant l'air de tirer sur les Jésuites. Un organe du parti, plus loyal que ses confrères, le Globe, leur adressait cette semonce ; « Soyez donc plus fermes et plus hardis; ne lancez plus vos traits obliquement; laissez là les épithètes de Jésuite et de casuiste. Allez droit au but. Osez dire aux évéques de France : Nos injures sont pour vous. » Et la Revue indépendante, par fidélité sans doute au titre qu'elle se donnait, n'hésitait pas à faire cet aveu: « Le Jésuitisme n'est ici qu'une formule qui a le mérite de résumer toutes les haines populaires contre ce qu'il y a de rétrograde et d'odieux dans les tendances d'une religion dégénérée... Tout le monde voit bien ce qui est au fond de cette querelle : il s'agit en réalité de savoir qui l'emportera du catholicisme exclusif ou de la liberté. » (2.5 Mai 184.3.)
Voilà de quoi expliquer cette sorte de mobilisation générale contre une Congrégation religieuse qui, à elle seule, ne méritait ni tant d'honneur ni tant de coups. Depuis le jour où les valets jetèrent un voile sur la face
I. Thiireau-Dangin, Histoire de la Monarchie de Juillet. Tome V p. /5y8.