Cahiers de Sainte-Berne, \}. 3o
cesse autour de lui des Jésuites le guettant et le menaçant. Un jour, il sortait du Luxembourg où il avait parlé avec son aisance ordinaire; il causait très librement avec un de ses amis, médecin distingué, quand, arrivé sur la place de la Concorde, il s'arrête, effrayé. — Qu'avez-vous, lui demande son compagnon? — Comment! Vous ne voyez pas ! — Non. — Montrant alors un tas de pavés : 11 y a là des Jésuites; allons-nous en'. »
Dans les derniers jours de décembre le trouble des idées arriva à son paroxysme; cette belle intelligence sombra complètement. Pour échapper à la poursuite de l'homme noir, le malheureux s'enfuit par la fenêtre dans le jardin du ministère. On dut l'enfermer. Le Constitutionnel ne manqua pas de découvrir dans cette disgrâce une trame des Jésuites. C'étaient eux encore qui, par des manœuvres ténébreuses, des lettres anonymes, des menaces, peut-être bien aussi quelques maléfices, avaient fini par égarer l'esprit de leur adversaire. La crise ne dura d'ailleurs que quelques semaines, et elle ne fut pas sans effets salutaires. Le premier usage que M. Villemain fit de sa raison recouvrée fut de demander humblement les secours de la religion -. Il s'honora ensuite en refusant une pension de 15.000 francs que le Gouvernement avait demandée pour lui et pour ses enfants. Mais sa carrière ministérielle était terminée. Dès le 30 décembre M. Guizot s'était empressé de faire publier au Moniteur la démission de AL Villemain et peu après il lui donnait pour successeur M. de Salvandy.
Le nouveau ministre n'avait pas la même passion pour la gloire de l'Université ; il laissa dormir le projet de loi sur l'enseignement secondaire, et comme ce projet était d'initiative gouvernementale, le sommeil fut définitif. Ne voulant pas s'aliéner le clergé pour plaire aux libéraux, ni