‹ La Compagnie de Jésus en FranceChapitre 71 sur 382 · CHAPITRE JI · texte numérisé non relu

CHAPITRE JI

aussi impopulaires, le gouverneur du duc de Bordeaux avait obéi à une inspiration plutôt malheureuse. Sans doute trouvait-il quelque plaisir à braver un préjugé sot et injuste. C'est une tentation assez ordinaire pour les âmes fières et indépendantes d'aller droit à l'encontre de l'opinion publique, quand elle leur semble déraisonnable. L'âme du baron de Damas était de cette trempe. Il avait connu les Jésuites à Saint-Pétersbourg, où il servait dans la Garde impériale ; il avait été ramené par eux à la pratique religieuse, et sous leur direction il avait contracté des habitudes de vie chrétienne dont il ne se départit jamais. N'ayant pu assurera l'héritier du trône cette éducation des Jésuites qu'il estimait à si haut prix, il voulut du moins la procurer à ses propres enfants. Il avait six fils dont l'aîné était alors âgé de 15 ans. En quittant Prague, il se rendit à Rome et exposa son plan au Père Général. Qu'on voulût bien lui donner un ou plutôt deux Jésuites. Il promettait d'aménager dans son vaste château d'Hautefort un appartement réservé pour les maîtres et leurs élèves, un petit quartier latin où la vie serait réglée comme au collège. De cette façon, tout en restant sous le toit paternel, les enfants ne seraient point dérangés dans leurs études ni exposés à s'amollir dans la douce chaleur du foyer familial ; c'était là ce que le baron de Damas redoutait par-dessus tout. Si l'on en croit les souvenirs de l'un des intéressés, le Père Roothaan aurait acquiescé en principe, mais le Provincial de France, de qui dépendait l'exécution, n'aurait pas cru devoir accorder. Les six fils du baron de Damas furent donc élevés successivement à Fribourg ; le plus jeune y mourut, deux autres, vVmédée et Charles entrèrent dans la Compagnie*.

I. Cf. Un Jésuite, Amédée de Damas, par J. Burnichon, 8"^, Poussielgue, Paris, 1908.

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