‹ La comtesse d'altenberg: drame en cinq actes et en proseChapitre 39 sur 48 · ACTE lY, SCENE VUI · texte numérisé non relu

ACTE lY, SCENE VUI

LE COMTE

Ainsi, vous ne trouvez pas même un mensonge pour voiler voire honte ?

ÎK COMXrSSE.

Ma fille! ma fille!

LE COMTE

Mais vous avez raison, ne clierciiez pas d'excuse, car la preuve, la preuve irrécusable, c'est ce billet plein d'amour. (La comtesse, par un mouvement involontaire, porte les mains sur le billet qu'elle a mis dans son sein.) Oh! ne le cachez pas, je l'ai lu avant vous, c'est moi qui vous l'ai fait parvenir.

Mon Dieu ! mon Dieu !

LE COMTE

Maintenant, ai-je été plus circonspect que mon pèrei'.ai-je bien tout pesé, et puis-je punir votre crime sans que ma conscience, ou la vôtre, ait rien à me reprocher? (Appelant.) Johann! LA COMTESSE, se traînant après lui.

Monsieur, écoutez-moi, je ne puis me justifier en ce moment... tout semble m'accabler en effet ; mais croyez-le, je suis toujours la même... Si vous voulez un serment...

Un serment.. .(Il la repousse et appelle.) Johann!...

LA COMTESSE, à genoux.

Non, non, ne le tuez pas!

LE COMTE

Ah ! il vous est donc bien cher?...

SllENE VIII.

Les Mêmes, JOHANN, le DUC, entouré par les gardes qui l'ont emmené. Par la porie du fond entrent au même instant des valets avec des torches.

LE COMTE , avec énergie.

A moil vous tous... Approchez, on peutm'entendre; ce n'est pas un homme outragé qui se venge dans l'ombre, c'est un justicier qui prononce une sentence.

(Il se dirige vers l'estrade pour y monter.) LE DUC , s'élançant au pied de l'estrade, en face du comte.

Arrêtez! comte d'Altenberg...Moi aussi, j'ai mon

droit de justice, il est au dessus du vôtre; c'est à moi de m'asseoir sur ce tribunal, à moi de vous juger. Je suis le duc Frédéric-Augusie de Saxe. LE COMTE , reculant.

Vous !

LE DUC , gravissant les marches.

Votre légitime souverain.

(Il ouvre son uniforme et montre sur sa poitrine le grand-cordon de son ordre. Les gardes du comte mettent chapeau nas.)

Ah ! prince! vous vous êtes livré !

A la foi d'un gentilhomme, et du haut de ce tribunal, je lui dis : Comte d'Altej;berg , moi, l'électeur de Saxe , je casse l'arrêt que tu viens de prononcer. Plus lard tu connaîtras le mystère de cette entrevue; je le jure que la comtesse ta femme est innocente , je le le jure par la mémoire de mon père, qui fut ton bienfaiteur, et qui emporta dans la tombe ton serment de fidélité. LA COMTESSE , à part.

Que va-t-il résoudre?

LE DUC

Dans trois jours, comte, je le donne rendez-vous ou chez moi dans le palais électoral, ou chez toi... Et maintenant, fais ouvrir les portes de ce pavillon, car je vais conquérir mon trône dans les plaines de Dresde.

(Il descend auprès du comte.) LE COMTE , avec énergie.

Duc, je suis le maître ici, et, après Dieu, l'empereur d'Allemagne a seul le droit de casser mes jugemens. Tels sont nos privilèges, que je maintiendrai contre tous. (Avec calme.) Mais je ne porterai pas une main sacrilège sur le fils de Christian VII. Souffrez, Altesse, que je guide moi-même votre fuite.

LE DUC

Venez donc ; mais je ne vous quitterai pas que vous ne m'ayez juré de respecter les jours de la comtesse.

LE COMTE , sans lui répondre, à ses valets. Allons, des flambeaux !... Faites cortège autour du prince Frédéric-Auguste 1 (Il reprend des mains de Johann et rend au duc sou épée.) LA COMTESSE, à part. Merci, mon Dieu ! la vie de ma fille est sauvée l

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