OTTO . LE COMTE
LE COMTE
Ah! c'est vous, chevalier !.. Comme mon hôte, comme mon ami , vous venez sans doute vous informer...
OTTO
Je sais tout, monsieur.
LE COMTE
C'est juste ; un événement heureux , on a le plaisir de l'apprendre à ses amis ; on jouit de leur surprise,, mais que le malheur vous frappe, qu'il s'agisse de votre ruine ou de votre déshonneur, tout le monde sait cela aussitôt que vous.
OTTO
Ce que l'on ignore, monsieur, ce qui intéresse vos amis comme les autres , c'est le sort que vous réservez à la comtesse.
On le saura.
OTTO
Pour ma part, je suis convjiincu que vous vous conduirez dans celte affaire en loyal gentilhomme.
LE COMTE
Quelle que soit la détermination que je prenne, monsieur, je ne permets à personne de la juger.
OTTO
Pourtant, monsieur le comte..
LE COMTE, brusquement.
Assez! Pardonnez ma brusquerie, chevalier. Vous avez cru devoir me cacher ma honte, même au prix d'un mensonge , je vous remercie de vos bonnes intentions; m.ais maintenant je sais ce que j'ai à faire.
OTTO
Jamais je n'ai cru à la culpabilité de la comtesse... et puisque cet inconnu n'est autre que le duc Frédéric-Auguste...
LE COMTE
Et cette lettre., celle lettre d'amour., vous n'y songez donc pas?
OTTO
Il y a dans tout ceci quelque chose que je ne puis comprendre; mais plus tard, elle vous l'a dit, tout doit s'expliquer. Attendez.
Attendre! Non, non , je ne puis pas attendre. Dresde, en s'éveillant, a déjà trop ri de ma honte ; je suis la fable de la cour; on traîne mon nom dans la fange des quolibets. On me plaint hypocritement dans vingt lettres que je viens de jeter au feu! En effet, c'est très plaisant, un homme que l'on déshonore. Mais moi, je cloue d'un coup d'épée le rire sur la bouche qui m'insulte; c'est ma façon de plaisanter , à moi, qui me pique de ne rien connaître aux belles façons des courtisans. OTTO , avec insinuation.
Mais qui a pu porter ce bruit jusqu'à Dresde ? LE COMTE , d'un ton menaçant.
Si je le savais !
OTTO
Ce ne peut être une méchanceté gratuite. Il faut que cet ennemi caché ait eu un intérêt personnel.
LE COMTE , clierctiant à comprendre la pensée du clievalier.
Quel intérêt ?
ACTr: V, sc!-:nk iv,
OTTO
Qui sait?... une vengeance à exercer, contre la comtesse , peut-être , si ce n'est contre vousmême... On peut avoir des projets que vous ne prévoyez pas encore. N'avez-vous parlé à personne de ce qui s'est passé? car vos gens vous sont
trop dévoués...
Mais , chevalier...
OTTO
Une femme masquée est venue vous parler dans le parc...
LE COMTE
Gomment savez-vous ?
OTTO , tristement.
C'est par de semblables moyens que l'on a calomnié la régente, et que l'on a décidé le prince son mari à la ré|)U(iier pour épouser sa maîtresse. LE COMTE, à part , lentenieiu.
Peut-être a-t-il raison. ( Il réfléchit. ) Ce conseil... Est-ce donc là qu'on aurait voulu m'amener?
OTTO
Cher comte, je vous quitte. Le canon que nous avons entendu ce malin dans la direction de Dresde, annonce que le duc Frédéric-Auguste doit avoir attaqué la ville; je vais connaître le résultat de cette agression, qui du reste ne jxul être douteux; les assiégeans ont dû être tous tués ou mis en fuite. Si vous avez quelques commissions pour le palais , hâtez-vous , car je monte à cheval dans dix minutes.
LE COMTE
Eh bien ! oui , tout à l'heure , je vous ferai remettre une lettre pour le régent.
OTTO
Très bien.
Faites en sorte qu'il signe en votre présence une pièce importante qui est jointe à ma lettre , et vous m'expédierez ces papiers, sans perdre une minute.
OTTO
Vous savez que j'ai les meilleurs chevaux de la Saxe; c'est même à leur réputation que je dois une partie de la mienne.
LE COMTE , appelant.
Ludovic !
OTTO, à part.
Ou j'aurai perdu toute influence sur le régent , ou je sauverai la comtesse.
LE COMTE , dans le fond , au domestique qui paraît.
Préviens la comtesse que je l'attends.
( Le domestique entre dans l'appartement de la comtesse , à gauctie.) OTTO.
Adieu , cher comte.
(Il sort ; le domestique qui est entré chez la comtesse reparaît bientôt après et sort par l'antichambre.)
scÈlM: m.
Le comte, seul.
Je l'ai résolu , elle vivra. — Mais elle si'ra morte pour moi ! — Au moment d'accomplir le sacrifice, je sonde les replis les plus secrets de mon cœur, et je me demande si , à mon insu , je n'obéis pas à l'influence d'une j)assion étrangère... Non! sur mon ûme, non; je n'obéis qu'à ma conscience. Cet amour coupable , funeste ivresse qui égarait ma raison, il s'est de lui-même et pour toujours dissipé. Je me retrouve seul au monde ; seul , avec le souvenir lointain du pur et chaste bonheur que j'ai perdu ! Oli ! que ne puisje y revenir à ce bonheur d'autrefois! Que ne puis-je oublier mes fautes et les hiemuis ! C'est moi qui le premier... Chassons celte inutile pensée.. La roule est tracée, je dois la suivre.
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