M. D'ARGENTAL
Mais il me semble que vous faisiez peu de cas de sa science?
d'alembert.
11 est vrai, mais beaucoup de son esprit.
Ce que j'aime en lui, c'est sa passion naïve pour la flatterie, et son mot à un jeune littérateur qui lui disait d'un air bumble que pour le flatter dignement il faudrait avoir son esprit : N'importe, répondit Fontenelle, flattez toujours,
LA DUCHESSE D'AIGUILLON
On accuse une certaine princesse d'avoir fait l'application de ce mot à un jeune bourgeois qui déplorait de n'être pas né dans un rang qui lui permît de l'aimer.
LE MARÉCHAL
Prenez- y garde, mesdames : après avoir calomnié le cœur d'un philosophe, vous allez tomber dans la médisance.
LA DUCHESSE DE LAURAGUAIS
Ne faut-il pas toujours en venir là? Gela me rappelle la promesse du comte de B*** ; j'espère qu'il va la tenir, et nous montrer la chanson sur le lit de justice.
LE COMTE DE B***
Je n'oserais, madame.
LA DUCHESSE D'AIGUILLON
Bon, vous faites la prude î Prêtez-la-moi, je la chanterai tout bas.
LE COMTE DE B***
Je n'en ai qu'un couplet, celui qu'on a trouvé affiché dans le café Procope, et véritablement il n'est pas d'assez bonne compagnie...
LA DUCHESSE D'AIGUILLON, au maréchal.
Mon neveu, dites-lui donc d'obéir, c'est vous qui lui faites peur.
LE MARÉCHAL
Il doit être pourtant bien certain que je ne répéterai pas ce couplet au roi; ce serait, je pense, un mauvais moyen de faire ma cour. Je veux bien qu'on le chante ici, pourvu qu'on mo promette de s'en indigner hautement?
LA DUCHESSE D'AIGUILLON
Oui, oui, nous nous indignerons; n'est-ce pas, messieurs?