JACQUES, M. DE BEAUFORT
BEAUFORT
Ah çà! mon cher Monsieur, daignerez-vous m’apprendre quels sont vos droits sur mademoiselle de Saveneuse, et pourquoi vous me privez du plaisir de danser avec elle.
JACQUES
Pour deux raisons. Monsieur... La première, c’est qu'elle était trop faible pour se rendre au bal, comme vous l’avez vu vous-mème...
BEAUFORT
Ah!... et la seconde?...
JACQUES
La seconde?... c’est que je désire avoir un moment d’entretien avec vous...
BÉAUFORT.
Avec moi?...
JACQUES
C’est que je veux savoir quelles sont les paroles que le hasard ou une indiscrétion vous ont fait entendre et quelle conclusion vous en avez tiré?
BEAUFORT, avec un rire moqueur.
Oh! rassurez- vous, Monsieur, je n’ai rien entendu!...
Ah!...
BEAUFORT
Rien... que le bruit de quelques baisers fôrt tendres, ma foi!... d’où j’ai conclu lotit naturellement que vous étiez en train de disserter morale et philosophie avec mademoiselle de Saveneuse.
JACQUES
C'est-à-dire, monsieur le comte, que vous avez fort bien com-
E ris que j’aime mademoiselle de Saveneuse et que j’ai le boneur d’ètre aimé d’elle. Il ne me reste donc plus qu’à vous demander ce que vous prétendez faire du secret que vous avez surpris.
BEAUFORT
Ah çà! mais, je crois que vous m'interrogez, mon cher?...
Jacques.
Et comme il s’agit de l’honneur d’une femme, monsieur le comte, j’attends de votre loyauté <|ue vous me répondiez franchement.
BEAUFORT
Eh bien! franchement, mon cher Monsieur, je félicite madeL moiselle Pauline d’avoir fait un choix si délicat ; car vous n’êtes pas une conquête ordinaire... Diable! monsieur Jacques Vaudeuil... (Mouvement de Jacques.) Oui, oui, je vous connais... votre père vendait jadis au mien de l’avoine pour ses écuries, et l’on assure qu’il a fait une très-jolie fortune dans le commerce des bestiaux... Peste !... mademoiselle de Saveneuse a grand goût...
JACQUES
Monsieur, je ne réponds pas à ces injures et je me contente de vous adresser pour la troisième fois cette question : que ferez-vous du secret que vous possédez ?...
BEAUFORT
Ce que j’en ferai?... Eh! pardieu! l’aventure est trop burlesque pour que je ne m’empresse pas de la répandre. Comptez sur moi. Tout le monde la connaîtra ici ce soir, et dans trois jours à Versailles.
JACQUES
Êtes vous capable de faire de que vous dites-là, monsieur le comte?...
BEAUFORT
Vous n’en douterez pas, mon cher Monsieur, quand je vous ferai l’aveu que moi aussi j’avais distingué les charmes de la ravissante Pauline, et que je ne suis pas d’humeur à me laisser supplanter par monsieur Jacques!
JACQUES
Vous parlerez!
BEAUFORT
Haut et ferme. Monsieur, 11e fùt-ce que dans l’intérêt d’un père indignement trompé!... Oh! nous aussi, nous avons des mœurs, quand il le faut! Adieu, monsieur Jacques...
JACQUES, barrant le passage à Beaufort.
Monsieur, vous avez dit que vous perdriez de réputation mademoiselle de Saveneuse, vous 11e sortirez pas d’ici... (11 tire
ton épée.)
BEAUFORT
Ah ! c’est un duel que veut monsieur Jacques?... Allons donc ! vous ne comptez pas que je vous ferai cet honneur... Non, ce 11e sera pas un duel, mais une leçon... car à la manière dont vous tenez votre épée, je vois que vous en avez grand besoin. Allons! en garde, et tenez-vous bien... Voyez... une, deux, trois... (11 le désarme.) Cou venez-en , vous n’êtes pas de force, monsieur Jacques... (il ramasse l’épée et monte sur le pont de bois.) et voilà votre épée dans l’étang!.. (11 u jette.) Savez-vous plonger?