‹ La comtesse de Novailles drame en cinq actes (volume 2)Chapitre 25 sur 122 · TI10MAS · texte numérisé non relu

TI10MAS

Faut vous dire qu’il y avait là, dans un coin, deux hommes que je n’avais pas aperçus, vu qu’ils se tcpaient immobiles, enveloppés dans de grands manteaux.

Deux hommes!..

THOMAS

Mais v’ià qu’au moment où j’avalais le coup de l’étrier, je les vois se lever, jeter une pièce d’argent sur le comptoir, et filer comme deux lièvres. Je ne me défie de rien, je mets la main à la poche pour payer ma dépense, quand fout à coup j'entends un bruit... ah! j’en ai frissonné des pieds à la tète... c’était ma carriole qui partait... .

JACQUES. '

Malheureux! (11 se lève.)

/ THOMAS , se levant hussi.

Je prends mes jambes à mon cou et je cours après ma carriole... au bout de cinq minutes, je la rattrape, le cheval s’était abattu , et je vois mes gredins qui sautent à terre... Au même instant, je sens quelque chose qui me tombe sur l’œil , c'était un coup de poing... je riposte, et déjà j’avais terrassé mon homme , quand je t’entends qui crie : A moi; Duraud! .Ma foi , ils étaient deux, la volée a été complète...

JACQUES

Mais enfin?..

THOMAS

Enfin, je me relève, j’étais seul... je grimpe dans ma carriole... plus rien... plus d’enfant!...

JACQUES

On te l’avait volé?...

THOMAS

Oui... et c’est ce qu’il fallait avouer à madame Duhamel, qui me dit ces propres paroles : Tu n’es qu’un imbécile... mais le mal est fait... pas un mot de tout ça... Depuis, elle a dit à la mère qu’elle était morte... mais ce n’est pas vrai... elle n’est que perdue...

JACQUES

Perdue! perdue!., oh! c’est affreux... et jamais aucun indice?...

THOMAS

L)am! je n'en avais pas d’autre que ce nom de Durand... et il y en a partout, des Durand... (il retourue à la table pour prendre les verres et les mettre dans son panier.)

JACQUES, cherchant dans ses souvenirs.

Durand... il me semble que ec nom...

THOMAS, près de la table.

Tenez, dernièrement encore, j'ai connu un Durand, trèshonnète homme, celui-là... chez mon dernier maître, monsieur le baron d’Aubeterre.

JACQUES, frappé soudainement d’une idée.

Baron d’Aubeterre... (Répétant plus bas comme un homme qui cherche à se souvenir.) baron d’Aubeterre... et Durand... oui, oui, dans cette nuit fatale... oh! je me souviens maintenant...

THOMAS

Ah çà! mais, qu’est-ce qu’il a?

Tu dis que tu connais le baron d’Aubelerre?

THOMAS

Puisque j’ai été à son service...

JACQUES

Il habite Paris?

THOMAS

Rue de Bourgogne... un magnifique hôtel !..

JACQUES

Et... dis-moi... ce baron d’Aubeterre a-t-il un enfant?

THOMAS

Oh ! une fdle superbe...

JACQUES, avec ravissement.

Une fille!

THOMAS

Et celle-là, on peut bien l’appeler un vrai trésor, car si elle n’était pas venue, monsieur le baron serait un petit Saint-Jean comme vous et moi... Pas d’enfant, pas de fortune!..

JACQUES

Oh ! plus de doute, c’est elle ! Et tu l’as vue , tu dis qu’elle est belle ?..

THOMAS

Oh! mais si belle que tout le monde en devient amoureux... jusqu’au roi de France qui l’a beaucoup remarquée, à ce que j’ai entendu dire... car les rois, c’est drôle tout de même, il paraît que ça aime toutes les femmes!..

JACQUES , à p$rt.

Aimée du roi... et dans les mains d’un pareil homme ! (Haut, changeant de ton.) Eh bien! je te remercie, mon bon Thomas, je te remercie.

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