ACTE ÎV, SCÈNB III
En vérité. Monsieur, vous êtes d’une frivolité... qu’ai-je donc appris ce soir... un duel pour des rubans!...
NOVAILLES.
Bleus!...
Enfin, Monsieur, des rubans...
NOVAILLES.
Des rubans bleus, comtesse .. niais revenons à l'histoire de mon bouquet, carie bouquet et le duel ne font qu’un.
LA COMTESSE, avec indifférence.
Ah!...
NOVAILLES.
Figurez-vous que nous arrivons sur le terrain, Souvrc avec son second, moi avec le mien, mon ami d’Epcmon. Nous avions mis habit bas et nous allions croiser le for, tjiiand j’avise à deux pas de Souvré une touffe de coquelicots d un pourpre admirable. Or, il est bon de vous dire que ma haine pour le bleu n’a d’égale que ma passion pour le rouge. J'en fais l’observation à Souvré en Ini disant : Cher ami , je n’ai qu’une grâce à te demander; arrange-toi de façon à ne pas tomber sur ces coquelicots, je tiens à en faire un bouquet.
Toujours le même !
NOVAILLES.
Cette prière, fort simple, à mon avis, exaspère Souvré qui a le caractère fort mal fait, et il sc rue sur moi comme un sanglier. Je riposte, nous ferraillons pendant cinq grandes minutes, car il tire tort bien, ma foi... mais enfin, comme il faut une conclusion à toute chose, Souvré chancelle tout à coup, lâche son épée, pâlit et tombe.
LA COMTESSE , avec terreur.
Ah!..-
NOVAILELS.
Oh! rassurez-vous!., pas un coquelicot n’a été effleuré, et voici la touffe tout entière.
LA COMTESSE , à part.
Étrange caractère.
NOVAILLES.
Et maintenant, voulez-vous accepter mon bouquet. (Geste d'horreur de la comtesse.) Allons, il parait que vous ne partagez pas mon gOUt pour le rouge, (il jette au loin sou bouquet.)
Ainsi, vous avez tué... monsieur de Souvré ?
NOVAILLES.
Ah ! comtesse, me prenez-vous pour un barbare? je l’ai mis au lit pour un mois , pas davantage, (ou entend battre ™ champs.) Eh ! mais, quel est ce bruit?
CHA VIGNY, paraissant par la droite suivi de d’Épernon et d’autres gentilshommes.
Le'régim.’nt des gardes, qui était à F ontenoy, et qui va avoir l’honneur de défiler devant Sa Majesté, et tenez, tout le momie . se dirige vers le grand balcon. (Le tambour cesse.)
KOV AILLES.
Moi, comtesse, je vais vous cueillir un magnifique bouquet dans la serre , pour me faire pardonner mes coquelicots, (u sort
par le fond à gauche. — Le tambour recommence et" va toujours s'amoindrissant. — La comtesse remonte pour rejoindre la foule. Tout à coup Jacques entre vivement par la gauche , au deuxième plan. Il est en costume de cheval et couvert de poussière. — Le tambour cesse tout à fait.]
JACQUES , à part.
Grâce au ciel ! ces soldats occupent toute l'attention, et malgré ce costume, j’ai pu entrer sans être aperçu.
LA COMTESSE, apercevant Jacques.
Mais, je ne me trompe pas...
JACQUES, à part.
Oh ! c’est que je n’avais pas un instant à perdre... Marguerite est ici... ici avec cet homme, dont le but inmmc... (Tout le monde disparait.)