LA COMTESSE DE NOYAI LU-S
THOMAS
01 » î mais un j**li petit couvent dont j’ai été le jardinier pen- j danl trois semaines et où vont les seigneurs les plus huppés du la cour. . J’y ai vu le roi lui-tnéme... il y va souvent depuis quelque temps... Ah! c’est une belle créature, et je comprends que Sa Majesté...
JACQUES
Comment!., le roi !..
THOMAS
Ah dam !... Sa Maj- sté a, je crois, plus d 6 chance que les autre» amoureux.
JACQUES
Ah çàî.. il y a donc beaucoup de prétendants*..
THOMAS
Par douzaines... quoi! Il y en a un surtout, et qui l’aime d’une force, celui-là... ah! mais d’une force!.. M. de No vailles, un grand seigneur...
JACQUES
Ah !.. et ce M. de fiovailles ?
THOMAS
Refusé aussi.
JACQUES
Diable! c'est donc une vertu inabordable que cette demoiselle de Savencuse?..
Aujourd’hui, à ce qu'il puait... mais autrefois... il y a une quinzaine d’années... c'était pas tout à fait la meme chose. .
JACQUES
Que veux-tu dire ?..
THOMAS
Dam!., quand il y a un enfant!
JACQUES
Un enfant !
THOMAS
Unjcnfanl! qui csl-ccqui a parlé d'enfant?..
JACQUES
Mais toi-même!..
THOMAS
Alors je ne dirai pas un mot de plus... vous me couperiez plutôt en quatre...
JACQUES, à p »rt, im anpoisie.
Un enfant ! ob ! comment le faire parler...
THOMAS
Allons, voilà votre souper, je m’en vas.
JACQUES, il’im tun amical.
F.h bien ! ch bien! mon cher Ttiomas, tu t'en vas comme ça ? tu ne veux donc plus trinquer avec moi?..
Moi! plutôt vingt fois qu'une!..
JACQUES
F.h bien! asseyons-nous cl fais-moi raison...
THOMAS
Ça va. (m et Tfeowat remplit Ica drax »rrm.) A vos Souhaits!
(il boit.) Du miel, quoi! du miel!...
JACQUES
Voyons, mon cher Thomas, pourquoi refuses-tu d’.u-lievcr la confluence que tu as commencée tout à l’heure?... c est évidemment parce que tu crains une indiscrétion de ma part ; mais puisque je suis destiné à passer ma vie dans ce cachot, à qui donc veux-lu que j’aille divulguer ton secret?...
THOMAS, Initial.
Tiens! c’est ma foi vrai... vous avez un avantage sur les autres, vous ; vous êtes bien sûr de mourir ici.
JACQUES
Tu vois donc bien que tu peux parler, que tu peux tout me dire. •
TH IMAS, tout à fait ( ri<.
Kh bien! pourquoi donc que je ne parlerais pas... qu’est-ce qui m'empêcherait do tout dire?,.
JACQUES
Allons, bois!., (il foi »ene « buirc.) Un enfant, dis-tu?
THOMAS
Oui, une petite fille.
JACQUES, à p Ad.
Dec fille!., mon Dieu! inon Dieu !.. mais pourquoi tue l'j-tcllc donc caché?..
THOMAS
Eli bien! qu’est ce qui lui prend donc?..
JACQUES
Mais celle fille, sais-tu ce qu'elle est devenue?.. Tu vas me le dire , n’est-ce pa»?..
THOMAS
Vous le dire! uli! quant à ra, c'est importée.
JACQUES
Pourquoi cela?..
THOMAS
Ah! c’est que, voyez-vous, il sVsl p:»*#é une chose que je n'ai avouée qu'à la Duhamel, parce qu’il le fallait absolument, et que je vas vous conter à vous, parce que vous savez... vous m’avez promis de mourir ici.
JACQUES
Voyons... parle!
THOMAS
Monsieur Jacques, tout un chacun est susceptible d’avoir suif ici-bas . on n’i st pus déshonoré pour çà . (u boii.) Or, voilà ce qui est arrivé : Madame Duhamel m'avait chargé de porter la petite en nourrice it deux lieues de Saveneuse; je l’emmenais donc dans ma cairioje, lorsqu’au bout d'une heure, aux environs d’un cabaret qui m’était bien connu, chez le père Picot, vous savez bien, j’éprouve comme une démangeaison dans le gosier... l'enfanl dormait... j’en profite pour descendre boire un verre de vin sur le pouce... mais bah! un verre en amène lin autre , le vin Fait jaser, et je ne sais comment , je parle à l’aubergiste du joli petit fardeau que j’avais dans ma carriole...
JACQUES, arec anxiété.
Abrège! abrège!..
THOMAS
Faut vous dire qu’il y avait là, dans un coin, deux hommes que je n’avais pas aperçus, vu qu’ils ne tenaient immobiles, enveloppés dans do grands manteaux.
JACQUES
Deux hommes!..
THOMAS
Mais v’Ià qu’au moment où j’avalais le coup de l'étricr, je les vois sc lever, jeter une pièce d’argent sur le comptoir, et filer comme deux lièvres. Je ne me délie de rien, je met» la main à la poche pour payer ma dépense , quand tout à coup fentends un bruit... ah! j’en ai frissonné des pied? à la tète... c T était ma carriole qui partait...
JACQUES
Malheureux ! {u «• lève.)
THOMAS , xe levant aiml.
Je prends mes jambes à mon cou et je cours après ma carriole... au bout de cinq minutes, je la rattrape, Je cheval s’était abattu , et je vois mes gredins qui sautent à terre... Au même instant , je sens quelque chose qui nie tombe sur l’œil , c'était un coup de poing .. je riposte, et déjà j’avais terrassé non homme , quand ie l’entends qui crie : A moi. Durand! Ma foi , ils étaient deux, la volée a été complété...
JACQUES
M*is enfin?..
Enfin, je me relève, jetais seul... je grimpe dans ma carriole... plus rien... plus d’enfant!.,.
JACQUES
On te 1 avait volé?...
THOMAS
Oui... et c’est ce qu’il fallait avouer à madame Duhamel, qui me dit res propres paroles : Tu n'es qu’un imbécile . mais le mal est Tait. . pas un mot de tout ça... Depuis, elle a dit à la mcrc quelle était morte... mais ce u’est pas vrai... elle n'est que perdue. .
JACQUES
Perdue! perdue!., oh! c’est affreux.. . et jamais aucun indice?...
THOMAS
Dam! je n’en avais pas d’autro que ce nom de Durand .. cl il y en a parlout, des Durand. . (u rriouroe t u table po*r prendre
l« verre» et le» meure djiii ton panier.)
JACQUES, rfcefthaut dam Kl xoavralrt.
Durand... il iuc $0111(110 que ce nom...
THOMAS, pré» de la table.
Tenez, dernièrement encore, j'ai connu un Durand, Irèshoimetc homme, celui-là... chez n.-on dernier maître, monsieur le baron d’Aubeterre.
JACQUES , frappé aowUioeirieat d'une hlee.
Biron d Aubctenv. . ! Répétant plux ba» cornue un homme qui cherché
à »< touvenir.l baron ri’Auhelcrrc .. et Durand... oui, oui, dans celle nuit fatale... oh! je me souviens maintenant...
Ah çà! mais, qii’est-ee qu’il a?
Jacques.
Tu dis que tu connais le baron d’Aubeterre?
TR JM AS.
Puisque j’ai clé à son service...