SCÈNE III
LE BARON, MARGUERITE, <* toikue d, bal.
LK BARON
Que voulez vous dire?...
Écoutez-moi!... Lorsque jetais au couvent, ce que je souhaitais par-dessus toutes chose», ce n’était pas de quitter ma solitude, cc n’était pas de voir ce monde qui cbI le rêve de toute jeune fille... je u’avais qu’une pensée, qu'un désir... tue consacrer tout entière à celui qui occupait mon cœur demih mon onfance, à mon père... l'oor moi, toute U vie était là... mai* j'appelais vainement mon pire de tous mes vœux... d’importantes affaires, me disait-op, le retenaient à l'étranger ; enfin, il y a six mois, on m’annonce qu'il est de retour en Franre; il vint me chercher, ie sortis du couvent, et le lendemain j’étais installée dans cet hôtel.
GASTON
Votre vœu était réalisé, .Marguerite?
MANGGERm.
Je le crus un instant.
GASTON
Comment?...
MARGUERITE
(Test ici, Gaston, que tout mon courage m’est necessaire, et que j’en appelle à votre affection pour deviner des choses dont mon imagination s’eflrayp sans pouvoir se les expliquer... Ces «panrbements intimes, celte vie de confiance et de tend resse i réciproques, ces causeries familières que fat»» si souvent | rêvés , je nai rien trouvé de tout cela... .Mais , au contraire, une froideur étrange de part et d’autre, une contrainte insurmontable, je ne sais quel éloignement irrésistible, que je pren- , drais pour de ta rcpulsicyi, s’il ne s’agis^dt de mou père. Que vous dirai-je, Ga-ton?... je sois ici dans une atmosphère qui n’est : pas la mienne et dont toute ma nature se révolté; enfin, je ne sais pourquoi, mais tout ici roe glace et m’inquiète... j’ai des heures de délire et d'épouvante... j'ai peur... j’ai peur...
Marguerite! ah! votre toilette est terminée... vous êtes charmante ainsi.
MARGUERITE, rrçtrilaal A droite rt à floche.
Vos invités ne sont pas encore arrives, mon père; je ne vois ' personne.
LE BARON
Il n’est encore que dix heures. Ah ! un mol, Marguerite; vous i comprenez que, forcé de faire les honneur* de mon bal, je ne I pourrai guère m’occuper do vous, nuis comme il n’est pas convenable que vous restiez seule, un gentilhomme de mes amis, en qui j’ai toute confiance,' voudra bien vous tenir Compagnie.
MARGUERITE
Son nom?
LE BARON
Vous ne le connaissez point... d’ailleurs il sera masqué; mais vous le distinguerez à son costume... un domino bleu, burdé de rouge... Mais je ne vois pas ce collier dont Sa Majesté a daigné vous faire* présent ..
marguerite.
Ah ! vmis tenez absolument?
LE BARON
Oui, certes, G faut le mettre... moi, je vais jeter uii coup d’œil sur les préparatifs de îiOire fête, et je reviens, {il »n.)
GASTON
Ghèrc Marguerite... oh! remettez. voua.
MARGUERITE
Vous êtes là, Gaston, vous êtes venu à mon appel, je ne raina plus rien, jp suis sauvée.
GASTON
Parlez !... oh!... parle*!...
MARGUERITE
Gaston, vous avez compris combien j’ai hâte de sortir de celle maison ..
GASTON
Mais par quel moyen?...
MARGUERITE
Vous m'aimez depuis longtemps, vous me l’avez dit : vingt fois vous m’avez offert votre nom, vingt fois vous in’avez spoliée de prononcer un mot que j'ai toujours eu la force de renfermer dans mon cœur... Eh bien! ce uiut. je vous le dis enfin, je vous le dis avec bonheur : Gaston, je vous aime !
GASTON
Marguerite !
MARGUERITE, lut une grtrwte 4raoti*n.
Et maintenant, un dernier mot... mon père va venir ici tout à l’heure, je veux vous laisser seul avec lui. Adieu! adieu!.,.
(tll« rculrt à diuilc.)