‹ La comtesse de Novailles drame en cinq actesChapitre 63 sur 71 · NOV, MLLES · texte numérisé non relu

NOV, MLLES

Veuillez m’en instruire, je suis tout oreilles.

JACQUES

Vous aimez votre femme , monsi< ur le comte ?

NOVAILLES.

Si je l’aime!., je défie qu'on trouve à la cour un ménage plus nui que le nôtre. J’adore !a comtesse...

JACQUES

Alors, monsieur le comte, croyez-moi, cmmeiiez-la à l'instant même, emmenez-la loin de la France, si vous ne voulez pas que bientôt le titre de maîtresse favorite ..

NOVAILLES.

Que me dites-vous là, mon cher monsieur de Liripalicrc!... mais vous m’épouvantez.... Supposerait-on Sa Majesté capable?...

JACQUES-

Je vous le répète, Monsieur, hâtez-vous... car U calomnie 11c connaît pas de limites, et déjà les nombreuses faveurs qui vous sont prodiguées il rouis quelque temps vous fout accuser d’une complicité qui, je n f ai pas besoin de vous le dire, n’a rien d’honor.iblc ni <lc flatteur.

NOVAILLES, avec un éloouetneut 11 Allouent railleur.

Voyez-vous cela!.. Ah ! monsieur de Lnripalicrc, quel vilain gilc que la cour!., et que vous avez bien raison de vous en tenir éloigné!..

JACQUES, Apte» uu «ilcocc.

baillez mon obscurité, puisque cela vous amuse, monsieur le comte. Mais je vous jure, par l’âme de mon père, que moi, pauvre inconnu, sans amis, sans famille, si un homme venait me dire : La femme qui porte ton nom le déshonore à la face de tous, et on assure que tu te fais payer ta honte... si peu que je vaille, si peu que vaille mon nom , je vous déclare, monsieur le comte, que la rougeur me monterait au visage; que U colère et le désespoir feraient bouillonner mon sang!!! Je vous jure enfin qu’avant une heure ma femme aurait quitte Paris , et que jamais elle ni moi n’y remettrions les pieds... El quant à l'homme qui m'aurait donne cet avertissement , quel qu il fût, je le remercierais comme mon meilleur ami !

KOVAILLES. *"

Eh bien ! voyez nn pen, mon cher monsieur de Laripalière, comme les mêmes couses peuvent amener des effets opposés; moi, comte de No vailles, si un homme venait me donner un pareil avis, non-seulement je conserverais précieusement les emplois et dignité* que l'on prétendrait être le prix de mon : déshonneur, mais si cet homme était mon égal , je lui dirais : Monsieur, en vous faisant l'écho d’une predlo ralomnie, vous insultez trois personnes à la fois... moi d’ahnnl. ma femme ensuite... et enfin le roi de Franco, auquel vous attribuez une action indigne de son caractère... nous allons donc nous couper la gorge, si vous l’avez pour agréable... Si au contraire cet homme était ae trop petite noblesse pour que je lui fisse l’honneur de croiser le fer avec lui, s’il s'appelait, par exemple, monsieur de... La ripai ière...

Eli bien ! monsieur le comte, que feriez-vous?..

sovaiu.es.

Je lui dirais : Mon cher monsieur de Laripalière, failes-moi donc le plaisir d'aller m'ouvrir cette fenêtre... (L«r»p*iitr« va ouvrir U f'Bétr'.)

JACQUES

Après?...

KOVAILLEB.

Calculez h peu près la distance qu’il y a de cette fenêtre au pavé de la rue...

JACQUES, roc calme.

Trente pieds environ, monsieur le comte...

KO V Al UES.

Eh bien! mon cher monsieur de Laripalière , dirais-je à ccl officieux personnage, si vous ne sortez à l’instant par la porte, je me donnerai le plaisir de vous faire sauter par cette fenêtre, et si dans deux minutes vous êtes encore ici, vous n’aurez plus le choix.

JACQUES

Monsieur le comte, je vous ai dit : Après m’avoir entendu, où vous me remercierez, où vous m'ordoiinrra de sortir; mais il serait fâcheux pour vous que vous prissiez ce dernier parti. C’est celui que vous adoptez, et vous ne sauriez croire quel douloureux étonnement j’en éprouve.

NOVAIU.F.S, Uiujo r» railleur.

CVsl-à-dire, si je ne m'abuse, que vous vous rangez à l’opinion commune, et que la seule consolation qui me restât dans nv»n malheur, l’estime de monsieur de Laripalière, va m'èlrc enlevée! En vente, ce dernier coup m’accable; mais dites donc, m»n cher monsieur de Laripalière, les deux minutes sont écoulées... si j’usais de mon droit?..

JACQUES

Vous n’en ferez rien, monsieur le comte...

kovaillss.

Vous croyez donc à ma générosité?..

JACQUES

4c crois qu’une lutte entre nous deux ne tournerait pas à votre j avantage.

KOVAILLCS.

Ah! vous oubliez mes valets, mon cher...

JACQUES

Monsieur le comte voudra bien remarquer que j’ai eu la pré- 1 caution de me placer entre la sonnette et lui...

KOVAILLES.

C'est pardieu vrai! Allons, il serait fâcheux de faire sortir par la fenêtre un homme aussi amusant ! ce sera donc tout simplement par la porte.

JACQUES

Pas plus par la porte que par la fenêtre , monsieur le comte.

KOVAILLES, nuit.

Ah çà! mnn cher monsieur de Laripalière, est-ce que vous auriez la prétention de vous installer ici?..

JACQUHS.

Peut-être...

KOVAILLCS.

Ah bah! et peut-être même devrais-je vous céder la place...

JACQUES

Qui sait!..

KOVAILLES.

Charmant!., délicieux... mais avouez pourtant qu’il ne serait pas mal de fonder une prétention aussi... bouffonne sur un... Vin quelconque..

JACQUES

(Test ce que je vais Caire.

KOVAILLES , ululait.

Ah!..

Jacques.

Décidément , vous ne voulez jmi* emmener votre femme hors de France ?

KOVAILLES, riant et «’atteyant.

Ha! ha! ha!... vous êtes fou, mon cher.

Vous me rendrez la justice de reconnaître*, monsieur le comte, que j’ai tout fait pour éviter d’en venir à cette extrémité... Mais, puisque vous m’y forcez... tenez, un Feul coup d'œil jeté sur les pièces que j'ai la, dans ma poche, va vous convaincre...

(L» porte de droite »'u«»re bruaquement.)

Page 1