AMALASONTE, NICANDRE NICANDRE
Madame Géraste, on m’a dit de me venir présenter devant vous, pour que je vous plaise, avant que de me faire votro gendre; je suis accouru bien vite, car je suis pressé... Je suis si amoureux... me voilà.
AMALASONTE, bai.
Ciel ! quel dindonnier I Oh! dans cette occasion, la platitude du goût de M. Géraste passe ma croyance.
NICANDRK.
Qu’est-ce donc que vous marmottez entre vos dents, madame ; voyez-vous, je suis timide ; il faut m’encourager si vous voulez tirer quelque chose de moi.
AMALASONTB.
Cela est trop fort pour s’en fâcher. Voyons si philosophiquement je pourrais me divertir de ce monstre moral.
NICANDHE.
Dame, la conversation ne sera pas bien instructive, si vous faites toujours bande à part.
AMALASONTE
Eh bien , monsieur, que voulez-vous de moi?
NICANDRB.
Moi, madame, ce n’est pas de vous que je yeux; c’est de mademoiselle votre fllle que je recherche, pour qui j’ai l’agrément de monsieur votre époux. Mais, comme vous portez la culotte, on m’a averti qu’il ne se ferait rien sans vous, que je m’attachasse à vous plaire ; j’en ai bonne envie, et je viens tout exprès pour vous prévenir en ma faveur.
AMALASONTE
Pouvez-vous être en peine de vos succès? vous avez si bonne grâce, les manières si polies, le ton si spirituel !
NICANDRE
Oh! madame, vous m’embarrassez par des compliments; je n’en sais point faire. Je suis tout d’une pièce. Çà, interrogezmoi sur faits et articles.
AMALASONTE
Et sur quelle partie êtes-vous le mieux instruit, afin que j’en fasse le texte de notre conversation.
NICANDRE
Plaît-il?
Que souhaitez-vous que je vous demande?
NICANDRE
Vous savez mieux que moi ce que vous désirez d’un gendre. J’ai, je crois, réponse à tout. Je porte ici un état général
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ET SES AUIS
de mes biens présents et futurs, les terriers, les consistes, les' baux, les titres primordiaux, les actes de foi et hommage, redevances, les fouages, les convenants de Barnaba, la grosse des contrats, ma généalogie et mon baptistaire.
AMALASONTE
Juste ciel ! vous portez tout cela sur vous ! certes, jamais telle compagnie n’était entrée dans mon appartement.
NICANORE.
Je suis de bonne race, au moins, madame ; c’est par bon esprit que nous avons pris le métier qui fait riche ; il n’aurait tenu qu’à nous d’avoir l’honneur d’être des gueux de cour comme bien des grands seigneurs.
AMALASONTE
Oh! vous prouvez admirablement bien la gentilhommeric.
NICANDRE
J’ose dire que J’entends passablement les affaires. J’ai tourné tout mon esprit de ce côté-là. J’ai déjà calculé qu’avec ce que mon cher père me donne en me mariant, joint au peu que vous donnez à mademoiselle votre fille, si elle est entendue, quand vous viendrez à mourir, dans quatre ans. nous aurions déjà amassé de quoi lever maison et la meubler du grenier à la cave.
AMALASONTE
Je mourrai dans quatre ans, misérable?
NICANDRE
Oh ! madame, ces prévoyances-là ne font mourir personne ; j’ai même passé en compte, dans cet arrangement, la dépense d’un enfant chaque année, en le faisant nourrir en ville.
AMALASONTE
Je vous loue, du moins, de votre attention à remplacer ceux que vous tuez.
NICANDRE
Madame, c’est qu’avec moi il y aurait du malheur si vous n’étiez pas grand’maman. Je vous avertis de ne pas vous mettre en frais pour le lit de monsieur : je ne suis pas de ces gens du bel air qui, pour la moindre petite ûèvre, font lit à part.
AMALASONTE
Cela est tout à fait gracieux.
NICANDKE.
D’ailleurs, je me porte bien, Dieu merci; mais c’est que je vis de règle. Vous pourrez vous vanter d’avoir un jeune gendre bien rangé chez vous : je suis toujours couché à dix heures.
AUALASONTE.
Holà!
NICANDRE
Et je vais être encore plus pressé de me coucher.
AMALASONTE
Gela fera un commerce amusant.
NICANDKE.
Oh! je veillerai si vous voulez. Je suis une cire molle que vous pétrirez à votre gré. Je ne connais personne dans Paris, je ne me soucie point de faire de connaissances, j’irai le matin aux devoirs de ma charge, et puis je serai tout entier à la famille.
AMALASONTE
Vous ôtes trop aimable. Oh çà! allez, monsieur, retrouver votre cher père : il serait en peine de vous.
NICANDKE.
Quoi! madame, vous ne me ferez point voir ma chère petite future ; j’avais compté que, si vous étiez contente de moi, ce serait là ma récompense. •
AMALASONTE
Vous êtes trop dangereux à produire, la bienséance ne le permet pas.
NICANDKE.
Je m’en vais donc. Peste de la bienséance I