‹ La Comtesse Pauline de BeaumontChapitre 91 sur 97 · LETTRE DU GÉNÉRAL DAMAS AU GÉNÉRAL LEFEBVRE · texte numérisé non relu

LETTRE DU GÉNÉRAL DAMAS AU GÉNÉRAL LEFEBVRE

Giessen, 16 frimaire an 6.

Je vous dois, citoyen général, les détails qui me sont relatifs sur le compte du nommé Beaumont, que je viens de faire arrêter conformément à votre ordre et qui me servait de secrétaire depuis mon dernier départ de Paris, c'està-dire il y a un peu moins de deux mois.

Si ces faits ne peuvent m'empêcher d'être compromis dans cette affaire, qu'ils servent du moins à convaincre ceux qui auraient à me juger, et mes camarades surtout, dont l'estime est ce que j'ambitionne le plus, que je suis incapable d'avoir secondé les projets d'un homme accusé de trahison envers la pairie.

Étant à Paris dans l'année 1789 ou 1790 (V. S.), je connus par hasard le citoyen Beaumont chez un ami à moi qui était chargé de mes affaires particulières et qui faisait aussi comme homme public celles du citoyen Beaumont. Les événements de la Bévolution et la guerre me l'ayant fait perdre de vue depuis cette époque, je ne le revis qu'à mon dernier voyage à Paris, où, ayant encore eu des affaires avec ce même ami, chez qui je l'avais \u la première fois, il montra de l'empressement à renouveler ma connaissance et vint plusieurs fois chez moi.

Il arriva tout simplement qu'en parlant de la guerre et des armées, le citoyen Beaumont, sachant que j'étais sur le point de partir dans celle de Sambre-et-Meuse, me dit qu'il avait la plus grande envie de voyager, et surtout aux ar-

niées; que si je voulais le prendre pour mon secrétaire, il en remplirait exactement les devoirs, et qu'il serait flallé de pouvoir mettre à profit pour son instruction particulière le temps qu'il passerait près de moi.

Je lui demandai s'il n'avait pas d'autres raisons de quitter Paris, en lui disant que je le croyais assez honnête homme pour ne pas me compromettre, s'il avait quelque reproche à se faire ; ce sont mes propres paroles devant témoins. Il me dit que je ne devais avoir rien à craindre, qu'il ne pouvait pas même être soupçonné d'émigration parce qu'il n'avait pas quitté Paris, où il avait fait preuve continuellement de patriotisme. 11 me montra à l'appui de ce qu'il avançait des certificats de résidence, de civisme et un passeport qui lui servait pour aller et venir à une maison de campagne qu'il avait près de Paris.

Après peu de moments de réflexion, jugeant de sa bonne foi d'après la mienne, je lui proposai de l'emmener avec moi, comme mon secrétaire, et, depuis près de deux mois qu'il m'en sert, je dois dire avec vérité, que chaque fois qu'il est question de la Révolution je l'en ai entendu parler comme un de ses chauds partisans.

Mon crime est d'avoir été sa dupe.

Je vous donne ma parole d'honneur, mon cher général, et je ne la sais pas donner en vain, que je ne vous avance rien dans ceci qui ne soit très sérieusement conforme à la rérité.

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