‹ La comtesse Sarah (volume 2)Chapitre 104 sur 105 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

SARAH, seule.

Cotte lettre... oh! savoir ce qu'elle contient!.. Depuis quatre mois, je ne sais rien de ce qu'ils font... Le comte ne me parle jamais d'eux... Moi je n'ose

pas l'inlPrrOger... (Prenant la lettre et la retournant dans sa

main.) l^lle me brûle les doigts!... Cette lettre de sa nièce, il ne pourra pas s'étonner que j'aie voulu

la lire... ah ! et puis... (Elle l'ouvre, porte la main à ses yeux corn m-; si elle n'y voyait plus, puis lit )« Mon bou Oncle,

» notre exil est terminé... nous rentrons en France, et » quand vous recevrez cftte lettre nous serons à Pa-

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» ris . où j'espère bientôt vous revoir... Vous me rc- » prochez de ne pas vous écrire assez souvent... » Qu'aurais-je à vous dii'e que je ne vous aie pas déjà » dit: nous sommes lieureux. » (parié.) Heureux ! Ah ! je n'en lirai pas davantage, cela me fait trop de mal. Et d'ailleurs, que m'importe! (Elle s'éloigne, puis s'arrête :) Non, non, c'est plus fort que moi. Je veux tout savoir.

(Elle revient à la table, reprend la lettre, s'assied et aoeoudé-; lit

de nouveau.) « Si VOUS saviez de quels soins et de quelle » tendresse Pierre m'a entourée... Tout ce que j'avais » rêvé de joies a été dépassé... Enfin, mais c'est un se- » cret que je ne pourrai vous confier qu'à l'oreille, et )) qu'il faudra que vous deviniez. . . N'est-ce pas que vous » l'aimerez comme vous m'avez aimée moi-même. »

(Sarah laisse tomber la lettre.) Ail! (Elle éclate en sanglots.)

Ainsi rien n'aura manqué à son bonheur... Épouse aimée, mère bénie et triomphante!... Tout ce qu'une femme peut souhaiter en ce monde, elle l'aura... Et moi... moi!... (Elle pleure)... Ah! ciel! ma faute a été grande, mais le fardeau qui m'écrase n'est-il pas trop lourd, et puis-je le porter encore ? Dieu sait que je m'étais résignée à souffrir sans me plaindre, mais vraiment la mesure est comble !... Je les ai faits heureux, leur joie est mon œuvre... Mais en avoir le spectacle sous les yeux... Cela non, je ne pourrai jamais !... Ah 1 le repos, le silence, l'oubli, la mort!... Oui, je ne peux plus vivre 1 Pardonne-moi, toi, à qui j'avais juré de ne plus causer aucune peine... Je manque à mes serments, mais je ne suis qu'une femme, et je me sens à bout de courage... Adieu ! Adieu ! (La nuit est venue

pel»} à peu, la cloche de l'Angelus se met à sonner lentement au

lointain.) Vous qui allez prier... priez pour moi... Oui, petite cloche, j'entends ta voix... elle m'appelle... (Elle marche vers le fond.) J'y vais!... J'y vais!...

J y vais !... (Elle descend vers la berge et disparaît. On l'entend pousser comme un cri de délivrance. ) AhI!I

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