‹ La comtesse Sarah (volume 2)Chapitre 95 sur 105 · SCENE XI LE COMTE, SARAH · texte numérisé non relu

SCENE XI LE COMTE, SARAH

LE COMTE

Vous venez de 'i n'assurer que je pouvais partir sans crainte, sans arriére-pensée. Le puis-je réellement'?... Consultez bien votre conscience, Sarahl... N'avez-vous rien à me dire?

SARAH, tremblante.

Moi?

LE COMTE, avec une émotion croissante.

Depuis quinze jours, j'ai sur les lèvres cette question sans oser vous l'adresser... Mais votre pâleur, votre trouble, l'émotion de ceu.x qui nous entourent ne me permettent plus d'hésiter... 11 ne s'agit ni de vous ni de moi... L'intérêt qui me guide est plus haut... C'est celui d'une enfant que jaini'^ et que je crains de voir sacritiée... lly a, autourde moi, une obscurité dont je veux sortir... Quoi qu'il puisse en advenir, avouezmoi la vérité.

SAKAH,

La véritù?

Ll': COMTE, la regardant avec épouvante.

Oui!

SAKAH.

Vous l'exigez?...

LE COMTE

Oui !

Eh bleui... Nous avons tous meutll Et je suis coupable !

Elle tombe à genoux.

LE GûMTK, levant le bras comme pour 1 écraser.

Malheureuse 1

Il recule, le visage dans ties mains.

SAKAH.

Jugez-moi, condamnez-moi. Ouelque châtiment que vous choisissiez, je m'y soumets. Je l'ai mérité.

LE COMTE, après un silence, gravement.

En vous épousant, je vous ai dit que vous auriez en moi plutôt un père qu'un époux... Le père seul vient de vous entendre. Relevez-vous.

SAKAH.

Quoi! Pas une parole de mépris ou de colère?

LE COMTE

Pourquoi du mépris, puisque vous êtes sincère ? Pourquoi de la colère, puisque vous pleurez?

SAKAH, avec désespoir.

Votre pitié devance mes supplications... Ah! vous êtes trop généreux, trop bon... vous m'accablez...

LE COMTE, avec douleur.

A quoi serviraient mes reproches?... Votre existence est brisée et la mienne est bien près do finir... Je ne

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dois son;;i;cr qu'à Tavoiiir do Blniiche qui pcni encore (■'Iro défoiidu... Ce que vous venez de m'avouer, elle le sait?

Elle le saitl

LE COMTE

Ainsi, le soir où elle s'est jetée entre nous, c'étnit pour m'enipècher de tout deviner :' Elle s"est dévouée pour moi. Elle a souffert pour moi. A mon tour alors. Ahl comme je vais le briser, ce mariage! Et (juant ù lui, je me charge de le punir.

SARAII.

Vous ni^ ferez pas cela.

I,E COMTE, avec violcnca.

(Jui m'en euipOcliera?

SARAII.

Elle.

Pourquoi?

Elle l'aime!

LE COMTE

LE COMTE

Elle 1'... (La regardant fixement.) C'est vrai CC que VOUS

me dites là?

Pourquoi montirais-je maintenant, puisque je n'ai pas menti tout à l'heure?

LE COMTE

Alors, si je la sépare de lui?

SARAH

Rien ne la retiendra plus dans ce monde. Frappez l'un, VOUS atteignez l'autre.

LE COMTE, avec effort, dominant sa colère.

Elle l'aime ! Alors, il sera épargné ! Elle m'a sacrifié son repos, je lui sacrifierai ma vengeance. Mais je ne veux pas qu'elle puisse jamais se douter que sa générosité a été inutile... Qu'elle parte d'ici, avec la certitude qu'elle se dévoue pour moi. C'est cela seulement qui pourra la consoler de la perte de ses illusions. Mon bonheur détruit, je ne dois avoir qu'une pensée : sauvegarder le sien.

S.\RAH

Je vous y aiderai.

LE COMTE, avec autorité.

Que pas un de ceux qui sont ici ne puisse se douter de ce qui vient de se passer entre nous. Qu'on ne voie pas vos larmes! On ne verra pas ma douleur... Et, vous vivrez... Vous m'entendez bien? Aucune tentative désespérée... (Sarah fait un geste de désespoir suppliant en se voyant devinée. Le comte reprend avec plus de force.) AuCUHe,

qui puisse compromettre le nom que nous portons tous les deux... Vous vous y engagez?

SARAH, résignée.

Je m'y engage!

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