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sion d'une crainte salutaire. A l'égard de la première enfance, quand la raison est encore absente, les mères et les nourrices ont souvent le tort d'invoquer des pouvoirs imaginaires; mais, à mesure que se développe la raison, les parents demandent un appui croissant à l'Etre suprême. D'avance, en effet, la famille s'est assuré ce concours auprès des enfants, en leur donnant l'exemple du culte rendu à Dieu. Chez tous les peuples prospères, elle sent le besoin de développer ainsi le sentiment religieux dans leur âme , afin que les écueils de la vie ne viennent pas trop tardivement en faire comprendre la nécessité. Ce grand phénomène social est révélé , chez tous les peuples prospères, par l'étude de l'histoire et par l'observation des faits contemporains. C'est en le constatant que Voltaire a dit : « Si Dieu n'existait pas , il faudrait l'inventer. » Sauf de rares exceptions, les philosophes du dernier siècle admettaient l'existence de Dieu , et combattaient moins la religion que le clergé. Leurs disciples de la révolution s'inspiraient de ce même sentiment; et, jusqu'aux limites extrêmes de la Terreur , ils continuèrent à inscrire le nom de Dieu dans leurs déclarations de
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droit. L'école révolutionnaire de 1848 ne niait pas davantage l'existence de Dieu ; elle se montrait même favorable à la religion.
Deux motifs principaux tendent à développer d'autres sentiments au sein de quelques partis politiques, formés sous l'impression des catastrophes nationales de 1871. Les uns reprochent au clergé des préoccupations politiques et une opposition latente au régime actuel; les autres, plus audacieux dans leurs négations , vont jusqu'à soutenir que « la science » est en mesure de démontrer que Dieu n'existe pas.
Beaucoup de savants, il est vrai, ont acquis de nos jours une légitime renommée en découvrant certaines lois du monde physique. Les plus célèbres comprennent qu'en observant des faits matériels, ils ne devaient pas rencontrer sensiblement sous leur scalpel ou leur microscope Dieu, qui est un pur esprit. Quelques-uns, moins réservés, s'appuient sur des faits qu'ils n'ont point observés personnellement pour affirmer que l'homme, livré à ses impulsions naturelles, n'a pas la connaissance de Dieu. Adoptant les récits de voyageurs peu compétents, ils allèguent que certaines racesimples sont dans ce cas et possèdenl néanmoins
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le bonheur fondé sur la paix. J'ai constaté dans mes voyages le fait opposé : les races simples et heureuses n'ont pas seulement la connaissance de Dieu : en l'absence de toute impulsion venant du dehors, elles organisent spontanément le culte domestique. Je signale cette organisation traditionnelle dans les chapitres III , IV et V de ce livre. J'indique même , dans le chapitre III et dans le tome deuxième des Ouvriers européens (Introduction, §2), comment les races pastorales de l'Asie, avec lesquelles j'ai entretenu des rapports suivis pendant dix-huit années, s'expliquent que les rites de la religion soient indispensables à la conservation de la paix sociale. Dans le chapitre VI, qui traite de la réforme des idées et des institutions, j'expose les moyens à employer par les hommes de paix pour faire cesser le malentendu qui commence à régner sur ce point entre les sciences physiques et les sciences sociales. Ils ont à démontrer que la méthode scientifique doit conduire à la même conclusion les deux classes de savants. J'ajoute que, dans la situation où se trouve aujourd'hui l'Europe, il importe de hâter cette démonstration. Enfin, dans les deux derniers paragraphes de ce cha-
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pitre, j'indique comment doivent être constituées les deux branches de cet enseignement.
J'établis, en résumé, dans ce livre, que la pratique de la Constitution essentielle , et le bonheur qui en résulte pour toutes les races, se manifestent par un trait principal. Le père et la mère, inspirés par l'amour inné qui les attache à leurs enfants, invoquent l'autorité paternelle déléguée par le Créateur pour réprimer l'influence qu'exerce le vice originel sur les générations successives. Ils les dressent au travail, qui procure le pain quotidien, et ils leur inculquent la pratique de la loi morale , qui assure la stabilité et la paix. La famille, soumise aux prescriptions du Décalogue, est donc l'élément éternel des sociétés prospères.
Ce trait principal correspond aux deux premiers termes de la Constitution essentielle, formulée ci-après au chapitre III en sept principes. 11 est plus effacé chez nous que chez nos voisins: et ainsi s'explique le caractère plus aigu de nos maladies sociales. Je rappelle dans ce livre, en m'appuyant sur l'histoire et sur l'observation des peuples contemporains, que la violation du Décalogue et le mépris de l'autorité paternelle