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CHAPITRE III

La tradition de la loi morale assurée par les principes et les coutumes de la Constitution essentielle.

Chez les races fécondes qui établissent sur leur propre territoire les familles de leurs rejetons, il se produit naturellement un contraste entre le régime du pain quotidien et le régime de la loi morale. Le premier répond aux besoins matériels du corps. Comme je viens de l'indiquer au chapitre précédent, ceux-ci varient dans leur nature selon les lieux et les temps , et ils se multiplient dans la même proportion que s'accroît le nombre des familles. Pour être toujours satisfaits, ils réclament la transformation incessante des forces productives du territoire. Le second pourvoit surtout aux aptitudes immatérielles de

l'homme, c'est-à-dire aux facultés intellectuelles et aux sentiments moraux, dont le développement n'est plus lié aussi directement à la mise en valeur du sol.

Les facultés intellectuelles sont réparties fort inégalement entre les individus d'une même famille, et plus encore entre ceux d'une même race. Elles sont en grande partie innées, et, par conséquent, en connexion intime avec l'organisme physique de chacun. Toutefois, elles se développent beaucoup par l'éducation, notamment par celle qui est implicitement contenue dans l'exercice des arts usuels et des arts libéraux (n, 5).

Les meilleures organisations sociales élèvent le niveau intellectuel de la race entière; mais elles accroissent, plutôt qu'elles ne diminuent, l'amplitude des inégalités naturelles. L'âge de la houille, sous l'impulsion qui lui est imprimée jusqu'à ce jour dans l'Occident, tend plus que les âges précédents à produire ce résultat. Comme je l'indiquerai plus loin, il convertit en contrastes douloureux et permanents les inégalités intellectuelles créées en germe par la nature : en multipliant les professions qui procurent La richesse et la prépondérance sociale aux plus intelligents, il développe chez ces derniers l'orgueil, souvent môme le vice et l'erreur. S<>u> ces influences, ceux qui sonl ainsi favorisés oublient mi violent la loi morale, qui leur ordonne de

contribuer, autant qu'il dépend d'eux, au bonheur des individus moins libéralement doués par la nature. Dans les sociétés qui s'agglomèrent et se compliquent pour subvenir à la demande croissante du pain quotidien, il devient donc chaque jour plus difficile de conjurer les inconvénients de la richesse, de la science et de la force , c'està-dire des produits légitimes des inégalités naturelles. Heureusement, comme je le constaterai plus loin, l'observation méthodique des faits révèle dans ces mêmes sociétés des forces toutes nouvelles pour réprimer, au sein des générations naissantes, les tendances innées qui les portent à violer la loi morale.

Dans les deux derniers âges, en effet, certaines sociétés ont résolu ce double problème : elles ont concilié les traditions de la loi morale avec les nouveautés du pain quotidien. La famille stable a continué son œuvre principale , la répression du vice originel chez ses enfants. La société a secondé cette œuvre en développant peu à peu certaines institutions qui n'étaient qu'en germe dans l'âge des herbes , et qui ont conjuré les inconvénients qu'aurait pu amener l'agglomération progressive des familles. Ces institutions se rattachent à trois catégories qui, bien que distinctes, sont néanmoins liées entre elles par des rapports intimes, et qui, dans leur ensemble, ont formé à tous les âges la Constitution essentielle

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