BARTHES ET LOWELL, LIUBAIRES
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L'auteur de ce livre habile les provinces de la Plala depuis longues années, et il a pris personnellement part aux derniers événements qui les ont régénérées ; il a donc pu en tracer Thisloire d*une main ferme et assurée. Mais à cela ne s'est pas bornée sa lâche. Élève de l'École militaire de Belgique, il a pu utiliser les fortes études de sa jeunesse à la recherche de tout ce qui peut intéresser l'Europe touchant le commerce, l'ind usine, Tagriculture et la minéralogie de ces cou-
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trées; et il Ta fait avec un soin scrupuleux que nous prenons plaisir à constater. Sous ce dernier rapport, Touvragede M. du Gralyestun recueil aussi complet que possible de données statistiques et d'observations précieuses ; on y trouve une sorte d'inventaire économique de chacune des provinces argentines ; il en fait connaître les principales productions, leurs prix de revient et leurs prix de vente ; ensuite il signale avec beaucoup de sagacité les améliorations que comportent les méthodes adoptées par les producteurs. Les connaissances spéciales du jeune écrivain en chimie et en métallurgie donnent à ses appréciations un caractère exceptionnel de vérité et d'à-propos que les lecteurs compétents apprécieront convenablement. Son livre, enfin, et c'est là son objet, intéresse puissamment au sort des pays dont il donne la description ; il fait plus : il dissipe les craintes, malheureusement fondées, que leur passé inspire, mais que leur présent dément par des promesses sérieuses, sincères, et en partie déjà réalisées. A cet égard, nous entrerons nousmême dans quelques considérations, que le lecteur trouvera plus longuement développées dans
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le corps de l'ouvrage, mais dont la répélilion ne saurait nuire, vu Fignorance où Ton est généralement, en Europe, des questions qu'elles embrassent. L'auteur nous pardonnera cet empiétement sur son domaine, au frontispice duquel nous voulons seulement placer une inscription.
Pendant quarante ans, deux partis se sont disputé le gouvernement des provinces argentines : ce sont les unitaires et les fédéraux; mais aucun d'eux n'avait, à ce qu'il semble, le sentiment bien clair des besoins de leur patrie. Absorbés exclusivement par les exigences immédiates de la lutte, ils négligèrent l'étude des conditions qui pouvaient donner au triomphe de l'un d'eux la durée et la solidité. Aussi les vit-on tour à tour ériger le provisoire en système, comme s'ils avaient eu la conscience de leur impuissance à créer le définitif. La période dictatoriale de Rosas, de l'aveu même du dictateur, n'est qu'un long et tumultueux provisoire.
Ce dualisme stérile, inconciliable, appelait une synthèse, et la synthèse parut. Le gouvernement fédéral actuel, qui siège au Parana, en
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est l'expression. Ce gouvernement n'a pas encore, assurément, la sanction du temps ; il a moins duré, jusqu'à présent, que la dictature de Rosas ; mais il a ce que n'avait pas la dictature : un fondement moral , une constitution généreuse et pratique; il a, enfm, le sentiment de sa haute mission civilisatrice. A ceux qui douteraient encore, nous dirions : Parcourez ce livre; chacune de ces pages atteste la prospérité inouïe dont jouissent les provinces argentines sous le gouvernement fédéral d'aujourd'hui. La prospérité des peuples est le plus sûr témoignage de la bonté de leurs institutions.
Cette synthèse est un troisième parti né de Texpérience des deux autres et de leurs communes déceptions ; il n'a pas de drapeau proprement dit, parce qu'il n'est pas systématique, mais il repose sur une plus large base que ses devanciers, dont il absorbera peu à peu les derniers représentants. Deux hommes, suivant nous, le personnifient : c'est le général Urquiza, président actuel delà Confédération, ancien partisan du fédéralisme, dont il fut un des piliers les plus robustes, et M. J.-B. Àlberdi, jeune et sa-
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vant publiciste et économiste sorti des rangs du parti unitaire. Ces deux hommes ne représentent pas le nouveau parti national argentin d'une manière identique ; mais c'est pour cela même que tous deux lui sont nécessaires. Pour mieux préciser notre pensée, nous allons montrer la fonction spéciale de chacun d'eux dans la personnification que nous signalons. Le lecteur en opé rera facilement la fusion dans une heureuse et féconde unité.
Le gouvernement des peuples dérive de deux sources essentiellement unies , mais essentiellement diverses : l'esprit et la puissance. Nulle part, sans doute, il n'existe d'esprit sans puissance ni de puissance sans esprit; cependant la distinction de ces deux essences est facile à saisir dans les corps politiques comme dans les individus. Eh bien, ce sont ces deux essences que représentent le général Urquiza et M. Àlberdi dans le gouvernement actuel de la Confédération Argentine : le général Urquiza en est la puissance; M. Alberdi, l'esprit. C'est le général Urquiza qui a vaincu la tyrannie à Monte Caseros ; c'est M. Âlberdi qui a soufflé sur son pays af-
franchi l'esprit nouveau qui Ta régénéré. C'est Je général Drquiza qui maintient Tordre établi par le prestige de son nom et l'énergie de sa volonté honnête et loyale; c'est M. Alberdi qui en \ivifie l'incarnalion par ses travaux de jurisprudence et d'économie, où puisent incessamment les législateurs argentins. La fonction du général Urquiza est plus éclatante, elle impose davantage à nos habitudes séculaires d'obéissance à l'autorité visible; celle de M. Alberdi, plus modeste, n'en est pas moins nécessaire, et, devant la philosophie de Thistoire, elles sont également belles toutes deux.
Nous n'aimons guère donner aux personnalités historiques une part trop grande dans les événements de leur pays : cela humilie l'espèce ; mais nous cédons celle fois devant l'évidence. Que seraient devenues les provinces argentines sans ces deux hommes si étroitement, si providentiellement unis? Nous n'oserions le dire. Le peuple argentin, nous aimons à le croire, aurait puisé sans eux, dans les circonstances difficiles qu'il traversait, des conseils et des résolutions salutaires; mais nous préférons qu'il en ait élé
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autrement. Chose étrange! ces deux hommes, qui s'embrassent et se confondent dans une soli* darité si féconde, ne se connaissent pas personnellement; ils ne se sont jamais vus ! Voilà, à coup sûr, qui montre de la manière la plus saisissante combien leur union était nécessaire et combien elle Test encore.
Nous n'entendons, bien entendu, diminuer en rien la valeur du concours que d'autres hommes leur ont apporté ; ce serait manquer sciemment à la vérité, ce serait méconnaître Fœuvre même de l'écrivain auquel nous avons Thonneur de nous associer. M. du Graty était, en effet, aide de camp du général Urquiza à Monte Gaseros, et à cette heure il est législateur du pays délivré par son épée. Nous pourrions en nommer encore j mais telle n'est pas notre mission. Et, d ailleurs, ces autres liommes sont assez connus pour n'avoir pas besoin de notre apologie. Tous ensemble ont le mérite, la satisfaction et la gloire d'avoir sauvé des écueils de Tanarchie le noble vaisseau de la patrie argentine. C'est à nous maintenant, jouets aussi pendant longtemps des orages de la politique, nous qui les voyons
aujourd'hui naviguer Iranquillement dans les eaux calmes et profondes de Tordre et de la paix, de leur souhaiter persévérance et bon voyage.
Th. mannequin.
Paris, le 20 novembre 1857.