‹ La Confession de foi de VoltaireChapitre 2 sur 5 · PARIS 80C1ÉTÉ GÉNÉRALE DE LIBRAIRIE CATHOLIQUE · texte numérisé non relu

PARIS 80C1ÉTÉ GÉNÉRALE DE LIBRAIRIE CATHOLIQUE

Victor 1" % ■ ..%■ ■■:, Directeur xéuéral

rue des Saints-Pères, to BRUXELLES I GENÈVE

12, rue des Paroissiens, L3 | a, rue Corraterie, 4

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Il appartient a notre époque de critique positive de rectifier, d'après les pièces authentiques quand on le peut, et de juger les événements de l'Histoire. La curieuse plaquette que l'on \ a lire, jette un jour singulier sur un des laits de la vie de Voltaire les plusextrordinaires, et qui taisait jusqu'à présent l'objet d'une légende acceptée sans conteste.

Cette légende est comme résumée dans ce passage d'une lettre, datée du 27 août 1775 et publiée, il y a quelques années, par un auteur qui l'accepte comme vraie (2) :

... Sa terre (de Voltaire), bien que située en France, appartient à un diocèse de Savoie. Récemment l'évoque de Turin (3) a porté plainte contre lui. Immédiatement, par peur, Voltaire a communié en présence d'une personne judiciaire, et accompagné d'un groupe de ses vassaux l'épèe nue, mais en même temps commis de telles profanations que je me fais conscience de les décrire. Il est, dit-on, en meilleure santé qu'il j a \iiiLrt ans.... etc.

(I) Los pièces que l'on va lire sont tirées d'une plaquette probablement unique, qui appartient à M. li1 docteur Bonuejoy. L'importance qu'elles ont a décidé a les réimprimer ici. La d >te dont les a fait précéder II. le docteur Bonnejoy donne les détails les plus Intéressants sur un sujet quia occupé tous

les historiens de Voltaire. Sans accepter entièrement les conclusions de lVnidit docteur, nous ne saurions méconnaître la valeur des arguments qui lui font ajouter foi à la smcérité, en cette circonstance, du philosophe de Ferrie y.

Le titre complet de la plaquette est : Confetti** de foi de messire FYançois- Marie Arouet de Voltaire, etc., elle porte a5 pa^es ln-8 ancien.

(Su te de l>i direction.)

('}) Un touriste allemand à Fcmey, en 1 7 7 r> , par P. tUstelhuber. Paris, Liseux, 1S78, page 11.

(3) Page 2G, If. Ristelhuber rectifie Terreur; il attribue la plainte a 11 d'Annecy, et il dit que l'histoire en a été : « ressassée ».

Tel était le récit accepté dès l'origine; lel,ave< quelque plus ou vu moinSf il produil par V bi toriens modernes. <>n

peut voir la trace «lu fait rappoi té pai ootre • ton les

premières lettrée de la plaquette; ma

|i m. avec ton tractèrea de l'authentidti ou mal

connus jusqu'à ce jour, i ndanl pour lea bien comprendre, quelquea mota d'explication sont né

Remarquons, d'abord, qu'il s'agit de deux I . qui se

sont passés à une année d'intervalle; dana le premier, Voltaire va communier à l'église du village de Ferney, dont il était seigni ce qui, sous l'ancien régime, était d'obligation pour lea seigni paroisse. Voici quelques extraits de sa correspondao ijet.

... Oui, j'ai fait mes pûques; et, qui, plus est, j'ai rendu le pain bénit en personne; il y avait une très bonne brioche pour le curé. J'aim remplir tous mes devoirs, je n'admets plus aucun plaisir profane; j'ai purifié les habits sacerdotaux qui avaient servi à Sémirûmis, en donnant à la sacristie de ma chapelle; je pourrais bien faire, du théâtre, une école pour les petits garçons, école dans laquelle je leur forai apprendre l'agriculture. Après cela, je défierai hardiment les jansénistes et les molinistes ; et, si on continue de me calomnier, je mettrai ces nouvelles épreuves aux pieds de mon crucifix. Je prétends, quand je mourrai, vous charger de ma canonisation. (Lettre à (TAlembert du 27 avril 1768.)

... Mon divin ange (1), mes raisons pour avoir changé ma table ouverte pour la sainte table pourront ennuyer un excommunié comme vous; mais je me crois dans la nécessité de vous le dire :

1° C'est un devoir que j'ai rempli, avec Mme Denis, une fois ou deux deux fois, si je m'en souviens bien.

2° Il n'en est pas d'un pauvre agriculteur comme de vous autres seigneurs parisiens, qui en êtes quittes pour aller vous promener aux Tuileries à midi, il faut que je rende le pain bénit en personne dans ma paroisse ; je me trouve seul de ma bande contre deux cent cinquante consciences timorées; et, quand il n'en coûte qu'une cérémonie prescrite par les lois pour les édifier, il ne faut pas s'en faire deux cent cinquante ennemis.

... 8° On ne peut me reprocher d'hypocrisie, puisque je n'ai aucune prétention.

9° Je vous demande en grâce de brûler mes raisons, après les avoir ap-

(1) Expression familière, employée par Voltaire, en écrivant à d'Aryen tal.

prouvées ou damnées. J'aime beaucoup mieux rire brûlé par vous qu'au

pied du grand escalier (i)..« [Lettre à d'Argenial, du 22 atril l7tiS.)

dette communion, bien qu'elle fût loin d'être la première, comme

il le dit explicitement dans d'autres lettres encore, avait eu un grand retentissement, d'où un échange de orrespondances entre lui et d'autres philosophes ou encyclopédistes; les Mémoires secrets de Bachaumont 1 avaient raconté, et en avaient porté la connaissance dans le monde des lettres (2). Voici encore un extrait de sa con pondance, relatif aux premières lettres de la plaquette :

... Le Hoy m'a fait écrire, par M. de Saint-Florentin (3 , qu'il était très mécontent que j'eusse monté en chaire dans ma paroisse, et que j'eusse prêché le jour de Pâques. Qui fut étonné? (le l'ut Le II. P. Voltaire ; j'étais malade, j'envoyai ma lettre à mon cuit'-, qui fut aussi étonné «pie moi de cette ridicule calomnie qui avait été aux oreilles du Roy; il donna surir champ un certificat qui atteste qu'en rendant le pain bénit, selon ma coutume, le jour de Pâques, je l'avertis, et tous ceux qui étaient dans le sanctuaire, qu'il fallait prier, tous les dimanches, pour la santé de [a reine, dont on Ignorait la maladie dans mes déserts: et je dis aussi un mot touchant un \ol qui venait de se commettre pendant le service divin. La même chose a été certifiée par L'aumônier du château et par un notaire au nom de la communauté (4). .l'ai envoyé le tout à M. de Saint-Florentin, en le conjurant de le montrer au Roy, et ne doutant pas qu'il remplisse ce devoir de sa place et de l'humanité.

... 11 y a longtemps que je suis accoutumé aux plaisanteries et aux impostures. 11 est plaisant qu'un devoir que j'ai très souvent rempli, ait fait tant de bruit à Versailles et à Paris; M"1 Denis doit se souvenîr qu'elle a communié avec moi à Ferney, qu'elle m'a vu communier

t) On remarquera cette préoccupation de détruire sa lettre... Heureusement (VArijcnid ne lui a pas obéi.

(2) ... « Le bruit est général, députa quelques jours, que .M. de Voltaire a fait ses pâques. Il passe pour constant qu'il est arrivé ici de Ferney deux lettres... Dans la première, écrite à M. de Choiseul, M. de V. désavoue les productions clandestines qu'on lui attribue; elle contient une espèce de profession de foi, et il déclan1 que, comme preuve de la vérité de ses sentiments, il a profité de la solitude et des bonnes instructions du P. Adam, pour faire un retour vers Dieu et -e présenter a la sainte Table... », etc. (li avril 176^). Voir aussi l,r mai; même année; la lettre de dWlemberl à Frédéric 11, du û octobre 1768, etc., etc.

(3) C'est le nom que porte la lettre intitulée : Lettre <l<: M. de Saint- F.. ,t à Monseigneur CE, d'A. (l'évoque d'Annecy).

(!i) La plaquette donne ce certificat ou un analogue. C'est le premier a • après la lettre du 29 avril i7Gs.

i Colmar. Je doit <•• I exemple à La province entière, qui l'est 'inpn'sgée de me donner des attestations auxquelles la calomnie ne peut vépondre.«i (Lcttrtau maréchal dm d§ Richelieu^ à Ferntyt ÏÙjuin \i<

La réponse de M, de Saint-Florentin, nous le voyons, par la lettre de la plaquette datée du 1 3 juin, ne fut pas ce que Voltaire attendait. Sans doute, !«' 20, il ne la connaissait pas encore. Dans d'au! lettres, adi mi , il n'est pa 3 u que dai i i,

il parle très librement de tous ces faits, de M.iri d'Annecy, i laisse aller à Bon style sarcastique; mais, malgré la contradiction évidente, il ne but s'arrêter qu'aux premières. Tout ce d eût

été l'on intéressant à mettre sous les yeux do alors secrétaire de Voltaire, ne raconte pas non plus, dai Mémoires i la chose tout à fait de la même façon que son maître, et ce ne sera pas la seule fois que nous aurons à douter assertions de ce « Protestant » porté par là même à dénaturer tout ce qui a rapport à un Catholique, cà sa religion ou à ses ministres.

Les événements de l'année suivante n'eurent pas autant de retentissement, quoique incontestablement beaucoup plus importants. Grâce, sans doute, à la Secte ou au principal intéressé, les étranges pièces que nous rééditons, quoique publiées par les soins de Mgr d'Annecy, ce qui est attesté par un passage de W'agnières (1), ne furent guères connues au dix-huitième siècle : on a vu en commençant, comment la légende s'en était établie. Ses mémoires posthumes les citent, mais accompagnées d'un commentaire qui n'est pas conforme, comme nous le montrerons, à la vérité, et imaginé, sans doute, longtemps après les faits, dans le but d'atténuer la portée de ces révélations.

Voici le récit de W'agnières :

Dans la semaine de Pâques 1769, M. de Voltaire, me dictant de son lit, vit, dans son jardin, quelqu'un qui se promenait; il me demanda ce que c'était. Je répondis que c'était le curé de Ferney, avec un capucin de Gex, venu pour l'aider à confesser les habitants.

Voltaire, alors pour faire une bonne farce à son Évêque, convient

(1) ... « Le capucin (le P. Joseph) et le curé envoyèrent à i'Evêque cette confession de foi contrôlée et légalisée (la dernière de la plaquetto), quelque temps après; on fit imprimer toutes ces pièces, par ordre de Mgr d'Annecy. J'en avertis M. de Voltaire, qui me répondit,... etc. » {Mémoires du Wagnières, t. I". Paris, 1826, p. 277 à 293.) W'agnières est mort en 1788.

avec Wagnières de se confesser et de communier malgré Monseigneur qui, soi-disant, le lui avait interdit. Il prend un éCU de 6 livres, fait venir le capucin dont les Mémoire* font un portrait ridicule; le capucin les empoche ei ne revient plus. Puis, Voltaire simule une maladie et fait appeler le chirurgien Bugros : celui qui figure dans les actes de la plaquette.

M. de Voltaire envoya alors chercher Le homme Bugros, espèce de chirurgien, et se lit tâter le pouls. Bugros dit qu'il le trouvait excellent. « Gomment, mordieu, ignorant que vous êtes, reprit M. de Voltaire, avec sa Voix de tonnerre, voua trouvez mon pouls bon! — Ah! Monsieur permette/' que je le retàte... Vous avei beaucoup de liè\re, dit alors le pauvre diable de chirurgien, assez épouvanté. — Pardieu, je le Bavais bien que j'en avais! Il y a trois jours que je suis dans ce cruel état. Allez le dire au curé, il doit savoir ce qu'il y a à faire auprès d'un malade qui, depuis plus de trois jours, a une fièvre violente et qui est en danger de mort. » Nous attendîmes encore six jours inutilement le capucin... etc., etc. » (Wagnières, ouvr. cité.)

Ce récit parait déjà assez invraisemblable, mais, par malheur, la Corrcspondancr de Voltaire nous permet de prendre ici son secrétaire en flagrant délit de... contre-vérité. Voici, en effet, ce qu'on y lit aux environs de cette date. Notons que le certificat de Bugros est du l" avril.

... J'ai eu douze accès de lièvre. J'ai été sur le point de mourir... Il a fallu passer par les cérémonies ordinaires, vous savez que je ne les crains pas, quoique je ne les aime point du tout; mais il faut faire ses devoirs de citoyen... (Lettre à Laharpe, 17 avril 1769.)

... L'Evoque (d'Annecy)a eu l'indiscrétion inconcevable de faire imprimer la lettre de M. de Saint-Florentin... J'édifie tous les habitants de mes terres et tous les voisins, en communiant . Ceux que leurs engagements empochent d'approcher de ce sacrement auguste ont une raison valable de s'en affranchir; un homme de mon âge n'en a point après douze accès de lièvre I . Le Roi veut qu'on remplisse ses devoirs de chrétien; non seulement je m'acquitte de mes devoirs, mais j'envoie mes domestiques catholiques régulièrement à l'église, et mes domestiques protestants régulièrement au temple. Je pensionne un maître d'école pour enseigner le catéchisme aux enfants; je me fais lire publiquement l'Histoire de l'Eglise et les Sermon* de Massillon à mes repas... etc., etc. (Lettre au comte d'Argental, 2'S )nai 17G9.)

(I) Le certificat de la plaquette n'en mentionne que dix. Sans doute, deux en plus sont postérieurs à sa date.

\(>il;i Voltaire pn un jour boutohu el idcomé du

public i-;i, comme précédemment, je doie le dire, il ne se moi pas toujoun le même danc lee lettres adi d'aotree per

BODDagoe (I) j le lecteur en jugera. Mais ce qui reaeort mcootestablemeal de toute- mes citation . ne Fausseté de la

version des Mémoire* de Wagnières. Or^quaodf Hit le prererbe, on a menti une l'ois, on n'est plus croyable; on me permettra donc

de ne pas insister sur leurs récita SubséqUCl ISÎ fan'

SaOS doute, aussi COntTOUVéS que celui-ci.

Remarquons encore que 068 BXtraîtfl DOU8 donnent la date, exacte à bien peu près, de la publication de la plaquette (2)* Cette plaquette est bien celle publiée par Mgr d'Annecy. Depuis vingtcinq ans que je la possède dans ma bibliothèque, je n'en ai pas rencontré d'autres exemplaires, j'en ai vu des extraits à pagination continue, une autre justification, etc., mais avec des différences en moins ou en plus, etc. Elle ne figure pas d'ailleurs dans les diverses bibliographies voltairiennes, alors qu'une autre plaquette de 84 pages, mais plus ancienne, intitulée : Relation de la maladie, confession et fin de M. de Voltaire, avec son testament, etc., Genève, 1788, y tient son rang. Mais celle-ci n'est qu'une simple facétie, sans aucune valeur historique.

La légende relative aux manifestations de Foi de Voltaire était déjà ancienne, mais les élucubrations de \\ "agnières sont venues lui donner un nouvel appui.

Cependant, d'après l'examen des pièces de la plaquette et surtout le témoignage même de Voltaire, voici ce qui, je crois, peut être admis. Voltaire s'est bien réellement cru très malade : sur le point de mourir, il a fait, de très bonne foi, toutes les déclarations si explicites y contenues, dont il a requis acte authentique et enregistré, par-devant notaire et nombreux témoins, y compris Wagnières lui-même, etc.

Si, à ce moment, il fut mort, ces déclarations auraient servi à établir, à rencontre de la Secte, sa parfaite orthodoxie, mais il a vécu encore dix ans, et alors, peut-être, la versatilité de Vinsignis

(1) Les Mémoires de Bachaumont disent, à la date du 11 avril 1768 : « ... Toutes ces inconséquences sont dans le caractère de Y*, de Voltaire, et n'étonnent point ceux qui le connaissent. •

(2; Il en résulte que cette publication est circonscrite entre te 15 avril (date du dernier acte) et le "2'6 mai 17G9.

neàulo, du collège des Jésuites 1 : peut-être L'influence de Bon entourage, des amis philosophes, etc., »-tc, l'a vite repris des b de la religion, il a, pour ainsi dire, été « Relaps ■-, et est mon

plus tard comme l'on sait. S'il y a eu communion Bacrilège, ce n'est qu'après coup; et, pour l'honneur de L'Humanité, il vaudrait mieu\ qu'il en fût réellement ainsi. Tel est mon sentiment, que je soumets aux lecteurs de la Revue du monde catholiqut .

Quelle apparence, en outre, y a-t-il qu'un évèque aurait publié des pièces où, comme on le veut, un de ses curés eûl joué un rôle de dupe (2)? Entre des actes entourés de l'appareil habituel de la plus grande authenticité, et une légende rapportée par un auteur controuvé, le doute n'est pas possible : et la plaquette vient fixer ce point d'une manière certaine.

(les actes existent encore aujourd'hui en originaux dans les minutes des archives du notaire de Gex, successeur de Claude Raffo; une personne digne de foi m'a affirmé les avoir tenus entre mains. On en retrouverait -ans doute aussi la mention du contrôle au bureau de l'enregistrement. Mais ces pièces authentiques étaient peu connues, et les historiens successifs, au dix-neuvième siècle, du grand sarcastique, s'en sont rapportés à la version du Protestant \\ agnières, dont les Catholiques n'auraient naturellement du accepter les affirmations que sons bénéfice d'inventaire (3).

Nous savons qu'à ce moment, Voltaire était à peu près seul chez lui; Mm0 Denis était partie en mais 1768, et ne revint à rYrne\ qu'en octobre L769. Il était donc pour ainsi dire livré à lui-même, i I sa conduite alors ne dut pas être celle qu'il mena plus tard SOuq l'influence d'un entourage athée ou philosophe. S'il ne fût pas retombé sous son despotisme, il est permis de penser, d'après 1. faits révélés dans cette curieuse plaquette, qu'il eût donné au monde le spectacle d'une fin vraiment chrétienne.

Février 1885. Château du Mégalithe.

Docteur Bonnkjoy.

(I) On sait que les notes de tin d'année de Voltaire, au collège, portaient : « Puar ingmiosus, sed ùuignis nebulo. »

(-2) Il s'était écoulé un an depuis les premiers faits, et deux mois environ depuis ks derniers.

(3) Il est permis d'induire des sous-entendus de Wagnières et d'air lettres de Voltaire, que je n'ai pas pu citer, que la Secte ou lui et ses ami seront accordés pour détruire l'opuscule de l'Kvèque. Nous avons vu que la

CONPI SSION DE FOI

FRANÇOIS-MAiUE-AROUET

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PaÊCfcDl B DBS Pl£0Bfl OUI ,» OUI I kPPOl i

A ANNBCI.

M l)( C.LXIX.

LETTRE DE lia* !■'. E... I)'. A... A M. Df V... (1) Du 11 avril 1768

Monsieur (2),

On dit que vous avez fait vos Pâques : bien des Personnes n'en sont rien moins qu'édifiées, parce qu'elles s'imaginent que c'est une nouvelle scène que vous avez voulu donner au Public, en vous jouant encore de ce que la Religion a de plus sacré. Pour moi, Monsieur, qui pense plus charitablement, je ne sçaurois me persuader que M. de V..., ce grand homme de notre siècle, qui s'est toujours annoncé comme élevé, par les efforts d'une raison épurée, et par

communion de 1768 avait été citée par les Mémoires de Bachaumont et par conséquent avait eu un grand retentissement; il ne paraît paraît pas que celle, beaucoup plus significative, de 1769, en ait eu pareillement. Ces Mémoires, tome IV, page 339, font allusion à une publication de Londres, 1769 [F Evangile du Jour), qui contient la correspondance, avec caricature, etc., de Voltaire et de l'Evêque, et c'est tout.

(1) Del'Évêque d'Anneci, à M. de Voltaire.

(2) Comme remarque Déontologique, on notera que tous les mots, quels qu'ils soient, qui touchent aux Religions ou à la Noblesse, portent des Majuscules.

es principes d'une Philosophie sublime, au- dessus des respects humains, dus préjugés et des foiblesses de l'humanité, eût capable de trahir et de dissimuler ses sentiments par un acte d'hypocrisie, qui sufliroit seul pour ternir toute sa gloire et pour l'avilir aux yeux de toutes les Personnes qui pensent. J'ai du croire que la sincérité" avoit toujours l'ait le caractère de vos démarches. Vous nous ries confessé, vous avez même communié, vous l'avez donc fait de bonne; foi, vous l'ave/ l'ai! en \rai Chrétien, vous l'avez fait, persuadé de ce que la foi vous dicte par rapport au Sacrem que vous avez reçu. Les incrédules ne pourront donc plus se glorifier de vous voir marcher à leur tête portant l'étendard de l'incrédulité; le Public ne sera plus autorisé à vous regarder comme le plus grand ennemi de la Religion Chrétienne, de l'Église Catholique et de ses Ministres; s'il ne peut, malgré les protestations contraires insérées de votre part en certaines gazettes, se persuader que vous ne soyez pas l'auteur d'une foule d'écrits, de brochures, et d'ouvrages remplis d'impiété, qui ont déjà occasionné tant de désordres dans la société, tant de dérèglements dans les mœurs, tant de profanations dans le Sanctuaire, il croira au moins que, revenu à vous-même, vous avez enfin résolu de ne plus mettre au jour de semblables productions, et que par un acte aussi éclatant que celui, que vous avez fait dans l'Église de votre Paroisse le jour de Pâques, vous avez voulu rendre un hommage public à la Religion qui vous a vu naître dans son sein, et à qui des talents aussi distingués que les vôtres auroient été infiniment utiles si vous les lui aviez consacrés : il espérera encore qu'en soutenant ce premier acte par des sentiments et par une conduite uniforme, et qu'en perfectionnant l'ouvrage d'une conversion ébauchée, vous ne laisserez plus aux gens de bien, amateurs de la Religion, que le juste sujet de rendre grâces à Dieu, et de le bénir d'un retour qui mettra le comble à leur joie et à leur consolation.

Si le jour de votre Communion, on vous avoit vu, non pas vous ingérer à prêcher le peuple dans l'Eglise iiït le vol et les larcins, ce qui a fort scandalisé tous les assistante, mais lui annoncer comme un autre Théodose, par vos soupirs, vos ^''inissements et vos larmes, la pureté de votre foi, la sincérité de votre repentir et le désaveu de tous les sujets de mésédification qu'il a cru entrevoir par lepas dans votre façon de penser et d'agir, aie- personne n'auroit plus été dans le cas de regarder comme équivoques vos démonstrations

apparentes de Religion; on vous auroil ou mieux di appro-

cher de cette Table Sainte, où la foi ne permel même

le plu i pure - de e pi ir qu'avei une religi i rayeur, on auroil été pins édifié de voua s voir, el p auries lire

plus d'avant tre pr(

Mais, quoi qu'il en aoil du passé, que je di i jugemenl

du Souverain Scrutateur des cœurs et des consciences, pe seront les fruits qui feront juger de la qualité de l'arbre, et j'i que

par ce que vous ferez à l'avenir, vous ne lai racun lieu de

douter de la droiture et de la sincérité de ce que vous avez déjà fait. Je me le persuade d'autant plus facilement, que je le souhaite avec plus d'ardeur; n'ayant rien de plus à cœur que votre Salut, ne pouvant oublier qu'eu qualité (le votre Pasteur, je dois rendre compte à Dieu de votre aine, comme de toutes celles du troupeau qui m'a été confié par la Divine Providence.

Je ne vous dirai pas, Monsieur, combien j'ai gémi sur votre état, ni combien j'ai déjà offert de prières et de supplications au Dieu des miséricordes, pour qu'il daignât enfin vous éclairer de lumières célestes, qui font aimer et suivre la vérité en même temps qu'elles la font connoître. Je me bornerai simplement à vous taire remarquer que le temps presse et qu'il vous importe de ne plus perdre aucun de ces moments précieux que vous pouvez encore employer utilement pour l'éternité : un corps exténué et déjà abattu sous le poids des années vous avertit que vous approchez du terme où sont allés aboutir tous ces hommes fameux qui vous ont précédé, et dont à peine reste-t-il aujourd'hui la mémoire; en se laissant éblouir par le faux éclat d'une gloire aussi frivole que fugitive, la plupart d'entre eux ont perdu de vue les biens et la gloire immortelle, plus digne de remplir leurs désirs et leurs empressements. Fasse le Ciel, que plus sage et plus prudent qu'eux, vous ne vous occupiez plus à l'avenir qu'à la recherche de ce bonheur souverain qui peut seul remplir le vuide d'un cœur qui ne trouve rien ici-bas qui puisse le contenter. C'est ce que je ne cesserai de demander au Seigneur par mes vœux les plus ardents, et je le dois au vif intérêt que je prends à tout ce qui vous regarde, au zèle dont je suis animé pour votre Salut, et aux sentiments avec lesquels j'ai l'honneur d'être, etc.

fi.

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