‹ La confusion mentale primitiveChapitre 20 sur 36 · AUTRES FORMES · texte numérisé non relu

AUTRES FORMES

sion ou le ralentissement intellectuel est porté à son pins haut degré', on est en pre'sence de ce qu'on appelle la de'mence aiguë avec ses deux variétés agitée et stupide ; si c'est l'état somatique qui prédomine, on a alors ces formes qui simulent le mieux une maladie infectieuse, que l'on peut appeler formes typhoïde ou méningitique.

Entre ces deux extrêmes se placerait à côté de la forme complète et moyenne une forme très aiguë à marche et début rapides, le délire de cullapsus oh il y a une excitation généralisée, confusion extrême, fièvre souvent intense, et qui peutaller jusqu'à revêtir l'aspect du délire aigu. A côté, encore, se placeraient d'une part les confusions légères de Delasiauve, et de l'autre une forme plus torpide et très longue qui coïnciderait avec une partie de ce que Meynert a décrit sous le nom de forme chronique de Vamentia.

Faut-il faire une forme à part de la psychose polynévrétique? N'y aurait-il pas d'autres formes peut-être en rapport avec la nature de la cause perturbatrice? Comme certains cas de psychose polynévritique revêtent l'aspect de confusion, on pourrait peut-être en faire une

AUTRES FORMES, forme spéciale, caractérisée par la présence concomitante de polynévrites et comportant de ce chef une marche et ud pronostic particuliers. Quant aux autres formes en rapport avec la nature de la cause, c'est encore bien obscur et elles rentreraient plutôt dans les confusions symptomatiques. L'avenir décidera.

Cette division est en gros celle que Delasiauve a implicitement adoptée, car il ne sépare pas la confusion de la démence aiguë, comme le font presque tous les auteurs allemands. D'ailleurs Kraepelin, dans la dernière édition de son excellent Matiuel, range dans le cadre des psychoses asthéniques le délire de Collapsus, la confusion et la démence aiguë en les considérant toutes comme la conséquence de l'épuisement, la dernière étant comme le degré ultime de la perturbation organique où les signes d'excitation intellectuelle font presque entièrement défaut. Le fond du trouble mental étant toujours l'affaiblissement intellectuel, il me semble naturel de faire rentrer ces psychoses, si peu différentes, dans le même cadre et de les réduire à des formes de la confusion mentale primitive.

DÉLIRE DE COLLAPSUS

Confusion mentale jjrimùive suraiguë avec symj)tômes d'excitation intense ou Délire de collapsus [Hermann Weber (1), Kraepelin (2)]. — Le début de raffection est en général très rapide : après un peu d'inquiétude, de troubles dans le sommeil, le malade commence à s'agiter, puis très rapidement l'état confirmé de la maladie apparaît, le malade ne peut rester en place ; s'il est au lit, il est difficile de l'y maintenir, il en sort d'un bond, gesticule, danse, se précipite contre les personnes qui l'entourent, il déchire ses habits et s'accroclïe à tout ce qu'il trouve devant lui. Les cheveux en désordre, le malade est pâle, amaigri, quelquefois d'une façon effrayante, et son excitation intense masque son état de faiblesse réelle, conséquence de l'extrême dénutrition, comme on peut le constater par la diminution du poids ; le pouls est petit, lent, la peau est froide, sale,

(I) Ilerinann Weber, loc. cit.

(1) Kraepelin, Das CoUapsdeliriiim, Psychiatrie, 'i° édilion, 1893, p. 254. Voyez aussi : G. Aschallenburg, loc. cit.

DÉLIRE DE COLLAPSUS

souvent marquée de taches ecchymo tiques et d'égratignures, conséquence des mouvements désordonnés du patient ; la langue est chargée, l'haleine mauvaise, le malade refuse tantôt la nourriture, tantôt l'engloutit machinalement, tantôt enfin, dans un moment de calme relatif, il se laisse verser dans la bouche quelque aliment liquide. Cet état extérieur est accompagné d'un état mental que l'on ne peut guère apprécier qu'en écoutant les paroles incohérentes entrecoupées, prononcées tantôt avec volubilité et à voix haute, tantôt avec une emphase théâtrale, tantôt chuchotée comme s'il s'agissait de confier un secret. Je me rappelle un malade qui, assis sur le bord de son lit, désignait un point de sa cellule et différentes personnes présentes de son index droit étendu, en marmottant des paroles incohérentes sur un ton de mystère, puis élevant la voix avec force, appuyant sur les mots, complètement incohérents, scandant et soulignant tout d'un ton emphatique par des mouvements de ce même index toujours étendu. Il est difficile, pour ne pas dire impossible, de fixer l'attention suffisamment pour obtenir une réponse qui, dans

DÉLIRE DE COLLAPSUS. lH

les cas les plus heureux, est excessivement courte. La perle de l'orientation paraît totale, par suite et de l'état incomplet des perceptions et des hallucinations presque toujours présentes : hallucinations de tous les sens que viennent compléter les idées délirantes les plus disparates et les plus changeantes : idées depersécution,de grandeur, d'auto-accusation, de négation, hypochondriaques, etc., s'entremêlent sans suite et sans ordre. Parallèlement à cette excitation motrice et intellectuelle se développe aussi l'excitation émotionnelle, sentiment exagéré de soi-même, comme on peut le constater par l'attitude du patient qui se redresse avec hauteur; on peut constater des accès de colère ou des accès de dépression, quelquefois des tendances érotiques. Souvent le malade s'oppose à ce qu'on veut lui faire faire avec une résistance incohérente qui souvent disparaît brusquement (Kraepelin).

Lorsque l'alTcction est suraiguë, les mouvements sont complètement désordonnés ou stéréotypés et répétés indéfiniment, tandis que les paroles sont en partie remplacées par des sons bizarres, inarticulés, sans sens et sans

DÉLIRE DE COLLAPSUS

suite. L'état de. conscience est difficile à apprécier, car le patient paraît avoir perdu toute relation avec l'extérieur.

Cet état qui dure nuit et jour, rarement entrecoupé par un assoupissement momentané, ne peut être de longue durée. Au bout de quelques jours, quelques heures môme, au plus deux semaines, une éclaircie brusque se fait dans la conscience du patient. Parfois à la suite d'un sommeil prolongé le malade se reconnaît, reconnaît le monde extérieur, il a le sentiment qu'il vient d'être malade, sentiment qui se fait parfois jour aussi d'une façon fugitive pendant le délire môme, mais toute la période du délire est complètement supprimée de la mémoire, sauf dans quelques cas, où quelques bribes d'idées délirantes surnagent encore et dont le patient peut rendre compte. Celui-ci se trouve encore pour longtemps dans un état de faiblesse irritable, impatient, querelleur, bavard, facileirent excitable, et c'est alors que l'on peut bien reconnaître l'état de profond affaiblissement physique que l'excitation désordonnée avait masqué; l'appélit reprend, le poids du corps remonte avec une

rapidité telle qu'en quelques semaines il peut regagner une vingtaine de kilogrammes (Kraepelin).

D'autres fois la guérison ne s'obtient qu'après un état de confusion légère qui peut durer même plusieurs mois. Dans les cas défavorables, la démence s'installe'^peu à peu ou au contraire c'est la mort qui vient terminer la scène; dans ce cas, la fièvre augmente de plus en plus, l'état général devient encore plus mauvais, le patient, que l'on peut maintenir sans peine au lit, s'affaiblit, l'excitation tombe peu à peu, les paroles deviennent rares et le malade meurt avec une hyper thermie qui peut aller jusqu'à 41 degrés.

Confusion mentale primitive jjrofoiide ou démence aiguë [avec ses deux variétés agitée et stuporeuse). — Après une période plus ou moins courte d'un trouble vague, mental et somatique, le malade commence à s'agiter, à tenir des propos désordonnés, qui peuvent fevôtir l'apparence de ceux observés dans la

confusion primitive, l'orme moyenne. Mais ici la perte de l'orientation dans le monde extérieur est bien plus complète et la confusion devient plus profonde que dans les autres formes. Ce n'est pas comme dans le délire de coUapsus, où la confusion est accrue par les symptômes d'excitation intellectuelle; ici, au contraire, les idées délirantes, les hallucinations ou les illusions semblent très fugitives; les relations avec le monde extérieur paraissent suspendues et les manifestations intellectuelles réduites à leur plus simple expression. 11 est presque impossible d'entrer en communication avec le malade, et ce n'est que par son aspect que l'on peut juger de l'état de sa conscience ; l'expression de la physionomie est morne, complètement hébétée, les actes sans aucune espèce d'apparence de motifs ; le malade déchire ce qui lui tombe sous la main, se roule, se traîne, grimpe ou frappe d'une façon purement automatique, il se masturbe ou se livre parfois à un accès de violence de courte durée ; il émet des paroles absolument insignifiantes ; il répète parfois, comme une machine, les mêmes mots pendant des heures entières, certaine^

ment sans y aLtacher la moindre signification. Avec cet état d'agitation relative, le côté émotionnel de l'esprit semble indifTérent ; parfois pourtant un changement d'humeur passager se produit, accompagné d'un plus haut degré de gesticulation. Le malade a d'ailleurs mauvais aspect; les troubles organiques sont ceux que nous avons déjà décrits plus haut, mais il s'y joint parfois l'augmentation des réflexes, et à certains moments on peut imprimer au malade des mouvements qui révèlent un certain degré de catalepsie. Telle est la variété que l'on peut appeler agitée, où d'ailleurs l'agitation est toute relative ; quand celle-ci manque, l'aspect est celui de la stupeur, aspect que les ailleurs français ont si bien décrit et dont je ne ferai, pour ce motif, que donner une rapide esquisse (1).

L'aspect du malade est celui de l'obtusion portée à son plus haut degré : immobile, les yeux fixes, la face pâle sans aucune émotion marquée, il reste assis dans une attitude affaissée; les mains sont froides et bleues ainsi que

(1) Voyez aussi : Ilacli Tuke, art. Delusional Stupob, Dict. dfpsych. Medicine, vol. Il, p. 1209.

les pieds, plus ou moins œdématics, la bouche entr'ouverte laisse souvent s'écouler un flux de salive; souvent les membres peuvent conserver pendant un certain temps l'attitude qu'on leur impose. Il est impossible, le plus souvent, de provoquer une réaction aux excitants extérieurs, la sensibilité paraît très aff"aiblie, les réflexes manquent. Le malade supporte le chaud, le froid, il peut se faire des blessures sans paraître en ressentir la moindre douleur, et même il peut arriver qu'une femme, dans cet état, accouche sans en avoir conscience (Kraepelin). Cette immobilité est parfois interrompue par quelques moments d'agitation, le plus souvent très passagers ; le malade ne parle pas et c'est avec grand'peine qu'on -obtient parfois une réponse ; les fonctions de nutrition sont ralenties, la langue est sale, il y a de la constipation souvent très opiniâtre, et quand le malade va spontanément à la selle, il fait là où il se trouve. Le défaut d'alimentation entraîne un amaigrissement qui est parfois considérable et qui mène quelquefois à un état Cachectique ; la respiration est supèrficielle, le pouls petit, fréquent, filiforme, les battements du coeur

faibles, la température souvent au-dessous de la normale, sont en relation avec cet état de dénutrition générale si marquée. La menstruation est supprimée et le sommeil n'arrive pas malgré que les malades restent immobiles dans leur lit pendant la nuit. Le poids est généralement très amoindri.

Quant au côté psychique, si dans les cas peu intenses ( 1 ) , le malade conserve encore un certain degré d'activité intellectuelle, les perceptions se font très mal et les raisonnements souvent les plus simples sont impossibles : ainsi un malade que j'ai eu dernièrement l'occasion de voir avait beaucoup de peine à reconnaître une pendule ; il disait d'abord que c'était la mort (paroles sans rapport avec l'objet, car il faisait la même réponse à d'autres questions), puis il finit par dire que c'était sa montre, mais il n'a jamais pu reconnaître le marbre noir de la pendule ; il disait que c'était du charbon et en insistant comme il faut toujours

(I) Il semble f|ue dans la variété avec stupeur, il puisse y avoir des cas où l'intensité du trouble porte surtout sur les manifestations extérieures ; l'aspect de stupeur est très marqué, en mi'me temps que la confusion intellectuelle est relativement faible, et il y a plutôt arrCt que confusion.

le faire avec ces malades, je n'ai pii tirer de lui une autre réponse que « c'est noir ». Quand on interroge les malades, il faut répéter nombre de fois les questions et les secouer un peu pour essayer de fixer et de réveiller leur attention ; d'ailleurs les réponses ordinairement monosyl labiques se font toujours attendre longtemps, mais il ne me parait pas y avoir dans cette forme de troubles du langage aussi marqués que dans la confusion mentale proprement dite. Parfois, quand on les interroge, il semble que le malade s'éveille un peu et que sa physionomie prend une expression pour un moment moins stupide; quelquefois même il sourit spontanément comme si une idée plaisante lui passait par l'esprit (comme l'avait déjà remarqué Westphal). Il peut 'même répondre par une plaisanterie comme ce patient dont je parlais tout à l'heure, à qui on montrait des lapins dans un panier, et qui répondait à ma demande de me dire quels animaux c'étaient : « — Ce sont de chauds lapins ». A côté de ce manque de la reconnaissance des objets extérieurs qui conduit à la désorientation, il semble bien que le fonctionnement

intellectuel se fait avec une grande lenteur ; parfois il semble se produire des hallucinations ou des idées délirantes de nature triste ; la mort, les tortures reviennent souvent dans les rares propos que tiennent les malades et on peut leur ari'acher parfois l'expression d'idées hypochondriaques, de négation ou de transformation corporelle, comme chez un de mes malades qui prétendait avoir trois cœurs.

Lorsque le trouble pathologique est à son plus haut degré, il semble que le malade ait perdu tout rapport avec le monde extérieur et que la pensée soit réduite à son minimum comme dans le sommeil. Le plus souvent, le côté émotionnel est indifférent, même lorsque par éclairs le patient peut vaguement sentir qu'il est malade; il semble pourtant que peutêtre un sourire ou des larmes très passagers puissent indiquer l'existence d'une émotion plus intense qui se fait jour un instant. Pourtant aussi il peut se produire un accès d'agitation avec ton émotionnel correspondant, un accès de colère ou d'angoisse, mais en somme c'est l'indiiTérence et l'absence d'émotion qui semble régner , elle explique d'ailleurs assez

bien la docilité et l'immobilité relatives des malades. Cependant il faut toujours avoir soin de les surveiller, car on peut toujours craindre un acte de violence du malade contre lui-même ou contre les autres, bien que ces tentatives soient caractérisées par leurincoliérence.

La durée de la démence aiguë est très variable, elle peut aller jusqu'à plusieurs années, surtout pour la forme avec stupeur. Ce qu'il y a à craindre est la terminaison dans le marasme ou par complication de tuberculose, ou que la guérison soit incomplète, ou que l'affection laisse après elle un état de démence incurable. Quelquefois la guérison arrive avec une très grande rapidité, et le malade semblant s'éveiller d'un profond sommeil s'oriente peu à peu et recouvre l'intégrité de son intelligence; d'autres fois la guérison se fait lentement, la stupeur se dissipant un peu le soir pendant un certain temps pour revenir le lendemain matin, jusqu'à ce qu'elle finisse par disparaître tout à fait.

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